Les leçons apprises en Argentine aident Haïti à lutter contre le choléra

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New Agriculturist
À un moment où le choléra a emporté plus de 2 000 Haïtiens et menace plus de 6 500 000 autres, des mesures urgentes sont prises pour endiguer l’épidémie qui sévit dans les dix départements du pays. Le choléra se propageant par l’intermédiaire de l’eau contaminée, les risques sont particulièrement élevés compte tenu des conditions insalubres (absence d’eau propre et exposition aux matières fécales) dans lesquelles vivent toujours des milliers d’Haïtiens à la suite du tremblement de terre de janvier 2010.

Un projet trilatéral, inspiré de l’expérience de l’Argentine (qui a connu une épidémie de choléra au milieu des années 1990), vise à informer la population sur cette maladie, à la former à de meilleures pratiques d’exploitation agricole et à lui fournir des semences potagères. Ce projet financé par le CRDI, organisme canadien, est réalisé dans le cadre du programme Pro Huerta Haïti, qui fournit l’expertise technique, en étroite collaboration avecle ministère de l’Agriculture d’Haïti.


Construction de latrines en Haïti

L’expérience de l’Argentine…

Établi au début des années 1990 par l’Institut national de technologie agricole (Instituto Nacional de Tecnología Agropecuaria – INTA), en Argentine, le programme Pro Huerta encourage l’autoproduction d’aliments frais afin d’améliorer l’apport nutritionnel et de diversifier le régime alimentaire de la population. Par la promotion de jardins biologiques et de la culture d’espèces indigènes aussi bien que de nouvelles espèces bien adaptées, le programme a permis aux collectivités les plus pauvres d’avoir un meilleur accès à une alimentation saine. Pro Huerta s’avère un succès en Argentine : le programme s’étend maintenant à toutes les provinces du pays et favorise la saine alimentation de 3,5 millions de personnes grâce au soutien de plus de 16 000 agents multiplicateurs et d’un réseau de 8 000 établissements. Le modèle a été repris au Brésil, en Colombie, au Guatemala et au Venezuela.

Au cours de l’épidémie de choléra de 1996, les membres de l’équipe technique du programme Pro Huerta en Argentine ont été formés à la gestion appropriée de l’irrigation et ont transmis les connaissances acquises aux agriculteurs dans le cadre d’une campagne de santé publique. L’intégration du programme à la campagne a contribué au rétablissement rapide des populations touchées, ainsi qu’à l’éradication du choléra, explique Miguel Lengyel, directeur de la Faculté latino-américaine des sciences sociales (FLACSO) en Argentine. La campagne a alors contribué à l’innocuité de la production agricole, et on pourrait bien en tirer des enseignements sur les mesures à prendre en Haïti pour venir à bout de l’épidémie de choléra actuelle, ajoute-t-il.

… et sa mise en application en Haïti

Des mesures de diffusion de l’information et de formation des personnes participant à la gestion des exploitations agricoles sont actuellement mises en oeuvre en Haïti afin d’améliorer les pratiques d’irrigation de même que la manutention des aliments. En outre, des installations de stockage de l’eau sont en cours de construction et des filtres à sable pour eaux usées sont en fabrication. Il sera ainsi possible d’assurer le stockage de l’eau en toute sûreté et d’éliminer insectes, matières végétales et sédiments des réserves d’eau, ce qui permettra d’éviter la transmission de maladies, dont le choléra.

Le programme Pro Huerta Haïti ayant été mis sur pied en 2005, ses activités ont débuté avant le récent déclenchement de l’épidémie de choléra. Depuis cinq ans, des formations sont offertes à des familles, des organismes de femmes, des communautés, ainsi que dans des écoles et des établissements tels que des orphelinats. L’accent a été mis sur la production de légumes biologiques, la mise en place de potagers modèles, la distribution de semences potagères et le soutien technique aux agriculteurs afin de les aider à accroître la diversité et la quantité de fruits et légumes frais. D’autres activités de formation ont également été tenues, notamment sur la fertilisation, la lutte biologique contre les ravageurs, la production de semences de maïs et de fève, la gestion des potagers au cours de la saison sèche et la production et la consommation d’aliments frais. Par ailleurs, plus de douze tonnes de semences de maïs, treize tonnes de semences de fève et près de 12 000 pochettes contenant des semences de plus de 23 variétés de légumes ont été distribuées.


Détermination de la qualité de l’eau d’un ruisseau dans le village de Gressier, en Haïti

Des résultats concluants

Jusqu’à présent, l’alimentation de plus de 90 000 personnes a été grandement améliorée grâce au programme Pro Huerta Haïti. Les activités de ce dernier ont pris de l’ampleur à la suite d’une entente conclue récemment entre l’Argentine, le Canada et Haïti. Le tremblement de terre de janvier 2010 a également multiplié les demandes d’élargissement du programme à un plus grand nombre de familles compte tenu de son efficacité pour ce qui est d’améliorer l’apport nutritionnel et de diversifier le régime alimentaire. Selon M. Lengyel, le programme est un exemple de réussite sur le plan de la coopération Sud-Sud et Sud-Nord-Sud pour le développement en Amérique latine et ailleurs.

Afin de contribuer davantage à ce processus, le CRDI apporte un soutien à un certain nombre de centres en Amérique latine afin de renforcer leur capacité d’action et leur coopération avec Haïti. Federico Burone, directeur du bureau du CRDI dans la région, soutient qu’il est essentiel de former de nouveaux chercheurs, de favoriser le débat public, d’assurer les conditions nécessaires à la coordination d’accords régionaux et de renforcer la coopération internationale pour le développement. Un forum sur les politiques réunissant la FLACSO-Argentine, l’INTA et la Commission nationale sur la sécurité alimentaire d’Haïti et visant à améliorer la production des petites exploitations agricoles haïtiennes est en cours de création.

M. Lengyel fait valoir qu’alliée à une meilleure hygiène et à la décontamination de l’eau, une saine alimentation constitue un élément clé de la lutte contre le choléra. Il explique que les enfants, surtout ceux des couches les plus pauvres de la société, sont souvent le plus sévèrement touchés par le choléra et en Haïti, six personnes sur dix ayant contracté la maladie sont des enfants. Mais une bonne alimentation contribue au développement et au renforcement du système immunitaire, précise-t-il.

Le présent article a d’abord paru en version originale anglaise dans le magazine New Agriculturist en décembre 2010.