Le rôle de paysans mieux informés au Bénin

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Habibatou Gologo
Place à l'adaptAction
L’adaptation aux changements climatiques passe par la participation des paysans et l’information. Dans cette optique, un projet de recherche-action au Bénin vise à réduire la vulnérabilité des agriculteurs et à améliorer la sécurité alimentaire.

 

« À cause des inondations, les récoltes sont gaspillées et nous sommes endettés, car nous n’avons aucune emprise sur le climat. Nous sommes vraiment dans le pétrin. »
– Honoré Hossou, producteur de la commune de Lalo, au Bénin



Le défi : faire face au chaos climatique

Au Bénin, le secteur agricole constitue environ 36 % du PIB et représente près de 88 % des recettes d’exportation, en plus de satisfaire à la demande locale. Cependant, ce secteur est menacé. Loin d’être la seule cause du sous-développement, les bouleversements climatiques qui touchent l’Afrique de l’Ouest depuis quelques décennies ont changé la donne. Cycles de sécheresse et périodes d’inondation se succèdent.

Ainsi, à Tori-Bossito, une commune béninoise de 45 000 habitants dont 85 % sont des agriculteurs, on cultive le maïs, l’ananas, le manioc et le haricot. Mais les périodes culturales ne sont plus ce qu’elles étaient.

Le coton, l’une des principales
Panos / S. Torfinn

Dans le sud du Bénin, deux saisons sèches et deux saisons des pluies rythmaient le travail de la terre. Aujourd’hui, les agriculteurs ont perdu ces repères saisonniers.

Par exemple, ils avaient l’habitude de semer le maïs entre la mi-mars et la fin juillet et de le laisser sécher au soleil en septembre, lors de la petite saison sèche. Cette pratique n’a plus cours, car il pleut désormais en septembre, et cette pluie fait pourrir les récoltes.

Selon une simulation réalisée par des chercheurs béninois en 2003, si rien n’est tenté pour faire face aux changements climatiques, le rendement de cultures telles que le maïs, l’arachide, le manioc, le niébé et le riz baisserait de 6 %, et celui du coton, de près de 30 %, et ce, d’ici 2025.

Alors, comment les agriculteurs peuventils avoir accès à l’information qui leur permettrait de planter et de récolter à temps ? Comment associer ces acteurs essentiels à la cueillette d’information et aux mesures prises pour affronter ces bouleversements ? Comment utiliser le savoir local en matière de prévisions météorologiques ? Comment prévoir ?

Dans cette quête, le Projet de renforcement des capacités d’adaptation des acteurs ruraux béninois face aux changements climatiques (PARBCC) permet de rassembler chercheurs, producteurs agricoles et dirigeants locaux afin de trouver des façons de mettre en commun les connaissances sur la variabilité du climat, de réduire la vulnérabilité des agriculteurs et d’améliorer la sécurité alimentaire.

Le projet a été mis sur pied par Initiatives pour un développement intégré durable, en collaboration avec Jeunesse environnement solidarité sans frontières – Centre international d’initiatives pour le développement économique et social et le Groupe de recherche et d’appui aux initiatives de base pour un développement durable. Pour le mener à bien, ces trois ONG travaillent de concert avec l’Institut national des recherches agricoles du Bénin, la Faculté d’agronomie de l’Université de Parakou et le Service météorologique national du Bénin.

L’idée : miser sur la recherche-action associant tous les acteurs

La particularité de ce projet réside en partie dans la recherche-action qui privilégie, outre la réflexion, l’action sur le terrain associant une foule d’acteurs : agriculteurs, anciens des villages, météorologues, agronomes, universitaires, dirigeants locaux et représentants de ministères et d’organismes de la société civile.

Selon Nathalie Beaulieu, administratrice de programmes principale au CRDI, « il s’agit là d’un bel exemple de concertation entre tous les intervenants et partenaires, y compris les agriculteurs, illustrant comment tous peuvent mettre la main à la pâte pour faire face aux changements climatiques ».

Le projet repose sur les communes du Bénin. En effet, au moyen de comités de pré-alertes météorologiques et d’expérimentation paysanne réunissant tous les intervenants dans 35 communes, on recueillera et on diffusera l’information entourant entre autres les risques climatiques reliés à la sécheresse et aux tempêtes tropicales. De plus, on aménagera des champs-écoles qui regrouperont les agriculteurs.

À l’aide de ce système participatif, on vise à concevoir, à tester et à mettre en place des stratégies d’adaptation qui correspondent à la réalité du terrain et qui permettent de réduire la vulnérabilité des agriculteurs. Le processus de concertation offrira la possibilité aux producteurs agricoles et aux autres acteurs non seulement d’être mieux informés, mais aussi de communiquer leur savoir, de poser des questions et de faire part de leurs opinions et de leurs difficultés.

CRDI / M. Côté, et IDID-ONG
Nathalie Beaulieu,administratrice de programmes principale du CRDI et Saïd Hounkponou, chargé de projet de IDID-ONG.

Sur le terrain : diffuser de l’information utile aux agriculteurs

En septembre 2007, les inondations qui ont touché plus de 600 000 personnes dans 18 pays africains ont détruit une cinquantaine de villages au Bénin et fait de nombreuses victimes. Sans parler des récoltes perdues.

Aux prises avec de tels cataclysmes, coincés entre rendement des cultures et bouches à nourrir, les agriculteurs sont démunis et manquent cruellement d’information, un élément clé de toute stratégie d’adaptation et de prévention.

« Les producteurs n’étaient pas conscients du fait que leurs pratiques pouvaient peut-être aggraver les répercussions des conditions climatiques extrêmes sur leurs collectivités,
explique Saïd Hounkponou, agroéconomiste et chargé de projet. Et ils ignoraient qu’il y avait un lien entre leurs difficultés et ces bouleversements que l’on connaît. »

Les paysans n’avaient pas accès aux bulletins météorologiques distribués dans les ministères par le Service météorologique national (SMN) et n’étaient donc pas préparés à faire face aux variations inattendues du climat. Pour remédier en partie à cette situation, un système de diffusion de pré-alertes météorologiques sera mis en place. Un comité national d’interprétation agrométéorologique formé d’experts et de bénéficiaires analysera et transformera les prévisions faites par le SMN en informations utiles aux agriculteurs.

Ces derniers pourront en prendre connaissance au moyen d’un bulletin diffusé par les radios communautaires rurales et divers réseaux villageois. Sans établir de prévisions exactes, les alertes auront pour but de réduire l’incertitude tout en permettant aux collectivités de mieux se préparer aux aléas climatiques.

IDID-ONG
Tout comme d’autres élus, André Todje, maire de la commune de Sô-Ava, participe au projet.

Un autre élément essentiel au projet viendra combler le manque de connaissances et renforcer les capacités des producteurs agricoles dans toutes les communes : les comités d’expérimentation paysanne réunissant les agriculteurs qui créeront des champs-écoles sur leurs terres. Avec l’appui d’animateurs, ils y mettront à l’essai des techniques culturales et pourront mettre en commun leur savoir avec les autres paysans. En outre, on prévoit des visites d’échange entre producteurs.

Les résultats prévus : former des paysans mieux préparés

En aidant à l’élaboration de stratégies d’adaptation aux changements climatiques, le projet vise à combattre la pauvreté en milieu rural. Ces stratégies, fondées sur l’information, la concertation et l’expérimentation, miseront sur le renforcement des capacités des agriculteurs. En somme, le projet a pour but de briser l’isolement des agriculteurs et de mettre fin au désespoir qui les accable. Le gouvernement du Bénin suit de près les activités du projet afin d’élaborer des stratégies pertinentes.

Pour faire face à la sécheresse, ces dernières devront tenir compte de l’ajustement du calendrier agricole et de l’adoption de pratiques culturales permettant de conserver l’humidité du sol, d’utiliser des variétés adaptées et de mieux gérer l’eau de ruissellement et des puits. Pour affronter les tempêtes tropicales, on devra améliorer la construction des maisons et éviter de bâtir des habitations dans les zones les plus vulnérables aux inondations et aux glissements de terrain. Par ailleurs, on prévoit que les informations essentielles recueillies grâce au projet permettront aux dirigeants locaux de mettre en valeur le potentiel agricole de leur commune, car ils seront mieux en mesure de décider de l’occupation des sols, de la construction d’infrastructures et de l’entreposage et de la commercialisation des récoltes.

IDID-ONG
Des représentants des ONG partenaires prennent part à une cérémonie de transfert de responsabilités.

L’avenir : mettre le cap sur le changement

Le projet progresse à grands pas. En octobre 2007, dans les communes, 16 comités de concertation avaient déjà vu le jour. On prévoit diffuser sous peu le premier bulletin agrométéorologique puisque le comité national d’interprétation a été formé. Cependant, l’une des préoccupations de l’équipe du projet concerne la diffusion de pré-alertes météorologiques. On veut trouver la meilleure façon de les émettre en temps voulu, et ce, en collaboration avec le ministère de l’Environnement. On entamera bientôt la phase de l’expérimentation paysanne à l’aide des champs-écoles.

« Les pratiques culturales pourront s’améliorer, indique Saïd Hounkponou, et les échanges entre producteurs vont s’intensifier. » Mais avant toute chose, les responsables du projet souhaitent que les paysans puissent composer avec les variations climatiques au moyen de stratégies d’adaptation. « Sans être une panacée, le projet fait en sorte de mieux outiller les paysans pour faire face à ce problème, même lorsque le projet sera terminé », poursuit le chargé de projet.

L’équipe a bon espoir que les leçons tirées de cette expérience profiteront à d’autres pays de l’Afrique de l’Ouest qui pourront s’adapter à leur tour.

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