Le témoignage de terrain d’une chercheuse candidate au doctorat bénéficiaire d’une bourse du CRDI

15 mai 2017

En sa qualité de spécialiste de l’apprentissage pour le compte de la GRC, Michelle Savard a reçu le mandat de réaliser une analyse des besoins des policiers affectés aux missions de maintien de la paix de l’ONU. Ses recherches ont souligné la nécessité de mettre au point des stratégies visant à aider ces policiers à composer avec la présence d’enfants-soldats. Plus elle se penchait sur la question, plus elle était troublée de constater que les programmes de réinsertion répondaient inefficacement aux besoins d’enfants auparavant intégrés dans des groupes armés, et en particulier dans le cas des jeunes femmes. Déterminée à en apprendre plus sur cette situation et inspirée par une amie qui avait quitté un bon emploi à Ottawa pour poursuivre des études doctorales, Michelle suit actuellement un parcours similaire.

Candidate au doctorat de la Faculté d’éducation de l’Université Concordia, cette bénéficiaire d’une bourse du CRDI aux chercheurs candidats au doctorat étudie la marginalisation et la réinsertion de jeunes mères enlevées et bouleversées par la guerre dans le nord de l’Ouganda. Elle travaille auprès de trois groupes de mères célibataires. Le premier groupe a terminé un programme officiel de réinsertion, le deuxième groupe participe à un programme autogéré établi en partenariat avec une ONG du milieu tandis que le troisième s’est constitué en efficace groupe d’épargnes. Elle étudie ces trois modèles d’espaces sociaux afin de déterminer lequel améliore le fonctionnement efficace et l’inclusion sociale des femmes et facilite à celles-ci l’acquisition d’un moyen de subsistance.

Les fonds que reçoit Mme Savard à titre de bénéficiaire d’une bourse de 2016 du CRDI aux chercheurs candidats au doctorat l’aident à réaliser ses travaux de recherche, mais ils engendrent également des retombées indirectes. Les fonds lui ont permis d’offrir des cours d’entrepreneuriat et d’initiation à l’informatique à des mères célibataires touchées par la guerre, et les salaires versés aux personnes embauchées sur place pour l’appuyer dans ses recherches aideront à payer les droits de scolarité de leurs enfants.

La date butoir de l’appel à propositions étant le 31 mai 2017, le CRDI a invité Mme Savard à présenter des éléments de sa recherche, ainsi que des renseignements empiriques qui pourraient inspirer d’éventuels bénéficiaires et la communauté internationale de la recherche au service du développement.

CRDI : Quelles difficultés avez-vous rencontrées sur le terrain ?

Michelle Savard : L’aspect le plus difficile est l’écoute et la documentation des récits de ces femmes. Certaines d’entre elles ont été enlevées durant la guerre et d’autres ont passé de nombreuses années dans des camps de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays. Une femme s’échappait avec son enfant sur le dos quand elle s’est trouvée prise sous le feu croisé des belligérants et a été blessée à la jambe. Elle a enjoint son fils de quatre ans à s’enfuir sans elle. Elle ne l’a retrouvé que quatre ans plus tard. Une autre femme faisait partie d’un groupe d’anciennes victimes d’enlèvement qui éprouvaient des problèmes de santé reproductive parce qu’elles avaient été violées durant l’enfance. Une autre femme a été expulsée de son foyer avec ses quatre enfants parce que son mari avait acquis une autre épouse. Cette femme, qui s’occupe désormais seule de ses enfants, s’efforce de subvenir aux besoins quotidiens de nourriture de la famille, mais elle n’y arrive pas toujours. Son benjamin était mort des conséquences de la malnutrition quelques mois auparavant. Comment peut-on assimiler de tels récits ? Je dois déployer de grands efforts pour ne pas fondre en larmes en écoutant ces témoignages.

CRDI : Pouvez-vous décrire les effets de vos travaux de recherche ?

Michelle Savard : L’un des objectifs de ces travaux consiste à employer des approches de renforcement et le soutien des pairs pour développer le fonctionnement efficace (perceptions de soi positives, espoir en l’avenir, etc.). Lorsque je compare les perceptions de soi des 26 femmes qui ont suivi un programme officiel de réinsertion à celles des 20 femmes qui ont participé à ce projet de recherche (ces dernières se nomment les femmes en mouvement ou les FEM), les résultats sont nettement différents. Les FEM ne se voient plus comme des personnes inutiles, mais elles voient plutôt comme des personnes indépendantes et plus éclairées. Du fait de ces fonds et de la formation subséquente, des chefs de file ont émergé parmi les FEM. Elles ont adopté une constitution, se sont constituées en groupe d’épargne et participent à des réunions et à des activités de planification de manière indépendante.

CRDI : Avez-vous des conseils à donner à de futurs bénéficiaires d’une bourse du CRDI aux chercheurs candidats au doctorat ?

Michelle Savard et oketa

Michelle Savard : J’ai trois conseils à offrir aux étudiants envisageant de réaliser des projets de recherche sur le terrain.

Premièrement, rendez-vous plusieurs fois sur les lieux du projet, si vous le pouvez. Je me suis rendue en Ouganda cinq fois et après chaque séjour, j’avais la présomptueuse impression que je comprenais quelque chose au phénomène que j’étudiais. Or, quand j’y retourne, je me rends compte que j’ignore encore tout du phénomène. Et chaque fois, j’enlève une autre pelure de l’oignon.

Deuxièmement, soyez réceptifs à d’autres manières de saisir les choses. Peu de temps après mon arrivée, une jeune mère m’a dit qu’elle était malade parce que sa belle-mère lui avait jeté un mauvais sort. Elle m’a expliqué que pour conjurer la malédiction, elle devait acheter une chèvre et la sacrifier. Un esprit résolument scientifique critiquerait et rejetterait une telle perception de la réalité, mais il perdrait aussi une occasion d’apprendre quelque chose de vraiment important sur la culture du milieu.

Troisièmement, réfléchissez à la manière de redonner quelque chose au milieu. Vos interlocuteurs ou répondants vous donneront du temps et vous révéleront des aspects personnels de leur vie. Que pouvez-vous leur apporter qui enrichirait leurs conditions de vie ?

La date butoir de l’appel à propositions visant les bourses du CRDI aux chercheurs candidats au doctorat est le 31 mai 2017.