L’entrepreneuriat au Canada dans le contexte mondial

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Mary O'Neill
Grâce au Global Entrepreneurship Monitor (GEM), des chercheurs canadiens et étrangers acquièrent et mettent en commun des connaissances sur les motivations des entrepreneurs et sur la façon de les aider à prospérer. Les gouvernements s’appuient sur leurs constatations pour élaborer des politiques de soutien à l’innovation des entreprises.

Au moment où le redressement de l’économie mondiale demeure incertain, les gouvernements nationaux souhaitent instiller un avantage comparatif à l’économie de leur pays. Or, l’entrepreneuriat est un levier de croissance économique, et un soutien adéquat donnerait aux femmes, aux jeunes et aux autres personnes désavantagées sur le marché du travail l’occasion de réussir.

Pour stimuler le démarrage et la croissance d’entreprises, les gouvernements doivent comprendre le modus operandi des entrepreneurs. Ils doivent notamment se poser les questions suivantes : Qu’est-ce qui les motive ? En quoi les obstacles auxquels se heurtent les hommes et les femmes, respectivement, se distinguent-ils ? Comment le contexte local – en ce qui a trait à l’appui au démarrage d’entreprises – se compare-t-il à celui observé dans d’autres pays et provinces ?

Le GEM constitue la plus longue étude sur l’entrepreneuriat au monde. Depuis son lancement en 1999, près de 100 équipes nationales ont participé au projet. En 2013, les enquêtes GEM avaient couvert 75 % de la population mondiale et englobé 90 % du PIB mondial. Chaque année, des équipes de recherche nationales évaluent les activités entrepreneuriales – y compris les espoirs et les attitudes des personnes concernées – dans un grand nombre de pays. Les indicateurs du GEM sont harmonisés à des fins de comparaisons régionales, pour permettre aux pays d’apprendre les uns des autres.

Depuis 2009, le CRDI finance les travaux du GEM en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie du Sud-Est et dans les Caraïbes, donnant ainsi aux pays de ces régions une solide base de données probantes en vue de l’élaboration de politiques de soutien au démarrage d’entreprises. Ainsi, un rapport publié par le GEM en 2012 a permis pour la toute première fois aux pays d’Afrique subsaharienne de comparer leur degré d’activité entrepreneuriale à celui d’autres pays.

Récupération du Canada

En 2013, par une subvention octroyée dans le cadre du Programme des partenariats canadiens, le CRDI a financé une évaluation de l’environnement entrepreneurial au Canada, la première en dix ans. Une équipe composée d’experts de 11 établissements canadiens et dirigée par le Centre for Innovation Studies (THECIS), un think tank de l’Alberta, a produit le premier rapport national canadien depuis 2003 dans le cadre du projet GEM.

Selon le rapport du GEM sur le Canada 2013, par rapport aux autres pays du G7, le Canada est un chef de file sur le plan de l’activité entrepreneuriale à un stade précoce : 12,2 % de la population en âge de travailler participe au démarrage d’entreprises, taux pratiquement identique à celui des États-Unis et nettement supérieur aux taux observés dans les autres pays du G7. Près de 60 % des Canadiens interrogés entrevoient des possibilités de création d’entreprise à court terme. Également selon le rapport, au Canada, les immigrants de première génération se lancent en affaires dans une proportion plus élevée que le reste de la population, et les femmes participent davantage à l’activité entrepreneuriale que dans les autres pays du G7. En outre, au Canada, contrairement à ce que l’on observe dans les autres pays industrialisés, l’activité entrepreneuriale est davantage axée sur les services aux entreprises que sur les services aux consommateurs.


BRUCE PERRAULT

Ann Zalucky, candidate à la maîtrise ès sciences et au doctorat en médecine à l’Université de Calgary, témoigne de la mentalité innovante des jeunes entrepreneurs canadiens. Cofondatrice de l’organisme à but non lucratif MicroMalaria Project, elle espère examiner la manière dont l’entrepreneuriat peut aider à résoudre des problèmes complexes de santé mondiale.

Peter Josty, directeur général de THECIS, estime que les résultats du rapport sont positifs pour le Canada : « Les entrepreneurs sont des innovateurs qui favorisent la croissance économique. Ce rapport montre que les Canadiens sont portés sur l’entrepreneuriat et qu’ils sont nettement plus optimistes qu’en 2003, année de publication du dernier rapport GEM, ce qui est très encourageant ».

Le rapport contient plusieurs recommandations pour tirer parti de l’engouement des Canadiens pour l’innovation : accorder une attention soutenue aux conditions structurelles favorisant l’entrepreneuriat féminin, réduire la bureaucratie pour stimuler les jeunes entreprises novatrices, etc.

Le rapport réunit trois composantes : une enquête menée auprès de la population adulte à l’échelle du pays, une enquête menée auprès d’experts nationaux et une synthèse de ces deux enquêtes avec les données statistiques, économiques et sociales connexes.

Comparaisons au Canada et sur la scène internationale

Outre le rapport national financé par le CRDI, le GEM a produit des rapports provinciaux. Plus précisément, l’Alberta, la Colombie-Britannique, le Manitoba, Terre-Neuve-et-Labrador, l’Ontario, le Québec et la Saskatchewan ont fait l’objet d’enquêtes en 2013. Ces rapports permettent d’effectuer des comparaisons à l’échelle tant nationale qu’internationale (avec des pays fédérés). Par exemple, le rapport sur le Québec indique que la province présente en général des taux d’entrepreneuriat plus faibles que la moyenne canadienne, mais qu’elle se compare favorablement à d’autres pays industrialisés à certains égards importants.

Le rapport du GEM sur le Canada invite également les chercheurs à pousser plus loin la comparaison entre le Canada et certains pays en développement qui nous importent sur le plan économique. Ces chercheurs produiront une série de rapports à cet égard.

Ralliement de l’Afrique francophone

Avec le soutien du CRDI, l’expertise canadienne permettra aussi de renforcer les capacités dans les pays francophones de l’Afrique du Nord et de l’Afrique de l’Ouest. L’Institut de recherche sur les PME de l’Université du Québec à Trois‑Rivières jette des ponts entre les chercheurs canadiens, suisses et africains afin de mieux comprendre et soutenir l’entrepreneuriat dans quatre pays d’Afrique francophone, soit le Cameroun, le Burkina Faso, le Maroc et le Sénégal. Grâce aux liens régionaux et internationaux tissés par le GEM, les chercheurs de ces quatre pays disposeront d’un lieu d’échange où ils pourront comparer le climat des affaires qui règne chez eux avec celui d’autres pays d’Afrique et d’ailleurs.

Voir les personnes derrière les entreprises

En fin de compte, les études du GEM nous éclairent sur le modus operandi des entrepreneurs. Comme le souligne Peter Josty : « Le projet GEM est centré sur l’individu, ce qui nous rappelle que les personnes sont la force motrice du changement social ».

Munis de ces données, les gouvernements de par le monde sont mieux outillés pour élaborer des politiques susceptibles de favoriser la réussite des entrepreneurs, donc de stimuler la croissance économique.

 
Consulter les rapports du GEM :
Mary O’Neill est rédactrice à Ottawa. Elle est également fondatrice de l’entreprise Lost Art Media.