Les changements climatiques et l’urbanisation menacent les ressources hydriques en Asie du Sud

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SACIWATERS Femmes portant de l’eau recueillie à une source publique dans un quartier périurbain

José Alberto Gonçalves Pereira
Entretien avec

Shah Alam Khan est professeur à la Bangladesh University of Engineering and Technology et directeur de l’Institute of Water and Flood Management de cet établissement.

Le rédacteur José Alberto Gonçalves Pereira s’est entretenu avec M. Khan sur la façon dont les répercussions des changements climatiques et de l’urbanisation réduisent la disponibilité de l’eau et compromettent la sécurité des populations vulnérables des zones périurbaines des villes d’Asie du Sud.

L’une des principales constatations ayant émané d’un projet de recherche financé par le CRDI et mené en collaboration par quatre universités d’Asie du Sud est que le faible niveau des eaux à la périphérie des villes de la région entraînera, dans les prochaines décennies, des conflits autour de cette ressource. Les équipes de recherche ont étudié quatre sites menacés par les pressions climatiques et l’urbanisation galopante : Khulna, au Bangladesh, Gurgaon et Hyderabad, en Inde, et Katmandou, au Népal.

José Alberto Gonçalves Pereira. On estime généralement que, dans les quatre villes étudiées, les précipitations diminuent. Cette perception correspond-elle aux données scientifiques ?

Shah Alam Khan. Dans les quatre villes étudiées, on observe effectivement de réels changements dans les précipitations annuelles, mais pas nécessairement une diminution. À Gurgaon, il y aurait diminution selon l’opinion générale, ce qui correspond dans une certaine mesure à l’évolution locale des précipitations. Au Bangladesh, les fleuves et rivières en crue à cause des pluies de mousson et des débits d’eau inhabituellement abondants en amont ont provoqué des inondations dévastatrices.

J.A.G.P. Vous avez conclu que les collectivités pauvres en savent plus que les scientifiques sur certains aspects des changements climatiques. Pouvez-vous expliquer cette constatation ?

S.A.K. Les gens composent avec les réalités climatiques dans leur champ tous les jours. Les agriculteurs perçoivent immédiatement tout changement des précipitations, car cela se répercute sur leurs moyens de subsistance.

J.A.G.P. Avez-vous constaté des liens entre les pressions climatiques et les conflits autour des ressources ?

S.A.K. Nous avons constaté que l’urbanisation et les changements climatiques accentuent les pressions exercées sur les ressources hydriques à la périphérie des villes. La combinaison de ces deux phénomènes limite les ressources et peut soit provoquer de nouveaux conflits, soit aggraver des conflits existants.

J.A.G.P. Quelles sont les principales préoccupations relatives à l’insécurité hydrique à Khulna ?

S.A.K. L’eau souterraine à la périphérie de Khulna est très salée, et la seule source d’eau douce dans la région est la rivière Mayur, qui est polluée. Les changements climatiques peuvent nuire à la production agricole en raison de l’augmentation de la salinité et provoquer des inondations en milieu urbain à cause des marées plus hautes.

J.A.G.P. Comment les agriculteurs font-ils face à ces problèmes ?

S.A.K. Les agriculteurs privilégient des cultures tolérantes au sel, construisent des digues et louent des étangs. Les variétés halophytes développées par le Bangladesh Rice Research Institute (BRRI) ont permis d’accroître la production de riz sur la côte ces 10 à 15 dernières années. Avant, la riziculture n’était pas aussi répandue sur la côte sud-ouest.

J.A.G.P. Les chercheurs poursuivront-ils leurs travaux sur la sécurité hydrique ?

S.A.K. Ces travaux de recherche concertés ont été réalisés dans le cadre du programme Changements climatiques et eau du CRDI. Avant cela, nous avions collaboré pendant cinq ans à un autre projet en Asie du Sud axé sur la gestion intégrée des ressources en eau et sur les sexospécificités dans le domaine de l’eau. Ces mêmes partenaires ont collaboré à plusieurs autres projets depuis notre partenariat avec le CRDI. Dans le cadre de ces projets de recherche, nous reprenons le travail là où il avait abouti lors du projet financé par le CRDI.

José Alberto Gonçalves Pereira est rédacteur au Brésil.

Cette entrevue fait partie du cycle Entretien avec. Le projet Sécurité hydrique dans les régions périurbaines de l’Asie du Sud – adaptation aux changements climatiques et urbanisation est financé par le programme Changements climatiques et eau du CRDI et coordonné par le South Asia Consortium for Interdisciplinary Water Resources Studies avec la participation d’une équipe de la Bangladesh University of Engineering and Technology, du Nepal Engineering College, de l’Université Jawaharlal Nehru, à Hyderabad, et du Management Development Institute de Gurgaon.

Pour obtenir des précisions sur le projet, consulter le site Web du projet (en anglais).

Entrevue vidéo avec le chercheur Shah Alam Khan

Video interview with Dr M. Shah Alam Khan