Les premiers succès obtenus en matière de lutte contre la faim en Éthiopie

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Stephen Dale
Des cultures plus nutritives, des rendements plus élevés et une alimentation plus variée, tels sont les objectifs que des chercheurs de l’Éthiopie et du Canada s’emploient à atteindre dans le sud de l’Éthiopie, où l’épuisement des sols et la sécheresse ont mis en péril les moyens d’existence des agriculteurs et fait en sorte que la malnutrition s’est répandue.

Les chercheurs exécutent leurs travaux dans le cadre du Fonds canadien de recherche sur la sécurité alimentaire internationale (FCRSAI), une initiative conjointe du CRDI et d’Affaires étrangères, Commerce
et Développement Canada. Le FCRSAI, qui appuie 21 projets réalisés dans des endroits d’Asie, d’Afrique, et d’Amérique latine qui sont aux prises avec l’insécurité alimentaire, réunit des spécialistes du Canada et de pays en développement en quête de solutions pratiques aux problèmes indissociables que sont la dégradation de l’environnement, la faible productivité de l’agriculture et la faim.

Un régime alimentaire faible en protéines

Dans le sud de l’Éthiopie, les conditions sont difficiles. De faibles précipitations et l’épuisement des sols ont réduit la productivité des terres. La culture de céréales (dont le tef, qui est un aliment de base) et de plantes racines comme le manioc assure une alimentation locale riche en glucides, mais pauvre en protéines, en minéraux et en vitamines. 

Cette situation entraîne d’importants troubles de santé. Près de 52 % des habitants de milieu rural de l’Éthiopie ont un apport calorique insuffisant. La carence en zinc, qui touche les trois quarts des femmes enceintes, provoque une incidence élevée d’arrêt de croissance. Par ailleurs, près de la moitié des décès d’enfants dans la région sont attribuables à des carences en protéines ou en micronutriments comme l’iode, le zinc, le fer et la vitamine A. Cependant, la démarche en deux volets qu’ont adoptée les chercheurs subventionnés par le FCRSAI laisse entrevoir que la situation pourrait bientôt s’améliorer.

Les vertus des légumineuses

Un volet des travaux effectués porte sur la recherche de cultures et de techniques qui permettraient aux sols épuisés de cette région exposée à la sécheresse de donner des récoltes plus abondantes et de meilleure qualité. Des spécialistes du sol et des phytologues de l’Université d’Awassa, en Éthiopie, et de l’Université de la Saskatchewan, au Canada, ont collaboré avec des agriculteurs pour mettre à l’essai la culture en rotation de céréales et de légumineuses à graines comme le haricot, la lentille et le pois chiche. Les légumineuses à graines ont été choisies non seulement parce qu’elles ont une haute teneur en protéines, mais aussi parce qu’elles peuvent redonner des éléments nutritifs aux sols épuisés.

Toutefois, l’ajout de légumineuses n’est pas à lui seul garant de succès. Les spécialistes ont étudié des variétés bien précises capables de pousser sur des sols soumis au stress hydrique et dépourvus d’éléments nutritifs. Ils ont aussi inoculé aux semences des micro-organismes qui se trouvent à l’état naturel, les rhizobiums, et qui forment une symbiose avec les légumineuses à graines pour capter l’azote atmosphérique présent dans le sol. Une partie de l’azote est fixé par les légumineuses et favorise une production accrue de protéines, tandis que le reste retourne dans le sol pour nourrir les cultures ultérieures. 



CRDI / K. Tiessen
Gousses de pois chiches améliorés (à gauche) et gousses d’une variété locale

Savourer la réussite

Les chercheurs ont repéré six variétés de pois chiche et quatre variétés de lentille qui semblaient être les plus aptes à s’adapter aux conditions locales. Ils ont d’abord mis à l’essai des rhizobiums provenant du Canada. Mais, les variétés qu’ils ont tirées du sol sur place se sont révélées encore plus efficaces que les variétés commerciales, ce qui s’est avéré une heureuse surprise, estime Sheleme Beyene, de l’Université d’Awassa.

Les premiers résultats indiquent qu’il y a eu amélioration. Selon Molla Mengistu, chercheur à l’Université d’Awassa et candidat au doctorat à l’Université de la Saskatchewan, l’équipe a constaté que les variétés inoculées donnaient de bien meilleurs rendements que les variétés classiques et qu’elles pouvaient fixer une grande quantité d’azote. L’analyse du blé semé après la récolte des légumineuses à graines permettra de déterminer si l’azote ajouté au sol aura également permis d’augmenter la teneur en protéines du blé.

Favoriser de meilleures habitudes

Entre-temps, d’autres chercheurs ont voulu établir si les ménages étaient disposés à consommer davantage de légumineuses à graines. En effet, elles ont été délaissées par les Éthiopiens, alors qu’elles constituaient pourtant autrefois la base de leur alimentation, explique Carol Henry, de l’Université de la Saskatchewan. Les travaux préliminaires ont démontré qu’en faisant connaître de nouvelles façons d’utiliser les légumineuses à graines (notamment dans les ragoûts et le pain), sans que cela nécessite plus de travail ou des appareils spéciaux, on a aidé à changer les attitudes et les habitudes de préparation des aliments. Des recherches ultérieures examineront si une plus grande consommation de légumineuses à graines peut donner lieu à un meilleur état nutritionnel et à davantage de bien-être.

Carol Henry explique que la collaboration entre les nutritionnistes et les spécialistes en agriculture a permis d’aborder le problème dans son ensemble. Les nutritionnistes peuvent habituellement traiter les carences en zinc et en fer au moyen de compléments alimentaires, mais il est apparu clairement que la cause profonde du problème était d’ordre environnemental. On a donc appris que la santé du sol et celle des plantes allaient de pair avec la santé humaine, conclut-elle.   

Stephen Dale est rédacteur à Ottawa. 

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