Les changements climatiques brouillent les prédictions des faiseurs de pluie

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Kevin James Moore
Depuis des générations, les autochtones de l’ouest du Kenya comptent sur les pouvoirs mystiques que possèdent les « faiseurs de pluie » du clan Nganyi pour prédire la météo. Cependant, le temps instable amené par les changements climatiques brouille les indices grâce auxquels les faiseurs de pluie établissent leurs prévisions. Ces derniers oeuvrent maintenant de concert avec des météorologues pour combiner savoir traditionnel et science moderne et améliorer ainsi l’exactitude des prévisions qu’ils transmettent aux collectivités qui misent sur leurs conseils.
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Collection de photos sur les « faiseurs de pluie » du clan Nganyi 

Les faiseurs de pluie fondent leurs prédictions sur l’observation attentive des phénomènes naturels, notamment le bourgeonnement et la floraison des espèces végétales et le comportement des insectes et des animaux au gré des saisons, explique Mary O’Neill, du programme Adaptation aux changements climatiques en Afrique (ACCA), à MediaGlobal. Mais depuis quelques années, les régimes climatiques imprévisibles font en sorte que les Nganyis peuvent de moins en moins s’appuyer sur ces espèces qui font office d’indicateurs, ajoute-t-elle.

 
Les changements climatiques sont survenus très rapidement, affirme Obedi Osore, un prévisionniste traditionnel qu’on peut voir dans la vidéo Nganyi Indigenous Knowledge Adaptation Project produite par le programme ACCA. Les gens ne savent comment s’y adapter et les cultures traditionnelles disparaissent faute de pouvoir résister aux variations. Selon lui, la mise en place de nouvelles stratégies s’impose afin de pouvoir s’adapter aux changements climatiques.
 
Le Kenya Meteorology Department associe son savoir scientifique au savoir traditionnel des Nganyis, dans le cadre d’un projet dirigé par le Climate Prediction and Applications Centre (ICPAC) de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD). Le projet vise à offrir des renseignements fiables aux collectivités vulnérables aux changements climatiques. Le programme ACCA, qui soutient le projet, y voit l’occasion idéale d’étudier des moyens de rendre l’information sur le climat plus accessible et utile aux populations rurales qui en dépendent pour assurer leurs moyens de subsistance, ajoute Mary O’Neill. En effet, dans beaucoup de régions rurales de l’Afrique, les gens se tournent vers les prévisionnistes autochtones afin de savoir ce que les pluies leur réservent et comment s’y préparer, précise-t-elle.
 
Les prévisions des faiseurs de pluie ne concernent que la collectivité immédiate, alors que celles des météorologues s’appliquent aux échelles nationale et régionale. L’ICPAC est d’avis que les deux groupes se complèteront pour mieux aider les régions du Kenya touchées par la sécheresse et les pluies irrégulières des dernières années. Le projet adopte en effet une démarche qui intègre les savoirs respectifs des deux groupes.
 
DFID / CRDI / Thomas Omondi
Un agent des services météorologiques discute d'indicateurs météorologiques et climatiques avec des « faiseurs de pluie » du clan Nganyi.

Ainsi, les faiseurs de pluie du clan Nganyi présentent leurs prédictions pour la saison à venir à des chercheurs qui comparent ces données aux prévisions scientifiques établies par le Forum sur les perspectives climatiques afin de mettre au point des prévisions consensuelles. Les Nganyis diffusent ensuite ces prévisions, en langues locales, dans la collectivité : à la radio, dans les églises et autres lieux de rencontre communautaires. Mary O’Neill précise que les Nganyis énoncent leurs prévisions en termes simples et précis afin qu’elles soient utiles à la population locale.

 
Cela fait deux saisons que l’on procède de cette façon et les résultats sont probants. Selon Mary O’Neill, les prévisions se sont révélées d’une exactitude étonnante à l’échelle locale, même lorsqu’elles ont semblé ne pas concorder avec les prévisions saisonnières globales à l’échelle nationale.
 
L’ICPAC prend note également de la démarche des Nganyis en matière de prévisions. Mary O’Neill explique que la Great Lakes University de Kisumu intègre le savoir autochtone, désormais mieux compris, à son programme sur la gestion des risques liés aux catastrophes, en cours d’élaboration. L’ICPAC estime qu’il importe de mieux comprendre les systèmes de prévisions climatiques des autochtones.
 
L’information émanant du projet permet aux populations autochtones de préserver leur santé et leurs moyens de subsistance face aux effets des changements climatiques. Le fait qu’elle soit diffusée par les prévisionnistes traditionnels la rend plus accessible aux collectivités locales pour qui la démarche scientifique contient trop de termes techniques. Les faiseurs de pluie du clan Nganyi sont particulièrement reconnus pour leurs compétences, souligne Mary O’Neill.
 
En intégrant le savoir autochtone des Nganyis à la technologie en matière de météorologie, l’ICPAC a trouvé le moyen de lutter contre les effets des changements climatiques sans négliger le patrimoine nganyi. Ainsi, les gens vont continuer de demander le temps qu’il fera à Abineri Osango, prévisionniste nganyi interviewé dans la vidéo du programme ACCA, car, précise-t-il, ils ont confiance en ce savoir.
 

Cet article a d’abord paru, en version originale anglaise, dans MediaGlobal, un organe de presse international indépendant établi au sein des Nations Unies qui s’emploie à sensibiliser les médias du monde entier à la justice sociale et aux enjeux du développement dans les pays les moins développés.