Les appareils mobiles améliorent les services de santé en Afrique

Image
Stephen Dale
Des effets durables
Les technologies sans fil peuvent-elles améliorer la qualité des services de santé dans les pays pauvres ? La réponse résolument affirmative fournie par un projet de sept ans financé par le CRDI en Ouganda a donné lieu à une nouvelle manière d’exercer la médecine dans les collectivités éloignées.

En Ouganda, comme dans plusieurs autres pays d’Afrique, les téléphones intelligents sont devenus aujourd’hui presque aussi importants que les stéthoscopes. Ils permettent en effet aux travailleurs de la santé d’avoir instantanément accès aux renseignements nécessaires pour mieux diagnostiquer les problèmes de santé des patients en fonction de leurs symptômes.

Les téléphones permettent aussi au personnel sur le terrain de communiquer beaucoup plus facilement des données sur la prévalence de maladies particulières. Les planificateurs peuvent ainsi affecter les fonds de manière à répondre aux besoins les plus urgents dans la région. La communication sans fil a également aidé les cliniques de santé à avoir en tout temps en stock les médicaments essentiels.

Franchissement des obstacles

Ces réalisations étaient néanmoins loin d’être acquises en 2003, quand le CRDI et l’organisme SATELLIFE ont lancé leur projet pilote en Ouganda.

Il s’agissait à l’époque du seul projet qui utilisait la technologie mobile à des fins de santé, se souvient Berhane Gebru, directeur des programmes de l’organisme. Il avait fallu surmonter des obstacles techniques formidables ainsi que le scepticisme des fonctionnaires du ministère de la Santé pour prouver que ces nouveaux appareils de communication pouvaient accroître l’efficacité du système de santé.

Comme le projet faisait appel à une technologie précédant celle des téléphones intelligents, à savoir les assistants numériques personnels (ANP), il a fallu construire des points d’accès pour permettre aux appareils d’envoyer et de recevoir des données. L’alimentation électrique de ces points d’accès et le rechargement des ANP aux cliniques de santé ont posé problème dans les régions o
ù l’approvisionnement en électricité était inexistant ou peu fiable. De plus, des surtensions soudaines ont souvent endommagé l’équipement ou fait planter le système.

Pour solutionner ces problèmes, le projet a construit des centrales électriques solaires sur place, ce qui a aussi généré des retombées économiques pour l’industrie photovoltaïque ougandaise et les électriciens locaux.

L’enthousiasme, moteur du changement

Selon Holly Ladd, directrice générale de SATELLIFE, la frustration ressentie par les travailleurs de la santé devant les pannes d’électricité des premiers temps était un bon signe, car cela prouvait que les gens commençaient à trouver les ANP importants; ils n’ont pas haussé les épaules et tourné la page, mais plutôt exigé que le problème soit réglé.

Cette vague d’enthousiasme a surpris les gestionnaires qui, précise M. Gebru, avaient douté que des travailleurs de la santé n’ayant jamais vu un ordinateur puissent apprendre à utiliser ces ordinateurs miniatures complexes. De nombreux fonctionnaires considéraient en outre qu’il vaudrait mieux attribuer des fonds à l’achat de médicaments, dont on dispose en quantité insuffisante, plutôt qu’à des gadgets dont l’efficacité reste à prouver.

Les chercheurs se sont employés à réfuter ces idées. Ils ont commandé deux études indépendantes selon lesquelles les ANP pouvaient générer des économies de coût d’environ 25 % par rapport à une méthode manuelle de collecte et de communication de données, explique M. Gebru. Cette constatation a mené certains fonctionnaires à la conclusion que les nouveaux appareils pourraient en fait améliorer la capacité du système de santé d’acheter les médicaments requis d’urgence.

La mise en place d’un système novateur de soutien par les pairs (de même que de mesures incitatives comme la communication de nouvelles par ANP) a encouragé les travailleurs de la santé à se familiariser rapidement avec les appareils. Lors d’un sondage mené par la suite, 97 % des professionnels de la santé ont affirmé que les ANP avaient amélioré les soins prodigués aux patients.

La directrice générale de SATELLIFE estime que l’adoption rapide des ANP, puis des téléphones intelligents en Ouganda et ailleurs en Afrique découle directement de l’investissement novateur du CRDI dans l’application des technologies de communication aux services de santé.

En fin de compte, se réjouit M. Gebru, la possibilité d’informer les fonctionnaires du ministère de ce qui marchait et de ce qui ne marchait pas dans le cadre du projet a mené à un profond changement. L’Ouganda s’appuie sur ces connaissances pour la mise sur pied d’un système national d’information sur la santé, ce dont d’autres pays d’Afrique ont eux aussi l’intention de se doter.

Stephen Dale est rédacteur à Ottawa.

Cet article fait partie des récits Des effets durables, qui mettent en évidence des façons dont les travaux financés par le CRDI ont amélioré les conditions de vie dans les pays en développement.