Le sans fil, un outil de gestion des ressources au Mozambique

Image
Kevin Conway et Marielle Rowan
Au Mozambique, il faut aimer la solitude pour être garde forestier ou garde-chasse, un métier parfois dangereux. L'année dernière, par exemple, un garde-chasse a essuyé le feu d'un braconnier dans une nouvelle réserve naturelle de la province septentrionale de Niassa. Heureusement, son téléphone sans fil à haute fréquence lui a permis d'appeler sa station de base à l'aide. Malgré la distance, ses collègues ont pu lui porter secours en demandant à une pourvoirie d'envoyer un petit avion le cueillir.

Cet incident exceptionnel montre à qu

La radio, un moyen de lutter contre le déboisement

La fabrication du charbon de bois est une industrie florissante au Mozambique, où les chemins sont bordés de piles de sacs de charbon d'un mètre de haut destinés aux marchés. À Chimoio, capitale de la province de Manica, le charbon est le combustible utilisé par une bonne partie des 75 000 habitants et des petites entreprises. Les boulangeries et d'autres commerces ont une préférence pour ce combustible bon marché qu'il est facile de se procurer et de transporter, et qui brûle plus longtemps que le bois. Cependant, les forêts du Mozambique commencent à souffrir de l'augmentation de la demande de charbon de bois, qui encourage la coupe illégale.

Les administrations locales et provinciales délivrent des permis aux transporteurs, aux bûcherons et aux marchands de charbon de bois. Des règlements stipulent combien d'arbres l'on peut couper, quel doit en être le diamètre minimum et quand il faut reboiser. Les contrevenants s'exposent à des amendes.

Il y a deux ans, des gardes forestiers de Chimanimani ont commencé à informer par radio leurs collègues aux poste de contrôle des quotas de bois et de charbon de bois alloués à chaque exploitant. D'après Cremildo Rungo, chef des Services provinciaux des forêts et de la faune à Chimoio, la province aurait perçu presque deux fois plus d'amendes en 2002 que l'année précédente grâce aux communications radio.

D'autres faits prouvent que les règlements sont appliqués. Il y a un an, la moitié des marchands de charbon de bois dans les marchés de Chimoio n'avaient pas de permis. Aujourd'hui, ils en ont presque tous un.

els obstacles se heurte la gestion des ressources naturelles au Mozambique. Afin d'aider le personnel sur le terrain et leurs supérieurs à les surmonter, l'initiative de programme Acacia du Centre de recherches pour le développement international (CRDI), de concert avec le ministère de l'Agriculture et du Développement rural du Mozambique et l'Union mondiale pour la nature (UICN), a lancé un projet pilote pour voir comment les technologies de l'information et de la communication (TIC) pourraient favoriser la conservation et la saine gestion des ressources. [Voir encadré relié : La radio, un moyen de lutter contre le déboisement] Des téléphones sans fil comme celui dont s'est servi le garde-chasse du Niassa ont été mis à l'essai dans trois régions accidentées et peu peuplées de l'intérieur, soit la réserve forestière du Niassa, celle de Chimanimani, dans la province de Manica, et la zone de conservation de Tchuma Tchato, dans la province de Tete.

Des radiotéléphones qui rompent l'isolement

Les concepteurs du réseau de communication par radio espéraient que le personnel sur le terrain se servirait des appareils pour transmettre des données aux administrations provinciales et nationales chargées de fixer les quotas de récolte de bois et de chasse d'animaux sauvages. Or, selon l'information recueillie par l'UICN sur l'utilisation des radios, les retombées ont été plus sociales et locales que techniques et centrales. Les gardes forestiers et les gardes-chasse se servent des radios surtout pour communiquer entre eux dans leur région et, dans une moindre mesure, pour transmettre des données à leurs bureaux nationaux.

Cremildo Rungo, chef des Services provinciaux des forêts et de la faune à Chimoio, capitale de la province de Manica, témoigne : « Les radios, les membres de mon équipe s'en servent tous les jours. Le matin, on appelle les gardes forestiers pour vérifier si tout va bien. »

Abel Otacala, un ancien agent de programme de l'UICN à Maputo, la capitale du Mozambique, estime que les gardes forestiers ne se servent des appareils que s'ils se sentent à l'aise. Au début, quand il essayait de communiquer avec des gardes forestiers et des gardes-chasse à qui il avait montré comment se servir des radios, personne ne lui répondait. En guise d'excuse, certains prétextaient avoir oublié de recharger la pile sur le panneau solaire.

Otacala pense plutôt qu'il arrivait souvent aux gardes de pousser le mauvais bouton. Après quelques rappels et d'autres cours, les choses ont fini par s'arranger.

L'importance de rallier la population locale

Les 20 radiotéléphones à haute fréquence — certains montés sur des véhicules, d'autres dans des bureaux et d'autres portables — peuvent aider les gardes forestiers et les gardes-chasse à faire respecter les règlements. Pour que les plans publics d'exploitation durable des ressources soient appliqués, il faut pouvoir compter sur la collaboration de la population. C'est la principale leçon tirée du projet de conservation de Tchuma Tchato, dans le Tete. Cette zone créée au début des années 90 avec l'aide financière de la Fondation Ford et du CRDI est la plus vieille des trois zones d'essai.

En chiKunda, tchuma tchato signifie « notre richesse », ce qui décrit avec justesse l'abondance de la végétation et de la faune dont les populations locales tirent leur subsistance depuis des générations. Le projet est le fruit d'un partenariat entre les villages concernés et les autorités publiques des forêts et de la faune afin de protéger les ressources fauniques et forestières et d'en assurer la gestion et la bonne exploitation. Des villageois ont suivi une formation de gardes-chasse axée sur l'exploitation durable et lucrative des ressources. Les villages sont payés pour protéger les animaux sauvages des braconniers. On leur verse le tiers du produit de la vente des permis de chasse sportive délivrés aux agences de safari par les autorités compétentes.

Les radiotéléphones sont un nouvel outil de gestion locale des ressources. Auparavant, les agents provinciaux des forêts et de la faune communiquaient par courriel avec leurs collègues de l'administration centrale et leurs correspondants étrangers. Les nouveaux appareils améliorent les communications à l'échelle locale, là où les gardes-chasse peuvent apprendre ce qui arrive aux lions, aux zèbres et aux impalas.

Une source d'inspiration au Niassa

Au Niassa, qui compte 10 000 habitants disséminés sur un territoire de 48 millions de km2, les responsables des forêts et de la faune souhaitaient s'inspirer de cette expérience. Dans une région si peu peuplée, il est essentiel de compter sur l'aide de la population pour surveiller les animaux sauvages. Or les gens n'avaient pas l'habitude de signaler les problèmes de gestion des ressources parce qu'ils ne croyaient pas que les gardes forestiers et les gardes-chasse pouvaient aider à les régler.

À mesure qu'ils apprenaient à se servir des radios, les gardes locaux ont commencé à expliquer à leurs amis et voisins quels services les appareils pourraient leur rendre. Quand les gens se sont habitués à voir circuler les véhicules à quatre roues motrices surmontés de leur grosse antenne, l'utilité des radios leur est vraiment apparue.

Otacala cite l'exemple d'un garde-chasse à qui un villageois s'était plaint d'un lion qui attaquait les vaches. « Le garde-chasse a appelé d'autres agents de conservation à la rescousse pour que le lion soit éloigné de là », raconte-t-il. « Aujourd'hui, les villageois savent qu'il est préférable d'avertir les gardes-chasse au lieu de tuer un animal sauvage. Si, après avoir dit que nous disposons de radios, nous ne pouvons rien faire quand les gens font appel à nous, nous ne sommes pas utiles. »

Otacala pense qu'un jour, on verra un garde-chasse appeler à l'avance un collègue d'un camp de randonnée pour demander les services d'un guide. Les habitants de Chimanimani et de Niassa pourraient ainsi profiter de l'écotourisme dans leurs réserves si bien préservées. Il espère que l'expérience acquise permettra la création d'un réseau national de communications pour que se répande le recours aux radiotéléphones.

Marielle Rowan est agente de liaison pour le CRDI à Maputo, Mozambique.

Kevin Conway est rédacteur principal à la Division des communications du CRDI.