Les cybercommerçants du Sud de l’Inde

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Chin Saik Yoon
Il y a huit ans, Loyola Joseph, de la Foundation of Occupational Development (FOOD India), a commencé à se demander comment faire pour mettre les technologies de l’information et de la communications (TIC) au service du développement. La FOOD India, organisation non gouvernementale basée à Chennai, dans le Sud de l’Inde, mène des activités, des expériences et des recherches sur les TIC, la création d’emplois et d’autres aspects du développement durable. Ses projets sont implantés dans 102 endroits.

L’an dernier, Loyola Joseph a trouvé réponse à sa question, à savoir comment utiliser la technologie pour améliorer la vie de la population locale : il a créé India Shop, site cybercommercial qui permet aux cybercommerçants locaux de vendre les produits d’artisans de Chennai à des clients du monde entier.

Créer des emplois, aider les artisans 

Loyola Joseph a compris que le cybercommerce pouvait créer des emplois et générer un revenu pour les jeunes des environs de Chennai et, plus particulièrement, améliorer la vie des jeunes familles. « Les gens dépensent jusqu’à la moitié de leur salaire dans les transports pour se rendre au travail et pour payer leurs repas pendant qu’ils travaillent, explique-t-il. Dans le même temps, leurs enfants trouvent souvent la maison vide quand ils rentrent de l’école parce que leurs deux parents travaillent encore à cette heure-là. Si les parents peuvent travailler depuis la maison, non seulement ils économiseront de l’argent, mais en plus, ils pourront s’occuper de leurs enfants. »

En plus d’améliorer les conditions de vie des cybercommerçants, India Shop fait gagner de l’argent aux artisans qui travaillent dans des centaines de villages autour de Chennai en faisant la promotion de leurs produits. Des traditions séculaires se perpétuent ainsi, comme la confection des saris et la sculpture des divinités hindous.

Lancement du projet 

Loyola Joseph, qui est titulaire d’une maîtrise en services sociaux et qui dirigeait sa propre fabrique avant de fonder la FOOD India, il y a 20 ans, travaille depuis sept ans avec Santosh Narayanan, le coordonnateur des TIC de la FOOD India, à la création d’India Shop.

« L’idée m’est venue de créer un site cybercommercial pendant que j’assistais à un atelier du Réseau panasiatique (PAN) », se rappelle Santosh Narayanan. Cet atelier, organisé à Singapour en 1999, visait à faire découvrir aux participants divers aspects du cybercommerce, depuis les modalités techniques de la construction d’un site Web jusqu’aux détails juridiques de la propriété intellectuelle. 

India Shop est devenu une réalité grâce à une subvention de 60 000 $ du programme PAN du Centre de recherches pour le développement international (CRDI). Le PAN appuie la recherche appliquée sur les TIC menée par des pays asiatiques en développement. La FOOD India, elle a contribué 40 000 $ au projet.

Les fonds ont couvert les salaires des employés, l’achat de 15 ordinateurs personnels, d’une caméra numérique et d’un routeur sans fil, la formation de 100 cybercommerçants, les dépenses de recherche, y compris la documentation (comme les lignes directrices définies par la FOOD India à l’intention des cybercommerçants), et la participation à des conférences sur le cybercommerce.

Formation des cybercommençants à la vente 

La FOOD India recrute de jeunes diplômés des collèges, chômeurs ou sous-employés, les forme au cybercommerce, et les encourage à travailler de chez eux en utilisant un ordinateur et une liaison Internet. Certains travaillent seuls de leur côté, tandis que d’autres s’organisent en petits groupes afin de partager l’équipement.

Les cybercommerçants de la FOOD India apprennent à donner aux clients en ligne des renseignements détaillés sur leurs achats éventuels. Il leur arrive même de rendre visite aux artisans pour prendre des photos des tissus et des broderies de saris, par exemple, puis d’envoyer ces photos aux clients par courrier électronique. Ils apprennent aussi qu’il est important de faire des suivis constants pour assurer les ventes. Ils apprennent également à chercher de nouveaux clients dans les salons de bavardage et les groupes de discussion consacrés à la culture indienne. Ce sont même eux qui préparent les commandes et les expédient.

Les cybercommerçants touchent une commission sur les ventes égale à 10 p. 100 de la valeur des produits qu’ils aident à vendre, ce qui représente de 2 000 à 10 000 roupies indiennes par mois (de 65 à 326 $ canadien). À ce jour, India Shop a formé et emploie 100 personnes âgées de 22 à 30 ans, dont 40 p. 100 sont des femmes. Le site, qui propose à la vente 1 800 produits fabriqués par 40 artisans, rapporte en moyenne près de 3 200 $ par mois, les clients étant pour la plupart étrangers.

À l’avenir, India Shop entend réviser son mode de fonctionnement afin de devenir autonome. Il augmentera ses prix et commencera à prendre une marge sur les transactions pour financer sa continuation et sa croissance.

Un exemple suivi 

Le succès d’India Shop est à l’origine de la création de plusieurs entreprises similaires. Le site a attiré l’attention du gouvernement indien, qui a accordé à la FOOD India un contrat de cinq ans pour qu’elle mette sur pied et gère Internet Bazaar, un cybercentre commercial qui fait la promotion d’artisans et de produits artisanaux de toute l’Inde.

India Shop sert aussi de modèle à une nouvelle entreprise commerciale à domicile qui emploiera des femmes et leur apportera un revenu. Dans le cadre de cette initiative, des femmes du pays géreront un supermarché virtuel. Chacune recevra un CD-ROM contenant une liste de produits ménagers de base, comme le sucre, le thé, le savon et la lessive. Elles prendront les commandes de leurs voisins, grouperont les achats en utilisant des applications du CD-ROM, enverront les commandes en gros par courrier électronique à un entrepôt local, trieront les commandes reçues et les distribueront aux clients.

Chin Saik Yoon, qui est basé en Malaisie, est éditeur et rédacteur.

2002-08-09