Le rôle de l’énergie dans le développement rural

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Angela Pereira
Hisham Zerriffi n’a aucun mal à énumérer les bienfaits de l’électrification des zones rurales : une meilleure éducation, puisque les enfants ont de la lumière pour lire et étudier, de meilleurs établissements de santé, de meilleurs services de communication… et la liste pourrait encore s’allonger.
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 Écouter M. Zerriffi décrit le problèm (en anglais)
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Sans électricité, de nombreuses personnes utilisent pour la cuisson des poêles qui fonctionnent au moyen de combustibles solides comme le bois ou le fumier.

Pour en savoir plus sur l’étude de M. Zerriffi, vous pouvez lire son document de travail (en anglais). 

L’énergie est sans aucun doute l’un des principaux moteurs du développement rural, a-t-il affirmé.

M. Zerriffi était de passage au siège du CRDI pour parler de ses recherches sur l’énergie, l’environnement et le développement rural. Il a été le premier titulaire de la Chaire Ivan Head d’études Sud-Nord. Créée en hommage à feu Ivan Head, le deuxième président du CRDI, la chaire est établie au Liu Institute for Global Issues de l’Université de la Colombie-Britannique.

M. Zerriffi a fait observer que malgré les années d’investissement dans les infrastructures énergétiques un peu partout dans le monde, 1,6 milliard de personnes vivent toujours sans électricité. La majorité de ces personnes habitent dans les zones rurales d’Afrique subsaharienne et de l’Asie du Sud.

Solution au « pire cauchemar » des sociétés de services publics

 
Les populations rurales sont le pire cauchemar des sociétés de services publics, a déclaré M. Zerriffi. Elles vivent souvent dans des régions éloignées et sont très dispersées, disposent de faibles revenus et utilisent assez peu d’énergie. Par conséquent, la distribution classique de l’électricité – d’une centrale électrique aux maisons, par l’entremise de lignes de transmission – n’est dans ce cas ni efficace, ni rentable.

M. Zerriffi a commencé à chercher des solutions à ce problème dans le cadre de ses études postdoctorales à l’Université de Stanford. Il s’est intéressé à la viabilité des réseaux électriques décentralisés, qu’il décrit comme tout réseau où l’électricité est à la fois produite et consommée à l’échelle locale. Les projets peuvent revêtir différentes formes en fonction du contexte local; il peut s’agir d’un panneau solaire individuel ou d’un petit réseau électrique alimenté par un moteur au diesel.

Depuis des décennies, des projets d’électrification à petite échelle ont été effectués dans les zones rurales. Mais les recherches se sont penchées surtout sur un endroit ou sur une technologie donnés, a expliqué M. Zerriffi.

Hisham Zerriffi
Les membres d'une coopératives d'énergie rurale au Cambodge mettent sur pied un système de gazéification de biomasse.

Si l’on veut que les systèmes décentralisés fassent partie de la solution au problème, on doit en tirer des enseignements plus vastes.

M. Zerriffi s’est rendu au Brésil, au Cambodge et en Chine, trois pays où l’électricité est distribuée très différemment.

   

En tout, M. Zerriffi a étudié 30 projets d’électrification de la sorte et a examiné comment le modèle de fonctionnement de chaque projet ainsi que le contexte dans lequel il s’inscrit affectent sa réussite.

Enseignements en matière d’électrification locale

M. Zerriffi a constaté que le recouvrement des coûts et la durabilité financière étaient des facteurs essentiels à la réussite de tout projet. Tant les méthodes conventionnelles que les méthodes renouvelables de production d’électricité doivent être concurrentielles en fonction des avantages de chacune. Fournir gratuitement de l’électricité n’est pas, de toute évidence, une solution durable, a-t-il affirmé.

Il a par ailleurs déterminé que l’électricité devait servir à accroître la capacité de production des personnes vivant en zone rurale de manière à élever leur niveau de vie. Il ne faut pas se cantonner à l’électrification des ménages; il faut en plus s’interroger sur la manière dont on pourrait inscrire l’électrification dans les objectifs plus vastes du développement, a fait observer M. Zerriffi.

Plus important encore, si l’électrification rurale est un objectif de développement important à l’échelle internationale et nationale, cet objectif est mieux atteint à l’échelle locale. Mais il faut pour cela qu’il existe des institutions capables de fournir ces services, et que les acteurs locaux participent au processus de production énergétique.

Les technologies existent, mais pas les institutions voulues, a déploré M. Zerriffi. Il faut mettre à l’essai différentes institutions pour voir lesquelles fonctionnent dans un contexte donné, a-t-il précisé.