L'éducation en ligne au Mozambique

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Kevin Conway

Palmiro Pinto relève un défi important. À titre de directrice de l'École secondaire Francisco Manyanga, à Maputo, au Mozambique, elle est responsable des 7000 élèves, 210 enseignants et 64 employés de soutien qui, chaque jour, franchissent la porte d'entrée de son immeuble scolaire. Selon Pinto, le secret qui lui permet de bien gérer un établissement d'une telle taille, « c'est de confier les diverses tâches aux bonnes personnes, d'avoir un plan et les ressources nécessaires pour le mettre en oeuvre ».

Cette description de tâches à la fois simple et modeste ne dit rien, cependant, des immenses défis que doivent relever les éducateurs comme Pinto. Dans la conjoncture actuelle du Mozambique, les ressources humaines et financières sont limitées. Les autorités nationales considèrent que l'éducation est une priorité, mais il en va de même pour les soins de santé, le développement des ressources humaines, l'agriculture et la gestion des affaires publiques. Compte tenu de ces multiples priorités et du peu de ressources dont on dispose, les décideurs à tous les niveaux cherchent à utiliser les fonds affectés à l'éducation de la manière la plus productive possible. Une des méthodes d'enseignement qui retient leur attention repose sur l'utilisation des technologies de l'information et de la communication (TIC) dans les écoles et les centres de formation des maîtres.

Nouvelle économie, nouvelles compétences

À l'étage au-dessus du bureau de Pinto, on a installé un nouveau laboratoire informatique dans le cadre du projet SchoolNet Mozambique. Appuyé par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), ce projet a pour but de relier les écoles grâce à l'Internet afin d'accroître les possibilités d'apprentissage des étudiants, des enseignants et des membres de la communauté. Le laboratoire est ouvert de 7 h 00 à 20 h 00, fonctionne à pleine capacité et ne parvient pourtant pas à satisfaire la demande.

« Aujourd'hui, il faut offrir une formation technique de ce genre car les étudiants ne peuvent pas se satisfaire uniquement de concepts et de principes », déclare Pinto.

Cette observation reflète les vues des autorités gouvernementales. La fonction publique et le secteur privé du Mozambique sont engagés sur la voie de la modernisation. Ils auront besoin de travailleurs professionnels connaissant bien les nouvelles technologies. À l'heure actuelle, la plupart des étudiants admis à l'université n'ont jamais eu l'occasion d'utiliser un ordinateur. À vrai dire, les universités et les écoles techniques du Mozambique décernent chaque année de 30 à 40 diplômes de TIC, ce qui est insuffisant dans un pays qui s'est donné comme objectif de devenir « un partenaire actif et concurrentiel de la société de l'information et de l'économie mondiales ». SchoolNet est considéré comme une première étape importante visant à initier la « première génération » d'informaticiens mozambicains aux TIC, en particulier aux ordinateurs.

SchoolNet : la deuxième étape

Au cours de l'étape pilote, SchoolNet était axé sur les écoles secondaires, les instituts techniques et les centres de formation de maîtres, soit un total de 10 établissements. Malgré des résultats positifs, le projet éprouvait de graves difficultés au moment où son actuel coordonnateur, Kauxique Maganlal, un agent du ministère de l'éducation du Mozambique, en a pris la charge.

« Beaucoup des ordinateurs étaient des appareils de 486 Megahertz qui, bien que remis à neuf lorsqu'ils nous ont été donnés, n'ont pas été entretenus pendant plus d'un an », explique Maganlal. Le développement du programme a également été retardé parce que l'on ne disposait pas d'un coordonnateur à plein temps. Heureusement, l'arrivée de Maganlal a coïncidé avec l'annonce de la politique mozambicain en matière de TIC et la décision d'étendre l'utilisation des TIC à toutes les écoles du pays. Même le secteur privé a cherché à faire sa part. Maganlal a su exploiter cette conjoncture favorable et a obtenu 200 ordinateurs de première qualité et 25 connexions Internet pour les écoles de Maputo, la capitale du pays. Il espère que son réseau comptera 200 écoles avant la fin de 2005.

Les autorités espèrent que SchoolNet contribuera à établir une plus grande équité en matière d'éducation en fournissant aux résidents ruraux et aux citadins autres que ceux de Maputo un meilleur accès aux ressources et aux matériels pédagogiques. Pour élargir la portée de SchoolNet à l'ensemble du pays, diverses technologies, comme la radiocommunication à commutation par paquet, les communications par satellite et les systèmes de communication sans fil sont envisagées.

Contenu recherché

S'il y a une école qui pourrait illustrer les avantages que procurent l'accès aux TIC, c'est bien l'École secondaire Emilia Daússe, dans la ville de Inhambane, à quelque 600 kilomètres de Maputo. En plus de faire partie du réseau de SchoolNet, cette école abrite le Projecto Evolução Pela Comunicação e Informática (EPCI), un télécentre communautaire. Les étudiants et les enseignants utilisent l'établissement gratuitement tandis que les usagers de passage doivent acquitter des frais pour les services comme le courrier électronique et l'accès à l'Internet. Les étudiants et les enseignants ont élaboré des micro projets, par exemple l'élaboration de sites Internet et le recyclage et la réparation d'ordinateurs. En plus de favoriser le développement des compétences en matière de TIC, ces projets rapportent de l'argent. Tout indique que le télécentre deviendra rentable.

Le succès de l'EPCI n'a pas manqué de susciter de l'attention. Dans son plan de mise en oeuvre de la politique des TIC, les autorités mozambicaines proposent la création de Centres provinciaux de ressources numériques (CPRN) qui joueraient en quelque sorte le rôle de

« carrefour » des activités de TIC dans chacune des 10 provinces du pays. L'EPCI a servi de modèle pour ce projet et reçoit maintenant des fonds à titre de premier CPRN du pays.

Selon Maganlal, le ministère de l'éducation cherche à déterminer comment on pourrait mettre en oeuvre ces micro projets productifs de recettes dans d'autres écoles et subventionner les coûts des infrastructures et des télécommunications tout en offrant aux élèves des écoles secondaires la possibilité de participer à des travaux pratiques.

Mais le manque d'infrastructure n'est pas le seul problème auquel se heurte le Mozambique. Il y a aussi une pénurie de contenu approprié. Le pays peut actuellement combler une part de ses besoins grâce à des échanges avec d'autres pays portugais, en particulier le Brésil et le Portugal. Toutefois, le Mozambique compte une multitude de langues indigènes et beaucoup d'entre elles ne sont pas utilisées sur l'Internet. Pour trouver un contenu convenant à ses citoyens, « le Mozambique doit devenir non seulement un consommateur mais aussi un producteur de contenu », explique Maganlal.

Outil de changement

Malgré les barrières linguistiques, les étudiants et les enseignants du réseau SchoolNet utilisent l'Internet comme un instrument d'apprentissage. Les étudiants mozambicains ont participé à des échanges fondés sur l'Internet comme la Convention mondiale de la jeunesse sur l'environnement et les Olympiades des mathématiques.

Certains, comme Afrosio Sadie, sont aujourd'hui des éditeurs de contenu. Après avoir terminé ses études secondaires à l'École Francisco Manyanga, il a été choisi avec quelques autres étudiants pour participer à un cours de formation en informatique offert dans le nouveau laboratoire informatique de l'école. C'est dans ce contexte qu'il a acquis diverses compétences, notamment en ce qui concerne la conception de sites Internet. Sadie a mis ses talents à l'oeuvre en participant à un concours national dans le cadre duquel il a créé un contenu africain pour le Réseau télématique mondial (ou World Wide Web). Le contenu a été parrainé par le Réseau régional informatique pour l'Afrique (RINAF) et l'UNESCO. S'étant classé deuxième au concours, Sadie a gagné un vélo et s'est mérité une certaine réputation. Le Centre informatique de l'Université Eduardo Mondlane (CIEUM) lui a demandé de participer à la conception de l'un de ses sites Internet. Il a consenti à effectuer ce travail à titre de bénévole tout en espérant être admis comme étudiant à l'université l'année prochaine. Sadie compte parmi les quelque 2000 candidats ayant sollicité une admission à la faculté des sciences. Il souhaite étudier la biologie. Hélas, il ne fait pas partie des 70 candidats récemment admis.

« J'aimerais bien travailler dans le domaine de la biologie », explique le jeune homme de 22 ans, « mais j'aime aussi l'informatique et les arts graphiques. Ce qui serait épatant, ce serait de combiner les deux ! »

Selon Shafika Isaacs, directrice générale de SchoolNet Africa, l'organisation africaine non gouvernementale qui agit à titre de groupe de coordination des programmes nationaux SchoolNet comme celui du Mozambique, ce sont des possibilités d'apprentissage comme celles-là qui peuvent ouvrir de nouveaux horizons aux étudiants africains.

Isaacs estime que les TIC ne sont pas uniquement un moyen de s'attaquer à des problèmes urgents dans le domaine de l'éducation en Afrique. « Elles peuvent exercer un rôle de catalyseur et provoquer des changements systémiques », dit-elle. Cela pourrait conduire à un abandon des modèles traditionnels d'enseignement où l'enseignant transmet des connaissances — le modèle du « sage sur son trône » — et l'adoption d'un modèle où l'enseignant joue le rôle de « facilitateur » — « le guide dans l'ombre ». En donnant aux étudiants la capacité de contrôler leur propre apprentissage, on pourrait offrir à l'Afrique les moyens de mettre rapidement en valeur ses ressources humaines.

Maganlal estime que son rôle consiste aussi à « offrir des possibilités aux étudiants » — possibilités qui n'existaient pas lorsqu'il était lui-même étudiant. Son but est d'établir au Mozambique une école qui serait un modèle pour SchoolNet. Peut-être est-il inspiré par l'établissement où il a été formé, l'École Francisco Manyanga.

Kevin Conway est rédacteur à la Division des communications du CRDI.