L'eau dans les villes : de multiples menaces… et possibilités

Andrew Draper
La problématique de l’eau dans les villes des pays en développement est complexe et il est de plus en plus urgent de s’y attaquer. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, nous sommes plus nombreux à vivre en milieu urbain qu’en milieu rural, et l’urbanisation se poursuit à un rythme accéléré : chaque jour, 180 000 personnes viennent s’ajouter à la population urbaine mondiale.
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Les migrants ruraux se rendent généralement en ville dans l’espoir d’y trouver un plus grand éventail de possibilités et un gagne-pain plus sûr, mais souvent, leurs tentatives échouent. D’après les Nations Unies, un milliard de gens vivent dans les bidonvilles, essentiellement en Asie (550 millions), en Afrique (187 millions) et en Amérique latine et aux Antilles (128 millions). En Afrique, 72 % des citadins vivent dans des bidonvilles, soit la plus forte concentration dans le monde.

 
Les habitants des bidonvilles ont de la difficulté à se procurer de l’eau potable à un coût abordable. Qu’il s’agisse de l’eau de boisson ou de celle destinée aux usages ménagers, ils sont forcés de la payer de 10 à 20 fois plus cher – et parfois 200 fois plus cher – que les citadins riches qui ont accès aux réseaux d’aqueduc municipaux.
 
« Les pauvres peuvent y consacrer jusqu’à 25 % de leur revenu, explique Naser Faruqui, chef du programme Pauvreté urbaine et environnement. Trop souvent, cette eau très coûteuse n’est même pas salubre faute de services d’assainissement appropriés, de collecte ou de traitement des eaux usées. »
 
Moins de 20 % des pauvres des villes dans le monde ont accès à de l’eau salubre, alors que 80 % des citadins mieux nantis y ont accès.
 
De nombreux projets du CRDI consacrés à l’eau en milieu urbain visent à rapprocher les collectivités, les gouvernements et les chercheurs afin de résoudre les problèmes techniques et sociaux qui nuisent à un approvisionnement en eau potable suffisant et peu coûteux dans les bidonvilles.
 
Assurer la salubrité de l’eau

Souvent rapide et non planifiée, la croissance urbaine est caractérisée par l’insuffisance ou même l’absence de services d’assainissement. Par exemple, d’après ONU-Habitat, 83 % de la population dans 43 villes d’Afrique n’avaient pas de toilettes branchées aux réseaux d’égout en 2004. Quand les services d’assainissement laissent à désirer, les sources d’eau sont contaminées et, dans des bidonvilles densément peuplés, les maladies d’origine hydrique se propagent rapidement.

 
Mais les bidonvilles occupent généralement des terres peu productives – collines abruptes en Amérique latine, plaines inondables en Afrique et en Asie – qui rendent particulièrement difficile la mise en place de services d’assainissement. Par exemple, dans les plaines inondables mal drainées, parfois submergées par les eaux de crue pendant plusieurs mois, toutes les conditions pour la propagation des maladies sont réunies.
 

Les nombreux projets du CRDI qui s’attaquent avec succès aux problèmes d’hygiène et d’assainissement en milieu urbain ne visent pas uniquement à surmonter les problèmes techniques liés à l’approvisionnement en eau potable et à la prestation de services. Ils s’emploient à résoudre aussi les difficultés d’ordre social comme la mise en place d’institutions coopératives capables de protéger la qualité de l’eau par la collecte des déchets et l’éducation de la population en matière d’hygiène.

Créer des partenariats et des institutions

« Il faut bâtir des partenariats rassembleurs, déclare Naser Faruqui. C’est difficile parce qu’en milieu urbain, il existe de nombreuses organisations gouvernementales dont les responsabilités se chevauchent. Comme la cohésion sociale s’effrite généralement dans les bidonvilles, faire cause commune est un véritable défi. »

La difficulté tient en grande partie au statut incertain des habitants des bidonvilles.

« Le gouvernement craint parfois qu’en fournissant des services, il se trouve à reconnaître que les squatteurs ont le droit d’habiter à cet endroit, ce qui provoquerait un afflux de migrants », dit Naser Faruqui.

 
« Les chercheurs, les décideurs et les techniciens tirent des enseignements de l’expérience des autres [...]. De tels échanges sont riches de possibilités. »
— Naser Faruqui, chef du programme Pauvreté urbaine et environnement

Dépourvus de droits de propriété, les résidents hésitent souvent à investir pour apporter des améliorations à leur maison et à leur quartier.

« Ils n’ont aucun document et ils ont le sentiment qu’on pourrait leur enlever leur maison n’importe quand », ajoute-t-il.

Toutefois, les divers ordres de gouvernement reconnaissent maintenant que les bidonvilles ne vont pas simplement disparaître et que le fonctionnement de ces collectivités exige une organisation sociale. Nos projets aident à créer et à appuyer des organismes et des institutions capables de résoudre les problèmes d’eau des collectivités en y apportant des solutions locales.

Ces projets ciblent les quartiers et les communes, parce qu’il serait beaucoup trop complexe de s’attaquer à l’ensemble du réseau d’aqueduc d’une vaste zone urbaine.

« Notre approche consiste à intervenir à l’échelle du quartier et même des ménages, parce que les gouvernements mettent du temps à réagir, déclare Naser. Les gens doivent donc retrousser leurs manches et faire face aux difficultés. Quand ils travaillent ensemble, quand ils parviennent à rapprocher les points de vue et à concilier les intérêts, c’est incroyable ce qu’ils arrivent à faire. »

Connaissances sans frontières

En 1999, M. Faruqui a été désigné comme l’un des jeunes experts mondiaux de la gestion de l’eau par le Third World Centre for Water Management, l’Association internationale des ressources en eau (AIRE) et le Stockholm International Water Institute (SIWI). Ce programme avait été lancé afin de repérer, partout dans le monde, les professionnels de la gestion de l'eau âgés de moins de 40 ans qui deviendront des chefs de file dans ce domaine.

Naser Faruqui fait remarquer que les projets de gestion de la demande en eau en Afrique du Nord et au Moyen-Orient sont des exemples particulièrement prometteurs de cette synergie entre la coopération et la coordination. « Les chercheurs, les décideurs et les techniciens tirent des enseignements de l’expérience des autres, déclare-t-il. Les Syriens apprennent comment les Tunisiens perfectionnent le traitement des eaux usées, les Jordaniens apprennent comment les organisations égyptiennes qui utilisent l’eau peuvent améliorer la gestion locale de la ressource. De tels échanges sont riches de possibilités. »