Les services de santé en Afrique en voie d’entrer dans l’ère électronique

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Stephen Dale

Selon Chris Seebregts, en Afrique, les jeunes programmeurs de logiciels talentueux sont animés d’un enthousiasme de plus en plus palpable. Ils entrevoient actuellement de nouvelles possibilités d’application de leurs compétences dans un domaine ayant des répercussions considérables sur le plan social, à savoir les systèmes de santé.

Mais quels sont les liens entre les systèmes de santé et la conception de logiciels ?

Ils sont nombreux, explique Chris Seebregts, gestionnaire supérieur au Medical Research Council d’Afrique du Sud, directeur général de Jembi Health Systems et intervenant clé dans un groupe de projets que le CRDI finance sur la « cybersanté » en Afrique.

Des systèmes de santé plus cohérents

Depuis quelque temps, on se rend de plus en plus compte partout dans le monde qu’il serait possible de tirer davantage des budgets de santé limités des pays pauvres en délaissant le financement de projets isolés en faveur du renforcement des systèmes de santé dans leur ensemble, a déclaré M. Seebregts au cours d’un atelier tenu à Ottawa.

Et les informaticiens ont un rôle de premier plan à jouer à cet égard. Pour être en mesure d’accroître l’efficacité des systèmes de santé, gestionnaires et planificateurs ont besoin de programmes informatiques très avancés tout en étant faciles à utiliser – c’est ainsi qu’ils pourront à la fois suivre les demandes à l’égard du système de santé et la capacité du système d’y répondre, et être à même d’affecter les maigres ressources à leur disposition là où elles s’avéreront les plus efficaces.

C’est ici qu’entre en jeu le projet Architecture, normes et systèmes d’information ouverts pour les services de santé en Afrique (OASIS), financé par le CRDI. OASIS a aidé les concepteurs de logiciels d’Afrique du Sud, du Zimbabwe, du Mozambique et du Rwanda à adapter les logiciels libres à la réalité locale et a ainsi permis aux autorités sanitaires de ces pays d’élaborer et de mettre en application des politiques efficaces en matière de santé.

Les chercheurs, oeuvrant dans des universités locales, ont eu à relever plusieurs défis, l’un d’eux étant que le logiciel devait être d’une très grande interopérabilité, c’est-à-dire qu’il devait permettre la communication entre différents aspects d’un système de santé national et, idéalement, entre le système national et les systèmes de santé d’autres pays. Il devait en outre être suffisamment simple pour que le personnel clinique local puisse l’utiliser sans problème. 

Des succès dans des contextes exigeants

Couronné de succès, le projet OASIS amorce maintenant sa deuxième phase d’activités.

Les chercheurs de la composante mozambicaine du projet – appelée M-OASIS – ont travaillé en étroite collaboration avec le ministère de la Santé du Mozambique. Ils ont par ailleurs amorcé récemment une relation de travail à long terme dans le but de faire en sorte que le nouveau plan quinquennal du ministère comporte un logiciel de cybersanté. M-OASIS a permis au gouvernement de disposer de statistiques annuelles fiables sur les décès reliés au VIH/sida et a ainsi permis au ministère d’évaluer l’efficacité des efforts déployés pour gérer et endiguer l’épidémie.

Le fait que des organismes subventionnaires tels que la Fondation Rockefeller et les Centers for Disease Control des États-Unis financent maintenant certaines des activités du projet OASIS menées dans ces quatre pays constitue également un autre indicateur de succès. Au départ, le CRDI était le seul bailleur de fonds d’OASIS.

Le CRDI a vraiment joué un rôle catalyseur dans ce projet, d’expliquer Chris Seebregts : il a ciblé un nouveau champ de recherche, pris des risques et soutenu le projet pendant toute sa première phase, jusqu’à ce que d’autres perçoivent la valeur du travail accompli.

Le rôle des nouvelles technologies

Les systèmes de santé – et les malades qui en dépendent – ne pourront que bénéficier à maints égards du fait que l’Afrique soit en train d’adopter les nouvelles technologies de l’information, que soutient un réseau de fibres optiques dont l’essor est rapide sur tout le continent.

Par exemple, le fait de disposer de dossiers médicaux aussi « mobiles » que les malades peut aider le personnel des services de santé à poser des diagnostics plus justes. Par ailleurs, grâce aux bases de données électroniques, les gestionnaires pourront acheminer les fournitures et les médicaments appropriés en quantité voulue là où on en a besoin.

Et d’autres innovations dans le domaine de la cybersanté comportent de nombreux avantages. Par exemple, les utilisateurs d’un téléphone mobile connecté à un serveur peuvent non seulement se faire rappeler le moment auquel ils doivent prendre leurs médicaments ou obtenir de l’information au sujet de certains symptômes, mais ils peuvent également informer les autorités sanitaires de l’apparition soudaine d’une maladie et ainsi les alerter rapidement au sujet de la possibilité d’une nouvelle épidémie.  

De meilleurs soins à un coût moindre

Chris Seebregts explique que même des mesures toutes simples peuvent réduire les coûts et améliorer les traitements.

Il mentionne notamment le cas d’un malade atteint du sida dont le traitement aux antirétroviraux ne semble plus fonctionner. En pareil cas, le clinicien décide habituellement de faire passer le malade à un traitement de seconde intention; or, il est maintenant possible, grâce aux dossiers médicaux électroniques détaillés, à des tests de laboratoire et à un outil d’aide à la prise de décision, de déterminer s’il est absolument nécessaire de modifier le traitement.

Dès que l’on passe au traitement de seconde intention, on réduit l’espérance de vie du malade, poursuit Chris Seebregts, parce qu’on limite les choix qui s’offrent. Sans compter que le traitement de seconde intention coûte beaucoup plus cher que le traitement standard.

Arrimage avec le Canada

Cette initiative de cybersanté a donné lieu à une collaboration entre continents. Ainsi, le nouveau « laboratoire vivant » que l’on est en train de construire à l’Université du KwaZulu-Natal, à Durban, en Afrique du Sud, utilisera des logiciels et des modèles conçus par l’Inforoute Santé du Canada. Mais les avantages ne seront pas à sens unique, puisque les enseignements tirés des travaux du laboratoire de Durban seront transmis au Canada pour aider l’Inforoute Santé à peaufiner les modèles de cybersanté qui seront utilisés au pays.

Au dire de l’administratrice de programme Chaitali Sinha du CRDI, nous sommes au coeur d’un fantastique processus d’apprentissage mutuel et de croissance.

L’importance de la capacité locale

Malgré toute l’importance de la collaboration à l’échelle internationale, Chris Seebregts insiste aussi sur le fait que la capacité locale de maintenir les systèmes en bon état de fonctionnement est un facteur essentiel au succès des initiatives de cybersanté en Afrique. C’est pourquoi il s’est réjoui du fait que les membres de l’équipe du Mozambique aient récemment décliné son offre de les aider à préparer une présentation.

Se faire dire « nous n’avons plus besoin de vous, nous sommes capables d’y arriver de façon tout à fait autonome », il s’agit là de la plus belle récompense, de conclure Chris Seebregts.  

Stephen Dale est rédacteur, et il est établi à Ottawa.