Les produits agricoles traditionnels peuvent améliorer la nutrition et augmenter le revenu des femmes

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Agriculture et sécurité alimentaire
Ce n’est un secret pour personne que les produits agricoles traditionnels comme les mils et les légumineuses à graines sont très nutritifs. C’est pourquoi des chercheurs collaborent actuellement avec des femmes en Inde et en Éthiopie pour faciliter l’utilisation à des fins personnelles (pour la préparation de repas sains) et commerciales de ces produits locaux.

L’idée : le recours à des aliments traditionnels nutritifs

La pauvreté et la malnutrition sont des obstacles majeurs à la sécurité alimentaire aussi bien en Inde qu’en Éthiopie, et ce, tout particulièrement pour les femmes et les enfants de milieu rural. Les mils en Inde et les légumineuses à graines en Éthiopie étaient des aliments de base avant l’adoption de cultures comme le maïs, le riz et le blé, qui ont gagné en popularité. Grâce à deux projets appuyés par le Fonds canadien de recherche sur la sécurité alimentaire internationale (FCRSAI), ces aliments traditionnels très nutritifs suscitent un regain d’intérêt. Ils apportent des protéines, des fibres et des micronutriments essentiels aux régimes alimentaires des personnes vivant en milieu rural et créent une nouvelle source de revenu pour les femmes entrepreneures.

Moins de travail et des repas plus sains en Inde

Une enquête menée auprès de 310 familles de l’État du Karnataka a permis de déterminer que la majorité des familles interrogées connaissaient les avantages — sur le plan nutritionnel et sur celui de la santé — de la consommation de mil. Pourtant, toutes n’en consommaient pas régulièrement, surtout parce qu’il est difficile de le transformer et qu’il peut coûter cher de l’acheter préparé. Certaines collectivités n’en consomment qu’à des occasions spéciales, pour perpétuer une tradition culturelle.

Les gens savent peut-être que les mils sont sains, mais trop nombreux sont ceux qui n’en mangent pas régulièrement. C’est ce que déplore Nirmala Yenagi, chercheure principale du projet et spécialiste en alimentation rattachée à l’University of Agricultural Sciences

– Dharwad, qui collabore avec des chercheurs de la Fondation de recherche M.S. Swaminathan, en Inde, et de l’Université McGill, au Canada.

Éducation et gain de temps

L’éducation et des solutions simples permettent de surmonter les difficultés.

Tout d’abord, les femmes avaient besoin d’un approvisionnement fiable en mil nettoyé et en farine. Des chercheurs canadiens et indiens ont donc conçu et fabriqué un moulin à grains facile à utiliser et d’un coût abordable, qui automatise le procédé permettant de séparer le grain de mil de son enveloppe. Ils ont aussi installé des minoteries dans trois villages (Timmapur, Jekinkatti et Manthrodi). Par la suite, ils ont aidé des groupes d’entraide féminins à établir des chaînes de production de collations, de boissons et d’autres produits à base de mil destinés à la consommation de leur ménage ainsi qu’à la vente.

Les chercheurs ont en outre utilisé les données de l’enquête pour concevoir des programmes d’éducation à la nutrition. Ils ont mis ces programmes à l’essai auprès de 870 élèves, de 426 femmes et de 67 hommes et ont constaté une augmentation de l’ordre de 3 à 14 % des connaissances des élèves en matière de nutrition; dans le cas des femmes, cette augmentation a été de 7 à 8 %. Et surtout, la consommation de mil a augmenté de près de 16 %.

Les bonnes recettes se sont aussi avérées utiles. Quinze recettes mises au point par des villageoises ont été testées auprès de travailleuses agricoles et d’adolescentes. La majorité des recettes ont obtenu une note supérieure à 90 % pour l’acceptabilité, et quatre, une note de 80 à 90 %.

À l’étape suivante, 157 femmes de 14 villages ont appris à intégrer ces recettes à l’alimentation quotidienne de leur famille et à emballer, étiqueter et mettre en marché les produits à base de mil, ainsi qu’à en fixer le prix.

Au début, chacune des femmes produisait chaque mois un peu plus de 40 kilos de papadums (galettes indiennes croustillantes) et autres produits à base de mil à valeur ajoutée. En mars 2012, la production était passée à quelque 100 kilos par personne, et chaque femme en tirait un bénéfice mensuel net d’environ 1 055 roupies (19 CAD).

Les chercheurs ont veillé à ce que les familles des femmes prenant part au projet profitent des avantages nutritionnels de ces nouveaux produits. Chaque femme devait mettre de côté 100 grammes de chaque lot de malt de mil (dont l’acceptabilité faisait l’unanimité chez les adolescentes) et d’autres produits à base de mil pour la consommation de son ménage. Cela a donné les résultats voulus : la quantité de mil présente dans l’alimentation des enfants a augmenté de 10 %.

Bientôt au menu des cantines scolaires

Étant donné les bienfaits de ces nouvelles recettes pour la santé et leur grande acceptabilité, les chercheurs collaborent avec des personnes du village de Timmapur afin d’intégrer certains produits dans les programmes d’alimentation en milieu scolaire. Il s’agit d’utiliser les mils cultivés localement et de faire préparer et vendre la nourriture par des groupes d’entraide féminins. On voudrait que cela devienne un incontournable des repas pris à l’école, explique Mme Yenagi.

Les chercheurs ont élaboré des programmes d’éducation à la nutrition qu’ils ont offerts à ce jour à 870 élèves de 15 villages. On compte reproduire cette initiative heureuse ailleurs en Inde et en Asie du Sud.

Les légumineuses à graines, un filon prometteur en Éthiopie

Un projet similaire visant une saine alimentation est en cours en Éthiopie, pays où quelque 52 % de la population rurale ne peut satisfaire ses besoins caloriques minimums.

Des chercheurs de l’Université de la Saskatchewan et de l’Université d’Awassa s’emploient à déterminer comment augmenter la consommation de légumineuses à graines — pois chiche, féverole, lentille et autres – au moyen de l’éducation. Ils s’intéressent tout particulièrement aux habitudes alimentaires des groupes les plus vulnérables, soit les enfants de moins de cinq ans, les adolescentes et les femmes. Des études ont révélé que les femmes connaissaient mal la valeur nutritionnelle des légumineuses à graines et ont établi qu’il fallait intégrer ces aliments riches en protéines et en fer à l’alimentation quotidienne.

Le principal aliment de base du régime alimentaire éthiopien est le tef, une céréale locale. Les gens préfèrent le manger seul plutôt qu’accompagné d’un peu de protéines, comme des lentilles. Selon Carol Henry, chercheure au Collège de pharmacie et de nutrition de l’Université de la Saskatchewan, une partie du projet a pour but de sensibiliser les Éthiopiens à la valeur nutritionnelle des combinaisons de protéines et de faire perdre aux légumineuses à graines leur réputation d’« aliments de pauvres ».

Recettes nutritives et savoureuses

La mise au point de recettes et de méthodes de préparation des aliments optimisant les bienfaits nutritionnels sans pour autant sacrifier le goût constitue un gain important que l’on doit à l’équipe de chercheurs.

Dans le cadre d’une expérience, des spécialistes en alimentation ont fait l’essai de quatre recettes de bouillie, dont une sans féveroles et trois en contenant de 10 à 30 %. Les enfants d’âge préscolaire et les mères d’une collectivité du sud de l’Éthiopie ont dit aimer au moins autant, voire davantage, la bouillie enrichie de féveroles. Les chercheurs sont à concevoir un programme qui permettra d’offrir cette bouillie dans d’autres collectivités.

Si l’on enseigne les bienfaits des aliments complémentaires aux enfants, ils acquerront de saines habitudes qu’ils conserveront toute leur vie, fait valoir Mme Henry. Il peut être difficile de changer le comportement des adultes, mais les enfants, eux, grandiront en considérant les légumineuses à graines comme faisant naturellement partie de leur régime alimentaire.

À partir des données recueillies sur la situation socioéconomique, sur les responsabilités propres aux hommes et aux femmes et sur la diversité des régimes alimentaires, on a élaboré un cours universitaire de cycle supérieur en nutrition communautaire qui a été suivi jusqu’à présent par 30 professionnels de la santé. Plus de 50 agriculteurs et agricultrices de même que des agents de vulgarisation sanitaire et des agents de santé de district ont suivi des ateliers de « formation des formateurs » sur la production de légumineuses à graines, la nutrition, les combinaisons alimentaires et les plats courants.

Au cours de l’année qui vient, les données recueillies dans le cadre des différentes études serviront à la conception d’outils didactiques sur la nutrition destinés aux femmes. 


DONNÉES ESSENTIELLES

Chercheurs principaux
Nirmala Yenagi, University of Agricultural Sciences – Dharwad, Inde

Israel Oliver King, Fondation de recherche M.S. Swaminathan, Inde
Valérie Orsat, Université McGill, Canada
Pays : Inde
Financement accordé : 966 600 CAD
Période visée : d’octobre 2010 à mars 2013

Chercheurs principaux
Sheleme Beyene, Université d’Awassa, Éthiopie
Bunyamin Tar’an et Fran Walley, Université de la Saskatchewan, Canada
Pays : Éthiopie
Financement accordé : 999 935 CAD
Période visée : de septembre 2010 à mars 2013

Pour plus de précisions sur ces projets, communiquer avec Sara Ahmed, spécialiste de programme principale, à New Delhi en Inde (

sahmed@crdi.ca), Pascal Sanginga, spécialiste de programme principal, à Nairobi au Kenya (psanginga@crdi.ca), ou Kevin Tiessen, administrateur de programme principal, à Ottawa au Canada (ktiessen@crdi.ca).