Les changements climatiques menacent l’écosystème des mangroves au Pérou

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José Alberto Gonçalves Pereira
Des chercheurs aident les collectivités de pêcheurs du littoral du nord-ouest du Pérou à préserver un trésor de l’écosystème et à s’adapter à un milieu plus hostile.
 
Les mangroves de Tumbes, au nord-ouest du Pérou, servent d’habitat à plus de 150 espèces animales, dont le notoire singe hurleur. La vie n’y est pas facile, car il faut, pour prospérer, s’adapter à ce milieu où se rencontrent eau douce et eau salée.
Le joyau que représente cet écosystème de 2 972 hectares, désigné sanctuaire national en 1988, fait face à de nombreuses menaces posées, entres autres, par les changements climatiques (en particulier les effets d’El Niño), les déchets agricoles et industriels et l’empiètement des élevages de crevettes commerciaux.
Ce ne sont pas uniquement les espèces animales indigènes qui sont menacées, l’économie locale étant de plus en plus touchée par bon nombre de ces problèmes. Les mangroves de Tumbes fournissent en effet des fruits de mer aux populations locales, qui pêchent principalement le crabe et l’arche noire pour en tirer un revenu et se nourrir. Or, la surpêche a provoqué un important déclin des prises de ces précieuses ressources; on a observé une baisse de 80 % en 14 ans. Les populations d’arche noire ont diminué au cours des deux dernières décennies. De 1996 à 2010, les prises annuelles sont passées de 9,5 tonnes à 2 tonnes environ, créant ainsi de graves problèmes pour les pêcheurs locaux. L’avenir des mangroves comme destination écotouristique est, lui aussi, menacé.
Des chercheurs financés par le CRDI oeuvrent à renforcer les capacités d’adaptation de la région aux changements climatiques et à la variabilité du climat, principalement aux effets d’El Niño. Selon Ken Takahashi, chercheur à l’Instituto Geofisico del Peru et professeur à l’Université de Washington, pour se préparer aux impacts imminents des changements climatiques, il faut une compréhension approfondie de l’écosystème et des mesures de protection qui conviennent à cet environnement, et le projet de recherche qu’appuie le CRDI vise justement à combler les lacunes qui existent à cet égard.

Birds flying over mangroves in Tumbes, PeruLacunes à combler

Ken Takahashi et son équipe s’emploient à accroître les connaissances, restreintes jusqu’à maintenant, sur les impacts qui persistent et l’instabilité qui en résulte dans les mangroves.

Les changements climatiques qui se produisent à l’échelle mondiale et régionale donnent lieu à une élévation du niveau des océans et à des variations de la pluviosité, lesquelles entraînent une augmentation de la salinité des eaux durant la saison sèche et la présence de sédiments grossiers durant la saison des pluies. Cependant, le manque de données probantes relativement aux impacts à long terme des phénomènes climatiques sur la forêt, l’eau, les poissons et le sol du sanctuaire empêche une bonne gestion de cette ressource naturelle.

Afin de combler les lacunes, des spécialistes des sciences physiques, biologiques et sociales exécutent des travaux visant l’acquisition d’une meilleure compréhension de l’écosystème de ce sanctuaire de mangroves, afin que la population qui y vit puisse bien se préparer aux impacts de la variabilité du climat.

Collaboration avec les dirigeants locaux

Les chercheurs évaluent les effets physiques néfastes des changements climatiques sur les mangroves et déterminent la valeur économique que les collectivités locales accordent à cet écosystème, c’est-à-dire ce que ces dernières sont prêtes à faire, sur les plans financier et politique, pour préserver les mangroves.

Les chercheurs élaborent également des stratégies d’adaptation afin d’éclairer les décideurs à l’échelon local, régional et national. Ken Takahashi explique qu’en ce qui concerne l’évaluation économique, il est possible d’établir les investissements que la population est prête à consacrer à une mesure ou à une politique d’adaptation et de mesurer la perte d’une ressource ou d’un service, ainsi que l’importance qu’un service revêt pour la population.

Mangroves in Tumbes, Peru
L’impact d’El Niño
 
Les changements climatiques ne sont pas le seul facteur qui perturbe les mangroves dans le nord-ouest du Pérou. La région subit aussi l’influence du réchauffement de la surface de l’océan Pacifique équatorial, qui se produit tous les deux à sept ans.
 
Ken Takahashi rappelle que, pendant le puissant épisode El Niño de 1982 et 1983, le niveau de l’océan le long du littoral nord-ouest du Pérou s’est élevé de 40 centimètres au-dessus de la moyenne. De janvier à avril 1998, lors d’un autre épisode, la pluviosité moyenne mensuelle a atteint 500 millimètres à Tumbes, soit dix fois la moyenne habituelle de 50 millimètres.
 
Des pluies plus abondantes font augmenter le débit fluvial. De ce fait, il se produit un recul des eaux marines et une baisse de la salinité des eaux dans les mangroves, causant la mort d’un nombre important d’arches noires. Par ailleurs, pendant la saison sèche, la sédimentation et l’érosion s’accélèrent et provoquent l’obstruction de certains canaux.
 
Les chercheurs, les associations communautaires, les autorités locales et d’autres parties prenantes consignent les effets de la variabilité du climat sur l’écologie et la viabilité de l’écosystème des mangroves. Ils étudient en outre la sensibilité des espèces aux variations des niveaux de salinité et de sédiments, et ils déterminent la valeur économique des services écosystémiques offerts.
 
Ken Takahashi est d’avis que l’on ne peut sous-estimer l’importance de cette recherche.
 
Ce projet, dit-il, suscite l’enthousiasme des chercheurs, car c’est la première fois que l’on se penche sur ces questions dans la région. Comme il existe de véritables lacunes sur le plan de l’information, le projet permet de mieux comprendre le fonctionnement des différentes composantes de l’écosystème et l’influence du climat sur ces dernières, ainsi que les aspects sociaux ayant trait aux populations qui vivent ou travaillent aux abords des mangroves.

Texte rédigé par José Alberto Gonçalves Pereira, rédacteur établi au Brésil, à partir de dossiers constitués par Kyle Brown de la Division des communications du CRDI

En savoir plus sur le soutien accordé par le programme CCE à ce projet