Les jeunes s’engagent dans la lutte contre le sida

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Division des communications, CRDI
Un projet de lutte contre le VIH/sida financé par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) et mis en oeuvre au Pérou fait appel à la créativité des jeunes et à des technologies de communication avancées.

Les nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC) constituent un outil de plus en plus employé dans la lutte contre le VIH/sida.

Punto J, portail hébergé à Lima, au Pérou, est un exemple de l’application novatrice des TIC dans cette lutte. Il vise en effet à fournir des renseignements judicieux aux jeunes Péruviens fortement exposés au VIH en raison, en partie, du manque d’information sur les pratiques sexuelles saines et sur les moyens de se protéger contre les maladies sexuellement transmissibles.

Financé conjointement par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), un organisme canadien, l’Institut pour la connectivité dans les Amériques (ICA), Aide à l’enfance Canada et Save the Children UK, le portail Punto J est alimenté grâce à la créativité de jeunes bénévoles qui en rédigent le contenu et en conçoivent la présentation tout en tentant de trouver des méthodes novatrices pour éduquer d’autres jeunes Péruviens, comme en témoigne leur démarche fondée sur la formation entre pairs.

À l’occasion du XVIe Congrès international sur le sida, qui aura lieu du 13 au 18 août 2006 à Toronto, au Canada, le CRDI accordera une place privilégiée au projet Punto J. Le CRDI finance des projets axés sur divers aspects de la crise du sida (de l’adoption des antirétroviraux au suivi de la propagation de la maladie en passant par la promotion de l’éducation et la réforme des systèmes de soins de santé afin de mieux composer avec l’épidémie) en plus de participer depuis 1987 à des initiatives visant à circonscrire l’épidémie.

Avant le congrès, le cinéaste péruvien Ernesto Cabellos s’est entretenu avec Alina Anglas Cárpena, coordonnatrice de Punto J, Fiorella Dávila Perez, promotrice, Tabris Morissette, promoteur et Rina Paredes Olivares, agente des communications. Ils ont discuté de l’incidence de Punto J dans la vie des jeunes Péruviens, des origines du projet ainsi que de leurs espoirs pour l’avenir.

Ernesto Cabellos - Dans quel contexte social s’inscrit le projet Punto J ? 

Alina Anglas Cárpena À l’heure actuelle, les jeunes comptent pour quelque 30 % de toute la population péruvienne, et ils ont besoin d’information et de conseils pour faire face à l’épidémie croissante de VIH/sida dans notre pays. Le Pérou se classe au quatrième rang des pays sud-américains pour ce qui est du nombre de cas déclarés de maladies sexuellement transmissibles, en particulier de VIH/sida. Les adolescents et les jeunes représentent plus ou moins 70 % de tous ces cas, attribuables principalement à des infections contractées par voie sexuelle en raison d’un manque d’information adéquate véhiculée à la maison et à l’école.

De nombreux tabous et interdits et le moralisme présents au Pérou rendent difficile l’intégration de l’éducation sexuelle au programme scolaire. Les jeunes n’ont pas accès à suffisamment de renseignements sur leurs droits en matière de sexualité et de reproduction, notamment sur les moyens de se protéger contre les maladies sexuellement transmissibles (MST), dont le VIH/sida. Notre portail vise non seulement à fournir l’information nécessaire, mais également à présenter celle-ci dans une langue accessible et dans une présentation conviviale, attrayante et amusante (dialogues entre pairs et entre jeunes). Les visiteurs serviront également de courroie de transmission en communiquant eux mêmes à d’autres jeunes les connaissances acquises sur notre site.

E.C. Comment Punto J a-t-il vu le jour ?

A.A.C. Ce projet est un volet important du mandat de l’Instituto de Educación y Salud (IES - Institut pour l’éducation et la santé), qui intervient depuis quinze ans dans les domaines de l’éducation sexuelle et de la prévention du VIH/sida auprès des jeunes.

Composée de psychologues, d’éducateurs, de communicateurs et de travailleurs sociaux, l’équipe pluridisciplinaire de l’IES est en mesure d’offrir aux visiteurs du portail un vaste aperçu de sujets d’intérêt liés à la sexualité. Par ailleurs, Punto J permet aux jeunes d’accéder à un centre de référence où ils peuvent exprimer leurs doutes et leurs préoccupations dans un climat de confiance, et obtenir des renseignements professionnels sur divers sujets.

Les jeunes qui participent au projet, pour leur part, font appel à leur expérience personnelle pour proposer des solutions créatives. Ainsi, les visiteurs du site tirent autant profit des conseils des professionnels de l’équipe de l’IES que de ceux des jeunes bénévoles et, en unissant leurs efforts, les intervenants issus de ces deux générations obtiennent de meilleurs résultats. Par conséquent, dans le cadre de notre travail de tous les jours (pendant nos réunions hebdomadaires, notamment), nous valorisons les expériences et l’apport de chacun.

E.C. L’utilisation d’Internet permet-elle à Punto J de stimuler davantage la créativité ?

Fiorella Dávila Perez Nous nous efforçons sans cesse d’intégrer de nouvelles idées et de nouveaux éléments au portail pour le rendre attrayant et convivial, et les jeunes nous soumettent constamment des suggestions. La partie du site intitulée Comics est un volet important de Punto J dans laquelle nous présentons des anecdotes et des expériences personnelles sous forme de romans-photos (fotonovelas). D’ailleurs, à l’heure actuelle, nous envisageons le recours à des jeux interactifs. Bref, Internet nous offre de la souplesse et de nouvelles façons de communiquer. 

E.C. Cette souplesse, vous l’employez à présenter quel type de contenu ? 

Tabris Morissette Nous commençons par fournir l’information de base, comme l’explication de ce que sont le VIH et le sida et de ce qui les distingue. Nous abordons également des sujets connexes, comme l’homophobie et le machisme par exemple. Selon notre expérience, il est impossible de discuter du VIH/sida sans parler de sexualité et, pour aborder ce sujet, il faut être ouverts à de nombreux autres aspects, dont l’orientation sexuelle, l’identité sexuelle, l’égalité entre les sexes et l’estime de soi. L’éducation sexuelle va, en effet, bien au delà de la biologie et des techniques de reproduction.

Nous tenons tout particulièrement à renseigner nos visiteurs sur le stigmate associé à la maladie et sur la discrimination dont sont victimes les personnes vivant avec le VIH/sida. C’est pourquoi nous nous efforçons de créer un espace vraiment accueillant, qui sera adopté par les jeunes. 

E.C. Comment intégrez vous les jeunes bénévoles au projet ?

T.M. Nous établissons d’abord un sentiment d’appartenance au groupe. Dès le début de la formation, nous expliquons aux jeunes bénévoles que Punto J est un espace qui leur appartient. Ils comprennent alors que le portail leur est destiné, ce qu’ils démontrent en déclarant : « Punto J, c’est nous tous ».

On peut dès lors observer un changement chez eux. Comme ils éprouvent maintenant un véritable sentiment d’appartenance, ils sont moins influençables. Ils sont désormais maîtres de leurs actions. Ils militent pour cette cause de leur propre chef, et ce qui les motive est le désir d’aider d’autres jeunes.

Nous contribuons également au développement des capacités et des habiletés de nos jeunes bénévoles. Certains sont excellents pour faire des recherches. D’autres sont particulièrement doués pour la conception graphique et les illustrations. Au sein d’une même équipe, ils peuvent perfectionner leurs habiletés dans un contexte où la seule attente à leur égard est qu’ils réalisent une activité qui les intéresse, comme le dessin par exemple. Je me rappelle les nombreux ateliers d’illustration où certains élèves voulaient apprendre à dessiner des dragons et des extra-terrestres, et travailler des techniques de style.

Toutefois, au cours de ces mêmes ateliers, les jeunes se rendent compte que nous avons besoin de créer des illustrations pour les sujets que nous abordons dans le site. Les adultes profitent donc de l’occasion pour leur donner des directives sur la façon de traiter et d’illustrer le contenu. Les jeunes apprennent ainsi à éviter de représenter les femmes comme des objets sexuels et de véhiculer certains stéréotypes, comme les homosexuels efféminés et les lesbiennes hommasses.

E.C. Quelle influence Punto J exerce t il sur les jeunes visiteurs ? 

T.M. Nos lecteurs communiquent souvent avec nous par courriel après avoir reçu des réponses à leurs questions. Nombre d’entre eux nous remercient grandement pour nos conseils, affirmant que ceux-ci les ont réellement aidés et qu’ils se sentent beaucoup mieux maintenant. Il arrive souvent que des visiteurs nous écrivent plus d’une fois, ce qui en amène même quelques uns à devenir bénévoles. Cet échange positif entre nous, nos bénévoles et nos visiteurs se reflète dans le contenu de notre site. 

E.C. Comment entrevoit-on l’avenir de Punto J ?

Rina Paredes Olivares Nous sommes très intéressés à concevoir un solide volet régional, d’autant plus que nos stages nous ont permis d’établir de nombreux liens en Amérique latine. Cependant, je crois qu’il est également important pour nous de promouvoir le développement à l’échelle locale dans le but de renforcer véritablement la stratégie ici même de manière à rejoindre l’auditoire le plus vaste possible au Pérou. 

E.C. Pouvez-vous décrire ce que Punto J signifie pour vous ? 

T.M. Punto J est un espace convivial où l’important est de pouvoir rester soi même, de s’exprimer et de donner le meilleur de soi. C’est une tribune où on peut discuter de sujets tabous, et notamment de sexualité, créer des liens amicaux, obtenir des conseils, s’informer et examiner ses propres comportements.

Punto J, c’est bien davantage qu’un site Web. C’est un portail qui a une âme propre, car, derrière l’écran, c’est toute une équipe de jeunes passionnés qu’on retrouve, des jeunes qui adorent le travail qu’ils font et qui y mettent vraiment tout leur cœur !

La vidéo Punto J — Youth and the Internet in the Fight Against HIV/AIDS sera projetée au XVIe Congrès international sur le SIDA, à Toronto du 13 au 18 août 2006.