Les défis que pose le rapatriement des réfugiés palestiniens

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Nadine Robitaille
Il est difficile de saisir pleinement l’ampleur du problème des réfugiés palestiniens. Selon les diverses sources, on a estimé que de 520 000 à 914 00 Arabes palestiniens avaient été déplacés, à l’origine, en 1948. Plusieurs centaines de milliers d’autres ont fui la région en 1967, lorsque la guerre a éclaté à nouveau.

En 2005, la croissance démographique naturelle avait fait passer à plus de 4,3 millions le nombre de personnes enregistrées comme réfugiés auprès de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA). De ce nombre, plus d’un million vivent dans des camps administrés par l’UNRWA dans la bande de Gaza, en Syrie, au Liban, en Cisjordanie et en Jordanie, où beaucoup doivent composer avec une pauvreté abjecte et le surpeuplement.

Un nouveau livre présente un recueil de recherches et d’analyses de pointe sur ce problème complexe.

Palestinian Refugees: Challenges of Repatriation and Development, une coédition du Centre de recherches pour le développement international (CRDI), organisme canadien, et de I.B. Tauris explore les défis que poserait, sur les plans de la démographie et du développement, le retour des réfugiés dans un éventuel État palestinien.

Les nombreuses tentatives de négocier un plan de paix entre les Palestiniens et les Israéliens n’ont pas porté fruit, et on ne compte plus les idées divergentes sur la meilleure façon d’instaurer la paix.

Selon Rex Brynen, professeur de sciences politiques à l’Université McGill, à Montréal, qui étudie la question des réfugiés palestiniens depuis une vingtaine d’années, tous conviendront que peu importe l’entente qu’arriveront un jour à négocier les Palestiniens et les Israéliens, celle-ci portera en grande partie sur le rapatriement des réfugiés palestiniens dans un État palestinien en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

Dans le but de contribuer aux travaux relatifs au rapatriement des réfugiés palestiniens, M. Brynen et Roula El-Rifai, spécialiste de programmes principale, Initiatives spéciales au Moyen-Orient, au CRDI, ont codirigé la publication de ce livre.

Ce livre est la plus récente contribution du CRDI aux travaux de recherche sur les politiques en ce qui concerne la question des réfugiés. Depuis 1992, le Centre a appuyé un certain nombre d’initiatives de recherche, notamment un livre, publié en 2006 (Palestinian Refugee Repatriation: Global Perspectives, sous la direction de Michael Dumper), et deux conférences tenues à Ottawa, au Canada.

Le CRDI a organisé la première Conférence bilan sur la recherche pour les réfugiés palestiniens en 1997, et la deuxième en 2003. Ces conférences ont réuni une centaine d’experts, d’universitaires et d’observateurs officiels du Moyen-Orient, de l’Europe et de l’Amérique du Nord pour examiner les recherches existantes et en cours sur la question des réfugiés palestiniens.

« Au moment de la [deuxième] conférence, les négociations étaient sur une lancée et l’on croyait qu’en continuant sur cette lancée, on inciterait les gens à commencer à réfléchir très sérieusement à ces questions », dit Mme El-Rifai.

« On ne peut s’asseoir et en arriver à une entente sans avoir fait toutes les recherches techniques et les analyses fondées sur des données probantes afin de déterminer la voie à emprunter, ajoute-t-elle. Il faut effectuer ce travail technique préalable pour appuyer le processus de décision des négociateurs. C’est là qu’intervient notre travail. »

Il y a eu de nombreuses tentatives infructueuses d’instaurer la paix. Bien qu’une décennie se soit écoulée depuis la première conférence, les travaux qui y ont été présentés sont toujours d’actualité, selon les directeurs de la publication qui étaient résolus à consigner sur papier certaines des idées exprimées à la conférence.

Selon M. Brynen, on risquait, faute d’avoir regroupé ces idées dans un livre, de perdre, au fil du temps, la sagesse accumulée sur la question des réfugiés. À son avis, ce serait vraiment tragique de perdre les connaissances acquises sur la question.

Le livre s’inspire de plusieurs documents de la conférence et s’attaque aux problèmes soulevés par le rapatriement des réfugiés : les façons de faire, les coûts et les solutions possibles, et les domaines de recherche futurs. Il approfondit les éventuels effets sociaux et économiques du rapatriement et de l’absorption des réfugiés, et les diverses politiques qu’on pourrait adopter face à de tels événements.

Les collaborateurs – des Palestiniens, des Israéliens, et des universitaires, experts et responsables des politiques de partout au monde, y compris des chercheurs de la Banque mondiale – proposent une série de scénarios possibles concernant le retour, le rapatriement et la réinstallation, ainsi que les éléments clés d’un programme de rapatriement.

M. Brynen présente son propre aperçu des leçons à tirer sur le plan des politiques : il faut entre autres procéder à un rapatriement volontaire, éviter les entraves bureaucratiques et tenir compte des éventuelles répercussions de vastes programmes de logement pour les réfugiés. À son avis, si on espère un jour en arriver à un règlement pacifique – et c’est ce que tous souhaitent – il faudra prendre ces questions en considération.

Former une nouvelle génération de chercheurs

On trouve peu de programmes d’études et de centres académiques sur les réfugiés dans le monde arabe. En fait, jusqu’à tout récemment, il n’y en avait qu’un – le Forced Migration and Refugee Studies Program, à l’Université américaine du Caire.

Pour aider à combler ce besoin et pour assurer le renouvellement des effectifs de chercheurs intéressés aux études sur les réfugiés, le CRDI participe au financement de la création d’un centre de ressources sur les réfugiés et les migrations à l’Université Birzeit, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

Le programme pilote d’une année a débuté à Birzeit en février 2007. Le but ultime est d’en faire un programme de maîtrise en études des réfugiés et des migrations forcées.

Planifier

Les deux directeurs de la publication reconnaissent que certains défenseurs des réfugiés pourraient s’opposer à ce qu’on approfondisse cette question par crainte de détourner l’attention des demandes des réfugiés concernant leur droit de retourner à leur lieu d’origine, en Israël.

« Certains critiques diront que l’on met en péril les autres solutions, ce que nous contestons, dit Mme El-Rifai. Nous n’excluons pas les autres possibilités de rapatriement. Nous ne faisons que nous concentrer sur un élément particulier de la solution. »

M. Brynen explique que le livre présente un éventail d’approches et de mentalités. On y propose un ensemble fort diversifié d’idées, d’approches, de réflexions et d’analyses sur la question des réfugiés qui devrait, selon lui, être reçu essentiellement comme une tentative d’apporter une contribution valable au débat sur ce problème et à sa solution.

Il faudra peut-être des années ou même des décennies pour en arriver à une solution définitive, mais M. Brynen et Mme El-Rifai ont bon espoir que le livre demeurera pertinent, peu importe le moment où reprendront les négociations officielles. En fait, ils sont d’avis que le temps est venu de publier un tel recueil.

M. Brynen croit que les approches exposées dans le livre sont très rigoureuses et que rien de ce qui pourrait survenir sur place ne risque de les modifier de quelque façon que ce soit. Selon lui, il importe d’intégrer et d’analyser ces problèmes afin que les responsables des politiques et les négociateurs disposent déjà d’un éventail de formules desquelles s’inspirer et qui pourront, avec un peu de chance, alimenter des négociations plus productives.

M. Brynen dit souhaiter qu’idéalement, lorsqu’auront repris un jour les négociations sur les réfugiés palestiniens ou lorsqu’on planifiera la réintégration des réfugiés, un responsable de la planification prendra le livre et dira : « Quelle bonne idée ».

Nadine Robitaille est rédactrice en chef du Bulletin du CRDI