Les nouveaux besoins en eau et en terres dans l'Altiplano bolivien requièrent de nouvelles solutions

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L'équipe de projet partageant avec des groupes de jeunes les résultats de la recherche concernant les répercussions des changements climatiques sur la disponibilité de l'eau dans les bassins hydrologiques de l'Altiplano bolivien.

Jennifer Kingsley
L'Altiplano ou « haute plaine » de Bolivie est un plateau semi-aride qui représente un tiers de la superficie du pays et abrite 2,8 millions d'habitants, soit 30 % de la population bolivienne. L'Altiplano est aussi l'un des endroits les plus pauvres du pays. Si l'eau a toujours été rare dans cette région, les répercussions des changements climatiques – telles que la fluctuation des quantités et des moments des précipitations, la hausse des températures et la gravité croissante des phénomènes météorologiques – rendent les niveaux d'eau plus variables et difficiles à prédire. Les faibles débits saisonniers alternent avec des précipitations intenses, ce qui mène fréquemment à l'inondation des vallées en basse altitude. Ces répercussions s'ajoutent aux besoins accrus en eau générés par l'expansion agricole, l'activité industrielle et la croissance urbaine.

La recherche menée par Agua Sustentable consiste à recueillir des éléments de preuve des changements climatiques et de leurs répercussions sur l'eau dans la région. L'équipe de recherche travaille à un processus de planification et de collaboration multi-intervenants en vue d'éclairer les stratégies locales d'adaptation et d'évaluer les futures ressources en eau.

Un paysage en mutation

Dans l'Altiplano bolivien, les moyens de subsistance traditionnels comprenaient l'élevage d'animaux comme les lamas, les alpagas et les vigognes pour la viande, le lait, la laine et le transport. Depuis le milieu des années 1980, l'agriculture croît de façon constante, ce qui a considérablement accru les besoins en eau. La culture principale est le quinoa, une céréale riche en nutriments qui constitue depuis longtemps la base de l'alimentation des peuples autochtones et qui a considérablement gagné en popularité à travers le monde. Le prix moyen du quinoa a augmenté de presque 500 % depuis les années 1980, et la superficie utilisée pour sa production a plus que quadruplé depuis 2007.

Cet élan vers l'agriculture augmente les besoins en eau et en terres. Par exemple, les zones situées en bordure des principales rivières qui traversent l'Altiplano se sont transformées en champs. Auparavant, elles seraient devenues des lagunes naturelles en période de fortes précipitations, et auraient ainsi prévenu les inondations. Plus en aval, les terres humides – qui servent à régulariser le débit d'eau, forment un habitat important, et limitent les inondations – ont aussi été converties pour l'agriculture ou le peuplement au cours des 30 à 40 dernières années. Afin de gérer l'eau à plus petite échelle, la population locale a construit des barrages, des barrières et des digues non réglementés. Sans planification appropriée, ces efforts peuvent exacerber les problèmes liés à l'eau ailleurs, en causant notamment des pénuries et des inondations.

Les intervenants dans ces bassins hydrologiques comprennent des agriculteurs, des groupes autochtones, des associations d'utilisateurs d'eau, des douzaines de municipalités, ainsi que des échelons supérieurs du gouvernement tels que l'« Autoridad Plurinacional de la Madre Tierra » (l'autorité de la Terre mère). Un des principaux objectifs de la recherche consiste à coordonner la gouvernance et la gestion de l'eau au sein de ces groupes. Trois réunions générales ainsi que de plus petites consultations et des projets réalisés sur trois ans ont permis de partager les données sur le nouveau climat et de mettre au point des solutions novatrices. Dans une région, les écoliers ont participé à un concours consistant à trouver des moyens de se préparer aux inondations. Leurs idées ont été acheminées aux comités de planification. Ailleurs, des communautés conçoivent leurs propres systèmes d'alerte pour les phénomènes météorologiques.
Workshop with community groups in the Bolivian watershed
Nouvelles solutions basées sur les tendances climatiques 

Le climat dans cette région n'est pas uniforme. Les précipitations varient entre 800 et 1 040 mm par année dans le Nord, alors qu'elles n'atteignent que 200 mm par an dans le Sud-Ouest. Cela souligne toute l'importance des composantes de collecte d'éléments de preuve et de modélisation climatique de ce projet. Dans l'ensemble, la saison des pluies est plus courte et les fortes précipitations sont plus courantes. De plus, les précipitations près du lac Titicaca, la source d'une des principales rivières de l'Altiplano, diminuent de façon importante, tandis que celles près de la ville d'Oruro, au Sud-Est, augmentent à certains moments de l'année. La température moyenne dans cette région de haute altitude a aussi augmenté d'environ 0,1 à 0,3 °C tous les dix ans, ce qui est supérieur à la moyenne mondiale.

Les données climatiques permettent de déterminer quelles sont les meilleures solutions pour chaque région et à quelle échelle. La collaboration, la planification et le financement seront toutefois nécessaires à leur mise en oeuvre. Dans certains cas, des solutions simples comme ajouter du paillis pour conserver l'eau ou construire des systèmes de captage et de stockage d'eau peuvent être mises en place au niveau des familles. D'autres projets, comme la construction de petits barrages, nécessitent le soutien des gouvernements municipaux. Puis d'autres plans, comme l'utilisation répandue de l'irrigation ou les politiques à grande échelle nécessitent le soutien du gouvernement fédéral.

L'autorité de la Terre mère participe activement à ce projet financé par le CRDI, comme Dicuadema, l'association d'utilisateurs d'eau de l'ensemble des bassins hydrologiques. Cette recherche, qui bénéficie de la science et du soutien des groupes autochtones, des gouvernements municipaux et des résidents de tous âges, ouvre la voie à des partenariats importants qui aideront la région à s'adapter à un climat changeant et à gérer les besoins en eau.

Le projet Renforcement de la capacité locale d'adaptation aux changements climatiques sur l'Altiplano de Bolivie est financé dans le cadre de l'Initiative de recherche sur les ressources d'eau et l'adaptation aux changements climatiques en Asie, en Amérique latine et dans les Caraïbes à l'aide de fonds provenant du financement accéléré du gouvernement du Canada.

L'auteure, Jennifer Kingsley, vit à Ottawa.

Photo (à droite) : Agua Sustentable
Atelier avec des groupes communautaires de l'Altiplano de Bolivie 

Pour en savoir plus sur ce projet.

Visionnez une entrevue avec la chercheuse Paula Pacheco

Paula Pacheco