Les femmes assurent la préservation de l’arganeraie aux portes du Sahara

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Zoubida Charrouf et Serge Dubé
L’arganier (Argania spinosa) est un arbre endémique au Maroc, où il constitue la deuxième essence forestière. Il peut vivre de 150 à 200 ans et est très résistant à la chaleur et à la sécheresse. L’arganier pousse à l’état sauvage et en abondance dans les régions arides et semi-arides du sud-ouest marocain, dans une zone allant de Safi jusqu’à la frange saharienne et limitée par l’océan Atlantique à l’ouest et par l’Atlas à l’est. Il joue un rôle irremplaçable dans l’équilibre écologique et dans la préservation de la biodiversité. Grâce à son système racinaire puissant, l’arganier contribue au maintien du sol et permet de lutter contre l’érosion hydrique et éolienne qui menacent de désertification une bonne partie de la région.

L’arganier est extrêmement important pour l’économie locale. Chaque partie de l’arbre est utilisable et constitue une source de revenus ou de nourriture : le bois est utilisé comme combustible, les feuilles et les fruits servent de fourrage pour les chèvres et l’huile extraite de l’amande par les femmes est utilisée en cuisine et en médecine traditionnelle. L’arganeraie assure ainsi la subsistance d’environ trois millions de personnes.

La déforestation

Malheureusement, en moins d’un siècle, plus du tiers de la forêt a disparu et la densité moyenne de cette dernière est passée de 100 à 30 arbres par hectare. Cependant, tous les travaux de recherche montrent que l’arganier n’est pas un fossile en voie de disparition mais, au contraire, un arbre rempli de promesses pour certaines zones arides. Aussi est-il essentiel d’améliorer les possibilités de production de l’arganier pour que cet arbre retrouve sa place dans les systèmes agraires de la région. C’est ce défi auquel se sont attaqués deux chercheurs marocains, Zoubida Charrouf, professeure à la Faculté des sciences de l’Université Mohammed V de Rabat, et Faiçal Benchekroun, professeur à l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II de Rabat, dans le cadre d’un projet du Network for the Valorization of Plant Materials in Africa financé par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI).

Bien que l’arganier joue un rôle important dans la préservation de la biodiversité et la lutte contre la désertification dans les régions arides du Maroc, ce sont là des préoccupations très lointaines pour les populations locales défavorisées. C’est pourquoi le projet a pour but d’aider non seulement à préserver la biodiversité, mais aussi à améliorer le bien-être économique des populations, en particulier des femmes, dans le sud-ouest du Maroc. Pour atteindre ces objectifs, les chercheurs axent leurs travaux sur la formulation de scénarios de gestion de l’arganeraie; la sélection d’arbres hautement productifs en huile et en produits biologiquement actifs; l’amélioration des procédés artisanaux de production de l’huile d’argan; l’étude des caractéristiques physicochimiques, de la composition chimique et de l’action pharmacologique de l’huile d’argan afin d’améliorer la conservation et de mettre en valeur les propriétés pharmacologiques de cette dernière; l’étude de la viabilité économique des groupes de femmes qui produisent de l’huile; et l’organisation de cours de mise en marché et de séances de formation à l’intention de ces groupes.

L’objectif principal

Le projet financé par le CRDI a pour principal objectif de faire en sorte que les chercheurs puissent réaliser les études nécessaires pour permettre aux coopératives de femmes d’améliorer la production d’huile d’argan et d’assurer l’encadrement technique des coopératives. Le financement nécessaire au démarrage des coopératives (aménagement des locaux, achat de l’équipement et des bouteilles, conception et production des étiquettes, formation, etc.) provient des subventions obtenues par la chercheure marocaine chargée du projet auprès de différents bailleurs de fonds : les ambassades du Canada, du Japon et du Royaume-Uni et le corps diplomatique accrédité au Maroc; Oxfam-Québec; le Comité d’entraide internationale; et différents particuliers marocains. De nombreux organismes et services marocains ont aussi apporté leur concours à diverses activités de formation des femmes membres de coopératives.

Ces activités portent sur la formation technique (torréfaction, extraction, filtration, organisation du travail, mise en bouteille, sertissage), professionnelle (gestion, comptabilité) et personnelle (alphabétisation). À ce jour, la formation a donné des résultats très appréciables. En effet, les conditions socioéconomiques des Marocaines se sont améliorées grâce à la création d’emplois et à la génération de revenus; les femmes sont devenues plus conscientes de leurs droits; l’appui des coopératives de femmes a aidé au reboisement des forêts d’arganiers et favorisé le tourisme régional.

La mise en marché de l’huile d’argan

Pour assurer la pérennité de ce projet, il importe d’inciter les coopératives de femmes à participer à la mise en marché de leurs produits (huile vierge pour la peau, huile torréfiée pour usage culinaire, pâte à tartiner, savons, etc.). De gros efforts ont déjà été déployés en ce sens. Par exemple, on a communiqué avec des clients potentiels et exposé les produits dans des foires, des points de vente ont été ouverts dans les coopératives, et les produits sont en vente dans divers supermarchés et magasins à Rabat, Casablanca, Marrakech et Agadir. Les coopératives sont équipées de téléphones et de télécopieurs. En outre, le projet a fait l’objet de reportages présentés sur la deuxième chaîne marocaine, sur les chaînes françaises France 2 et FR3 ainsi qu’à Radio-Canada.

Depuis son accession au trône, le nouveau roi du Maroc a adopté une politique d’ouverture qui a été très favorablement accueillie par la population marocaine. Cette politique devra améliorer la situation économique de la population rurale marocaine, plus particulièrement les femmes, dont le degré de développement accuse un très grand retard par rapport à celui des populations urbaines. Le projet financé par le CRDI est un pas dans la bonne direction. C’est pourquoi Zoubida Charrouf est présentement en pourparlers avec d’autres bailleurs de fonds en vue de mettre sur pied un projet global de mise en valeur de l’arganier.

Zoubida Charrouf est professeure de chimie à l’Université Mohammed V de Rabat. Serge Dubé est administrateur de programme au Bureau régional de l’Afrique subsaharienne du CRDI, situé à Nairobi, au Kenya. (Photo : Z. Charrouf)

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