Les maladies infectieuses

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L’équipe ÉCOSANTÉ

Les approches écosanté permettent aux chercheurs, aux collectivités et aux décideurs de comprendre les nombreux facteurs environnementaux, socioéconomiques et politiques en jeu dans la propagation des maladies infectieuses et d’intervenir à cet égard.

Le défi

La grippe aviaire (H5N1), l’émergence d’autres maladies infectieuses et la résurgence d’épidémies comme la dengue, la tuberculose et les maladies diarrhéiques comptent parmi les problèmes de santé publique et de développement actuels les plus importants. Les maladies infectieuses causent des souffrances individuelles considérables, elles minent la vie quotidienne et les moyens de subsistance. Selon le Rapport sur la santé dans le monde publié par l’Organisation mondiale de la santé en 2002, les maladies infectieuses représentent un tiers des années perdues pour cause de maladies ou de décès dans le monde. Elles sont le plus grand facteur de morbidité et de mortalité dans les pays en développement, et de nouvelles maladies apparaissent à un rythme sans précédent. L’épidémie de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) survenue en 2003 a démontré que la mobilité accrue des biens et des personnes permet à des épidémies locales, éclatant dans des régions éloignées, de frapper d’autres continents en quelques jours.

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De telles éclosions récentes de maladies infectieuses ont contribué à mobiliser des compétences et des fonds considérables pour se préparer aux pandémies et effectuer des recherches sur les vaccins. Par contre, nombre d’autres maladies, particulièrement celles touchant les pauvres, demeurent négligées. La complexité de maladies à composantes environnementales, comme la maladie de Chagas et la dengue, nuit à la lutte efficace au moyen des vaccins et des antimicrobiens. Souvent, les pauvres sont marginalisés sur le plan politique et vivent dans des milieux dégradés. Ils n’ont pas les moyens, les connaissances, ni les possibilités leur permettant d’accéder aux soins de santé ou de se protéger eux-mêmes contre les infections. Les collectivités vulnérables des pays en développement ne sont généralement pas aussi bien protégées par des politiques et programmes de prévention contre les maladies que celles des pays développés.

De nombreuses maladies infectieuses sont enracinées dans le milieu, favorisées par des facteurs sociaux ou individuels. La mondialisation, les changements climatiques et les forces macroéconomiques exacerbent les risques que présentent les maladies infectieuses et leurs répercussions. Les chercheurs provenant de disciplines multiples doivent collaborer avec les intervenants et les responsables des politiques aux échelons pertinents pour trouver des solutions durables à ces problèmes complexes.

Les réalisations

Le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) relève le défi et appuie la recherche et les réseaux d’experts en écosanté afin d’aider à résoudre les problèmes posés par les maladies infectieuses difficiles à traiter. La recherche en écosanté vise à pallier une lacune de plus en plus reconnue : la nécessité d’adopter une approche écosystémique pour s’attaquer aux causes fondamentales de la propagation des maladies infectieuses et d’entretenir une collaboration régionale afin que les résultats de la recherche se transforment en politiques et en mesures concrètes pour prévenir les maladies à la source.

Produire des connaissances

Partout dans le monde, des chercheurs appuyés par le CRDI appliquent avec succès les approches écosanté pour produire des connaissances relatives aux causes profondes des maladies infectieuses.

 

C. Monroy
Au Guatemala, l'équipe de recherche a enseigné à des agents du ministère de la Santé et aux membres de la collectivité comment plâtrer les murs des maisons afin de prévenir les infestations de réduves.

Lutter contre la maladie de Chagas au Guatemala

La maladie de Chagas est une infection grave qui se transmet des animaux aux humains par un réduve, un type de punaise. En Amérique latine, elle impose une charge de morbidité plus lourde que toutes les autres maladies tropicales conjuguées. Se présentant comme une infection chronique qui peut durer des décennies, elle réduit considérablement l’aptitude au travail et les capacités mentales des personnes atteintes, et peut causer une mort précoce.

Au Guatemala, la maladie atteint annuellement 30 000 personnes. Dans le département de Jutiapa, fréquemment réinfesté par les réduves, des chercheurs ont examiné 600 ménages très pauvres. En plus d’évaluer le niveau d’infection de la communauté, l’équipe s’est penchée sur les facteurs susceptibles de favoriser la présence des insectes, même après l’épandage répété d’insecticides. Les foyers les plus à risque étaient ceux caractérisés par un système d’assainissement médiocre, des planchers de terre, de la volaille vivante dans la maison et des réduves cachés dans les fentes des murs de brique crue. Nombre d’habitants ignoraient que ces gros insectes étaient vecteurs de la maladie de Chagas.

Dans chaque village, les foyers les plus à risque devaient appliquer l’une des deux approches préventives : la pulvérisation par insecticides (l’approche classique) ou l’approche écosystémique (la pulvérisation combinée à des mesures de réduction des risques liés à l’habitation susmentionnés et d’autres risques). La collectivité et d’autres intervenants ont aidé à déterminer les outils nécessaires. Les deux approches ont réduit l’infestation, mais l’approche écosystémique s’est révélée plus efficace que la pulvérisation seule pour prévenir de nouvelles infestations et améliorer les conditions de vie à long terme. Les insectes ont dû chercher leur nourriture à l’extérieur et plus loin des habitants.

« C’est une approche originale, affirme Carlota Monroy, chef de l’équipe de recherche. Nous amenons l’insecte à préférer le sang animal au sang humain. Mais l’aspect le plus intéressant de l’approche écosystémique, c’est qu’elle intègre le développement communautaire; elle va au-delà de la lutte contre la maladie de Chagas ».

A. Beeche
Un spécialiste en riziculture explique comment la technique d'assèchement périodique des rizières peut contribuer à la lutte contres les des vecteurs du paludisme au Pérou.

Les riziculteurs du Pérou aident à lutter contre le paludisme

Au Pérou, les chercheurs appliquent l’approche écosanté pour s’attaquer au paludisme. Dans le climat chaud et les rizières irriguées du département de Lambayeque, dans le nord du Pérou, les moustiques se reproduisent rapidement. Entre 2004 et 2008, la superficie des rizières a augmenté de 33 %; elles avoisinent maintenant les villes, augmentant le risque de paludisme chez les résidants.

Des experts péruviens en lutte antivectorielle, en santé publique, en riziculture et en sociologie collaborent avec les ministères de la Santé et de l’Agriculture, des organismes de coopération régionaux et internationaux et des ONG fin de résoudre le problème. Les comités d’irrigation communautaires les aident à convaincre les petits riziculteurs de laisser leurs rizières s’assécher périodiquement. Il en ressort plusieurs résultats positifs : réduction marquée du nombre de moustiques, meilleure utilisation de l’eau, déjà rare, destinée à l’irrigation, et même, accroissement des rendements.

Renforcer les capacités

Le CRDI s’efforce de renforcer les capacités des chercheurs et des organismes locaux afin de produire des résultats significatifs et de favoriser l’excellence en recherche. Les activités de recherche en écosanté visent aussi à donner aux collectivités les moyens de prendre en main leur santé et leur environnement.

Un réseau d’experts prend forme en Afrique

Depuis 1998, il émerge en Afrique une communauté de chercheurs en écosanté découlant d’un ensemble de projets de recherche sur le terrain appuyés par le CRDI, d’une série de cours de formation annuels et de bourses octroyées par voie de concours à des chercheurs d’avenir. Lancés en 2003, les cours de formation réunissent de jeunes chercheurs prometteurs d’Afrique centrale et de l’Ouest qui examinent les approches écosanté avec leurs collègues plus expérimentés.

S’appuyant sur l’élan donné par les cours de formation, en 2006, les chercheurs ont créé la communauté de pratique en écosystèmes et santé humaine de l’Afrique centrale et de l’Ouest (COPES-AOC). C’est ainsi qu’existe maintenant, dans les universités de la région, un groupe voué au renforcement des programmes et pratiques en écosanté, et que des diplômés du Bénin, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire et du Cameroun suivent maintenant des cours sur les écosystèmes et la santé humaine dans leur milieu universitaire.

 
Renforcer les compétences en écosanté en Amérique latine et dans les Caraïbes
 
En 2007, en collaboration avec l’Organisation panaméricaine de la Santé (OPS), l’Organisation des États Américains et la Banque Interaméricaine de Développement, et avec le soutien de la Fondation Bill et Melinda Gates, le CRDI a appuyé sept études d’écosanté axées sur la prévention et le contrôle de la maladie de Chagas, de la dengue et du paludisme en Amérique latine et dans les Caraïbes. Le CRDI appuie l’établissement d’un réseau entre les équipes afin de renforcer la mise en oeuvre des approches écosanté, de favoriser l’apprentissage et l’échange des connaissances et d’en accroître les bienfaits. Les projets ont pour objectif commun d’élaborer des approches communautaires novatrices à la prévention de la maladie qui déboucheront sur de meilleures politiques sanitaires dans la région.
CRDI / Peter Bennett
Le Partenariat de recherche sur l'influenza aviaire en Asie cible les causes environnementales et agricoles de la grippe aviaire.

S'attaquer à la grippe aviaire en Asie

En Asie, les chercheurs s’intéressent aussi vivement aux possibilités qu’offre l’écosanté. Depuis 2005, le CRDI favorise un partenariat de recherche régional sur le virus de la grippe aviaire H5N1 auquel participent des organismes de recherche et les ministères des Sciences, de la Santé et de l’Agriculture provenant des cinq pays les plus touchés par l’épidémie actuelle : le Cambodge, la Chine, l’Indonésie, la Thaïlande et le Vietnam. La République démocratique populaire du Laos se joindra au projet en 2009.

Le Partenariat de recherche sur l’influenza aviaire en Asie (APAIR), issu d’une initiative réalisée en 2004 par le bureau du CRDI en Asie du Sud-Est, favorise la collaboration régionale pour contrer la crise de la grippe aviaire. L’APAIR cible les racines agricoles et environnementales de cette nouvelle maladie et les incidences des mesures de lutte draconiennes sur les conditions de vie des populations pauvres de la région. Cette collaboration transnationale et transdisciplinaire est une première pour ces organismes de recherche. L’APAIR a fait tomber les barrières linguistiques, culturelles et politiques et rassemblé cinq équipes multinationales de chercheurs qui génèrent des connaissances sur des aspects pressants et mal compris de la maladie : le rôle des oiseaux migrateurs et des petits élevages de volaille dans la propagation de la grippe aviaire; les incidences socioéconomiques de la maladie et des mesures de lutte; et l’efficacité des différentes mesures de lutte au sein des collectivités.

L'APAIR est un modèle des plus prometteurs concernant la transformation des connaissances liées à l’écosanté en politiques de santé publique. Non seulement les chercheurs bénéficient-ils d’un appui de haut niveau sur des sujets d’importance régionale, mais ils sont également assurés que les responsables des politiques sont au fait des résultats de leurs travaux. Influencer les politiques est un objectif fondamental du programme ÉCOSANTÉ du CRDI.

Influer sur les politiques

L'influence sur les politiques permet de transformer les nouvelles connaissances en changement durable. Les approches écosanté encouragent l’engagement continu des décideurs dans le processus de recherche, ce qui favorise cette transformation.

La recherche sur la maladie de Chagas convainc les responsables de la santé au Guatemala

Au Guatemala, la recherche écosystémique sur la maladie de Chagas a permis de concevoir une intervention de lutte contre l’infestation plus aisée, moins toxique et moins coûteuse que la pulvérisation périodique. Le ministère de la Santé en a pris note et songe maintenant à mettre en oeuvre un plan fondé sur l’écosanté pour lutter contre la maladie. Il est convaincu que cette approche contribue à améliorer la qualité de vie des familles pauvres en les habilitant à mieux gérer leurs ménages et leur milieu. L'OPS favorise également cette approche dans son programme régional de lutte contre la maladie de Chagas.

L'écosanté et les enjeux futurs

La recherche en écosanté aide à prévenir les maladies infectieuses en permettant la meilleure compréhension des facteurs écosystémiques qui déterminent l’apparition et la propagation des maladies, anciennes et nouvelles. Les nouvelles maladies apparaissent à un rythme accéléré et la résistance aux antimicrobiens et aux pesticides est en hausse. En comprenant mieux les interactions complexes entre les facteurs écologiques, économiques et sociaux, la recherche en écosanté permet de s’attaquer aux racines du problème des maladies infectieuses. Alors que les transformations sociales et environnementales se mondialisent, le CRDI continuera d’appuyer les approches novatrices et la réflexion écosystémique visant à prévenir les maladies infectieuses avant qu’elles ne s’implantent ou se transforment en pandémies.
 
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