L'entrepreneuriat, levier d'atténuation de la pauvreté et des conflits : un nouveau modèle d'entreprise contribue au progrès social

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Dawn Milne

Le présent article est publié avec l'autorisation de la Richard Ivey School of Business (www.ivey.uwo.ca).

Le succès d’une coopérative de forgerons au Soudan, pays déchiré par la guerre, a donné du poids à une étude visant à évaluer le pouvoir du développement d’entreprises dans les régions ravagées par la pauvreté et les conflits.

La recherche que mène actuellement la professeure Oana Branzei de la Richard Ivey School of Business, en collaboration avec le candidat au doctorat Samer Abdelnour, repose sur la conviction que dans les régions en proie à la pauvreté et aux conflits, l’entrepreneuriat peut donner aux habitants et aux collectivités les moyens de participer à la reconstruction de leur société une fois la guerre terminée.

Les travaux de ces chercheurs montrent que l’entreprise a effectivement du ressort dans les zones de conflits. La participation d’anciens combattants à des initiatives d’entrepreneuriat peut même faciliter l’insertion sociale de ces derniers et réduire les risques qu’ils reprennent les armes pour assurer leur survie. Ces travaux s’inscrivent dans un vaste programme de recherche dirigé par Mme Branzei que cofinancent le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH), le Fonds de recherche sur le climat d’affaires et d’investissement et le Centre de recherches pour le développement international (CRDI). 

Donner espoir en l’avenir

Il est assez paradoxal qu’une entreprise puisse se développer dans un contexte de conflit et de rareté des ressources extrêmes; or, ce faisant, elle contribue à reconstituer le tissu social des collectivités et à donner aux gens non seulement une raison d’être, mais aussi un sentiment d’espoir en l’avenir, affirme Mme Branzei. La recherche a permis de constater que les activités commerciales peuvent jouer un rôle important au chapitre du développement et de la consolidation de la paix, ajoute-t-elle.

M. Abdelnour et Mme Branzei ont été les premiers à entreprendre une recherche sur le terrain axée sur l’émergence et la croissance d’entreprises au sein de collectivités déplacées. Ils ont en outre joué un rôle clé dans l’organisation, en partenariat avec la Banque mondiale, du premier forum visant à examiner les capacités de création d’entreprises locales au Darfour et au Sud-Soudan.

Cette initiative a favorisé l’établissement de liens étroits entre des collectivités déplacées par la guerre, des entrepreneurs, des établissements universitaires et de formation, des citoyens, des responsables gouvernementaux, des bailleurs de fonds et des acteurs du milieu du développement international.

Les principaux partenaires du projet, qui a été cofinancé par le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international du Canada et par le CRDI, ont été, du côté canadien, la Richard Ivey School of Business, l’Université York, l’Université Dalhousie et la Foundation for Sustainable Enterprise and Development et, du côté soudanais, l’Afhad University for Women, l’Upper Nile University, et l’University of El Fashir.

De petites interventions suffisent à apporter des changements positifs

Lors d’un voyage au Soudan, l’été dernier, M. Abdelnour a constaté que des changements positifs avaient découlé de la participation des forgerons au forum. Ainsi, par suite de la publicité qu’ils avaient obtenue en faisant connaître leur travail lors de cette rencontre, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) leur a confié deux importants contrats de fabrication d’outils destinés à des collectivités de l’ouest et du nord du Soudan.

Généralement tenus à l’écart et associés aux castes inférieures de la société, les forgerons du Soudan ont toujours eu du mal à gagner leur vie. Le conflit au Darfour les a contraints à se déplacer et à abandonner leurs commerces. Toutefois, grâce à de petites interventions ayant permis de modifier leur statut juridique et leur modèle d’entreprise, ils ont réussi à mettre à profit leur esprit d’entreprise, à renaître de leurs cendres et à inspirer le respect au sein de la société.

D’après M. Abdelnour, leur réussite en tant qu’entrepreneurs a provoqué un changement social qui favorisera l’autonomisation des générations futures. Il s’agit d’un parfait exemple de la façon dont une riche expérience commerciale acquise avant un conflit peut être mise à profit et devenir un puissant outil d’intégration et de réduction de la pauvreté, ajoute-t-il.

Il est d’avis que les travaux de recherche et le forum qui a suivi sur les approches viables en matière de création d’entreprises ont marqué une réelle différence pour les forgerons, même s’ils n’ont pas été directement consultés, et que leur modèle d’entreprise peut être adopté par d’autres collectivités touchées par la guerre.

Au dire de M. Abdelnour, le Sud-Soudan offre un énorme potentiel aux entrepreneurs désireux de démarrer des entreprises dans le secteur des ressources naturelles, et plus particulièrement dans les domaines de l’agriculture et de l’élevage. Il y a en outre des possibilités de créer des marchés de producteurs dans des créneaux particuliers, tels que la production de miel. 

Stimuler la connaissance à l’échelle locale

Selon Mme Branzei, le forum a eu d’autres retombées positives, notamment la mise sur pied d’un programme de stages en milieu de travail, qui s’adresse maintenant aux étudiants de quatre universités soudanaises et de diverses disciplines, telles que l’administration des affaires, le droit et le génie. Il a également permis de tisser des liens solides entre les chercheurs de la Richard Ivey School of Business et ceux de l’Ahfad University for Women, ce qui favorise la production de connaissances et de ressources pédagogiques à l’échelle locale.

L’étude a attiré l’attention de Corporate Knights, un magazine canadien spécialisé dans la conduite responsable des affaires. En effet, à la fin d’août et au début de septembre, Karen Kun, l’éditrice, s’est rendue au Soudan afin d’accompagner Samer Abdelnour dans ses déplacements et d’observer le déroulement de ses travaux sur le terrain. C’était le cinquième voyage de M. Abdelnour dans ce pays en deux ans et demi. Mme Kun a relaté cette aventure dans un article-vedette publié dans l’édition du 28 octobre de Corporate Knights.

Mme Kun était motivée par le fait qu’elle trouvait cette recherche captivante et voulait voir par elle-même ce qui se passait sur place. Elle était persuadée que les Canadiens désiraient en savoir plus sur le Soudan et qu’ils se soucieraient davantage du sort de ce pays en prenant connaissance des expériences positives qui y sont menées.

La Richard Ivey School of Business vient de publier un rapport intitulé Examining Enterprise Capacity: A Participatory Social Assessment in Darfur and Southern Sudan.

À propos de la Richard Ivey School of Business

La Richard Ivey School of Business de l’Université Western Ontario offre un programme de baccalauréat spécialisé, des programmes d’études supérieures (maîtrise, maîtrise pour cadres et doctorat), ainsi que des programmes de perfectionnement des cadres ne conduisant à aucun diplôme. Elle possède des campus à London (en Ontario), à Toronto et à Hong Kong. Récemment, elle a modifié ses programmes d’études de manière à ce qu’ils soient axés sur le Cross-Enterprise Leadershipmd, une approche de l’enseignement de la gestion globale et adaptée à la grande complexité du milieu mondial des affaires.