Le recyclage des eaux usées offre une solution à la pénurie

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Division des communications, CRDI
DES EFFETS DURABLES

Au Moyen-Orient, le traitement et la réutilisation de l’eau provenant des éviers, des lavabos et des baignoires ont aidé de nombreuses familles de petits agriculteurs à faire face à l’extrême rareté de l’eau et leur ont permis, du même coup, d’accroître considérablement leurs revenus.

Le succès des travaux qu’a financés le CRDI sur ces « eaux grises » domestiques, en Jordanie, au Liban et en Cisjordanie a incité en outre les gouvernements de ces pays et les organisations internationales à intégrer la réutilisation des eaux grises dans leurs projets à long terme visant à combattre la crise de l’eau, de plus en plus grave dans la région.

Le manque d’eau a eu des effets catastrophiques sur l’économie de la Jordanie, septième des pays les plus pauvres en eau de la planète. Dans les zones périurbaines, l’approvisionnement des foyers en eau ne se fait qu’une fois par semaine, et il coûte très cher d’acheter l’eau acheminée par camion-citerne, affirme Murad Bino, directeur exécutif de l’Inter-Islamic Network on Water Resources Development and Management (INWRDAM), établi à Amman.

Un système simple à l’intention des ménages

Dans ce milieu aride, les petits agriculteurs n’ont pas assez d’eau pour produire le fourrage nécessaire au bétail ni pour arroser les arbres, qui sont des sources essentielles d’aliments et de revenus. C’est ici que sont intervenus des chercheurs de l’Inter-Islamic Network : ils ont avancé qu’en séparant les eaux grises, relativement propres, des « eaux noires » provenant des toilettes, on pouvait obtenir une nouvelle source d’eau pour l’irrigation, se rappelle Naser Faruqui, aujourd’hui directeur du domaine de programme Innovation, politique et science du CRDI.

Il s’agissait de créer un système simple de traitement domestique des eaux qui amenait les eaux grises provenant des éviers, des lavabos, des baignoires et de la lessive dans un quelques récipients de 160 litres en polyéthylène recyclé remplis de gravier, et quelquefois de bouteilles broyées, explique M. Faruqui. Les bactéries qui se forment sur les cailloux ou sur le verre broyé attaquent les contaminants présents dans les eaux usées; l’eau en grande partie purifiée est ensuite acheminée vers un système goutte à goutte qui irrigue très parcimonieusement les arbres fruitiers et les cultures dont les produits se mangent cuits de même que les cultures fourragères.

Le résultat ? Les premières recherches ont montré que les récoltes plus abondantes obtenues par les familles participantes ont entraîné une hausse de revenus de 10 %. Ces familles ont vu en outre leur facture d’eau diminuer de 27 % et ont payé moins cher la vidange de leur fosse septique, qui recevait moins d’eau. Pour des gens très pauvres, c’est un excellent investissement, fait observer M. Faruqui

Les eaux grises suscitent un intérêt croissant

Les gouvernements ont commencé à prêter attention à ces travaux. Le succès des projets pilotes a incité la Jordanie à se doter de normes de qualité pour l’utilisation des eaux grises. Comme il y avait maintenant des inspecteurs en mesure de s’assurer que l’on respecte ces normes, la confiance de la population s’est accrue.

La Jordanie a intégré l’utilisation des eaux grises dans sa stratégie nationale de l’eau établie pour une période de 14 ans et dans les dispositions du code du bâtiment relatives à l’assainissement. Dans les zones urbaines, par exemple, aucune tour ne peut plus être construite si on n’a pas prévu le recyclage des eaux grises.

Des pays voisins, comme le Liban et le Yémen, ont à leur tour effectué des recherches sur la question et modifié leurs politiques de manière à mettre en place l’utilisation des eaux grises. Sur le plan international, l’Organisation mondiale de la santé a publié récemment ses propres normes à ce chapitre.

Grâce à ces initiatives, une solution avantageuse à tous égards dans de petites collectivités rurales pourrait bien contribuer à régler un sérieux problème à l’échelon régional et international.

Les gens se rendent compte que récupérer 60 ou 70 % de leurs eaux usées dans un dispositif de traitement des eaux grises, cela revient à avoir une petite source à côté de chez eux. Cette source leur donne entre 200 et 500 litres d’eau par jour. Pour ceux qui élèvent quelques animaux et font pousser quelques arbres fruitiers, c’est l’assurance d’une augmentation des revenus et d’une meilleure sécurité alimentaire.
- Murad Bino, directeur exécutif de l’INWRDAM

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