Les groupes d’agriculteurs, élément clé de l’essor de l’adoption des innovations agricoles au Kenya

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Membres d’un groupe d’agriculteurs récoltant le dolique sur leur parcelle d’évaluation

CRDI
Il est ardu de pratiquer l’agriculture dans les zones arides du Kenya en raison des pluies peu abondantes et irrégulières, de l’épuisement des sols et de l’eau et des changements climatiques. Des décennies de recherche en agriculture ont certes produit des technologies efficaces pour accroître la productivité, mais les agriculteurs ne les ont pas adoptées. Ce projet vise l’élaboration de stratégies novatrices pour accélérer l’adoption généralisée et le passage à grande échelle de systèmes d’exploitation agricole durable dans trois zones arides du Kenya.

Le défi : diffuser l’information

On a déjà trouvé de nombreuses solutions technologiques à l’insécurité alimentaire au Kenya. Le Kenya Agricultural Research Institute (KARI) a mis au point des variétés végétales et des pratiques culturales améliorées qui augmentent les rendements dans les zones arides et semi-arides et contribuent à une gestion plus durable des sols et de l’eau. Pourtant, malgré des décennies de programmes de vulgarisation agricole, de projets de recherche participative et d’efforts déployés pour encourager l’intégration et la mise en commun des connaissances, peu de petits exploitants agricoles adoptent ces solutions éprouvées. Par conséquent, le nombre de Kényans souffrant de la faim a augmenté.
Allier l’expertise des Canadiens
à celle des Kényans
Le projet du FCRSAI fait appel à des chercheurs spécialisés dans différentes disciplines.
Kenya Agricultural Research Institute :  cultures, gestion des sols et de l’eau, technologies après récolte, aspects socioéconomiques et analyse des marchés
Université McGill : économie  écologique, sexospécificités, services écosystémiques, gestion des ressources naturelles, foncier, cadres institutionnels, nutrition, santé et intégration des connaissances
Kenya Medical Research Institute :  nutrition et santé

Les agriculteurs mettent en commun
les leçons apprises et les succès obtenus

Faire participer les agriculteurs à l’évaluation des variétés et des pratiques améliorées de même qu’à la transmission à d’autres groupes d’agriculteurs des leçons qu’ils ont tirées et des succès qu’ils ont obtenus s’est avéré un moyen efficace – et pouvant en outre se poursuivre longtemps après la fin du projet – de faire adopter des technologies à grande échelle.

La transmission des connaissances acquises par les agriculteurs participants à d’autres agriculteurs a été essentielle à la réussite du projet. L’équipe du projet
a choisi 54 groupes d’agriculteurs dans trois comtés semi-arides de la province de l’Est et les a invités à participer à des évaluations participatives primaires de technologies agricoles (Primary Participatory Agricultural Technology Evaluations – PPATE). Ces évaluations permettent aux agriculteurs de jouer un rôle central dans la prise de décision; ils déterminent notamment quelles données recueillir et comment, ainsi que la manière d’utiliser les résultats.

Il fallait que la conception du projet soit novatrice et permette aux agriculteurs participants, aux organismes de vulgarisation et aux chercheurs d’interagir directement avec d’autres agriculteurs dans leur milieu. Au lieu d’adopter une méthode de collecte de données très rigoureuse et axée sur la recherche, l’équipe du projet a mis au point un modèle souple de recherche et d’évaluation continues qui met l’accent sur l’importance des pratiques, des technologies et des connaissances locales. Cette tactique favorise l’appropriation du projet par les agriculteurs.

Le passage à grande échelle des technologies et des pratiques a commencé après la première campagne culturale. Les participants aux PPATE ont alors choisi 216 autres groupes comprenant plus de 5 400 agriculteurs pour l’exécution d’évaluations participatives secondaires de technologies agricoles (Secondary Participatory Agricultural Technology Evaluations – SPATE). Les groupes chargés des SPATE ont choisi les technologies qu’ils voulaient adopter et ont collaboré avec leurs mentors des PPATE à la mise en application de ces technologies au cours des campagnes culturales qui ont suivi.

Impressionnés par la réussite du modèle PPATE/SPATE, les agriculteurs s’organisent à l’heure actuelle pour étudier les possibilités qui s’offrent.

À titre d’exemple, même si cela ne faisait pas partie du projet initial, plusieurs groupes ont établi des pépinières en faisant appel à des variétés d’arbres et des pratiques d’agroforesterie améliorées. Dans le comté de Tharaka Nithi, 13 groupes d’agriculteurs ont établi des pépinières, et ils ont déjà mis en pot près de 6 000 plants de manguiers.
Groupes d’examen des possibilités de mise en marché
L’équipe du projet a constaté que les agriculteurs sont plus susceptibles d’adopter de nouvelles pratiques et de les conserver s’ils en tirent des avantages économiques directs (productivité accrue, meilleures méthodes de transformation et d’entreposage, meilleure connaissance des marchés et des prix, entre autres).
Afin d’établir ce que pourraient être ces avantages économiques, les 54 groupes d’agriculteurs ont formé 18 groupes d’examen des possibilités de mise en marché, dont au moins un tiers des membres sont des femmes (figure 2). Les liens que ces groupes établissent avec le secteur privé aideront à faire en sorte qu’ils puissent continuer de cultiver des produits de valeur élevée et de les vendre pendant longtemps encore une fois que le projet aura pris fin, en 2014.

Achat et vente de semences

Selon les agriculteurs, les coûts élevés et le manque de sources d’approvisionnement locales font obstacle à l’adoption de semences de cultures traditionnelles de valeur élevée. Pour résoudre ce problème, neuf groupes d’agriculteurs collaborent avec une entreprise privée, Freshco Seeds, qui produit et distribue des semences certifiées au Kenya, ainsi qu’avec le service des semences du KARI (KARI Seed Unit) dans le cadre d’un projet pilote visant à établir des systèmes de production de semences communautaires commerciaux dans toutes les zones rurales. Freshco forme les agriculteurs des PPATE et des SPATE à l’utilisation de semences certifiées, à l’agronomie, à la manutention après récolte et à la mise en marché des semences.
De ce fait, tout en garantissant une source durable de semences certifiées aux agriculteurs, Freshco a étendu son réseau de vente et de distribution dans de nouvelles zones rurales, dans les districts visés par les essais. En une seule année, l’entreprise a plus que quintuplé ses ventes, qui sont passées de 75 à 394 tonnes de semences (figure 3).

DONNÉES ESSENTIELLES

Titre du projet : Adoption à grande échelle des innovations agricoles au Kenya
Site Web (en anglais)
 
Chercheurs principaux
Lutta Muhammad, Kenya Agricultural Research Institute, Kenya
Gordon M. Hickey, Université McGill, Canada

Partenaires
Canada : Université McGill
Kenya : Kenya Agricultural Research Institute, Kenya Medical Research Institute, Freshco Seeds

Pays : Kenya

Financement accordé  : 4,3 millions CAD
Période visée : de mars 2011 à août 2014

Pour plus de précisions sur ce projet, communiquer avec Pascal Sanginga, spécialiste de programme principal, à Nairobi au Kenya (psanginga@crdi.ca), ou avec Kevin Tiessen, spécialiste de programme principal, à Ottawa au Canada (ktiessen@crdi.ca).