Le point sur le sida, l’alimentation et la nutrition

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Nivedita Bhushan, Institut international de recherche sur les politiques alimentaires
La crise alimentaire mondiale expose un nombre plus élevé de personnes au risque de contracter le VIH/sida, affirment des experts en sécurité alimentaire

La crise alimentaire mondiale menace de réduire à néant les progrès réalisés dans la lutte contre le VIH/sida, car les populations vulnérables, qui vivent dans la pauvreté extrême et souffrent de malnutrition, sont forcées, pour survivre, d’adopter des comportements à risque élevé. Voilà l’un des messages entendus à la XVIIe Conférence internationale sur le sida, qui a eu lieu cette année à Mexico, du 3 au 8 août 2008.
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Food Security, Livelihoods and HIV: Challenges and Responses
Vidéo, transcription et fichier balado de la séance (en anglais seulement)

l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI)
plus amples renseignements sur l’IFPRI et les travaux qu’il mène sur le VIH/sida, la malnutrition et la crise alimentaire

VIH/sida et insécurité alimentaire : double péril
En 1989, alors qu’il travaillait pour l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), Stuart Gillespie a passé six mois à étudier le lien entre le VIH/sida et la sécurité alimentaire. Il a vite compris que l’épidémie risquait d’avoir, à long terme, des répercussions désastreuses sur la faim dans l’ensemble des pays en développement

« Un nombre grandissant de jeunes femmes courent maintenant le risque d’être exposées au VIH en ayant des relations sexuelles transactionnelles pour subvenir aux besoins alimentaires de leur famille », a affirmé Stuart Gillespie, chargé de recherche principal à l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI) et directeur du Regional Network on AIDS, Livelihoods and Food Security (réseau RENEWAL). Le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) finance le réseau RENEWAL depuis 2001.

M. Gillespie était l’un des cinq experts qui ont traité de l’interaction entre le VIH, la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance lors de l’une des séances de la conférence. Plus de 25 000 chercheurs, militants, journalistes et responsables de l’élaboration de politiques s’étaient rassemblés à cette conférence pour discuter des grands défis qui attendent les acteurs de la lutte mondiale contre le sida.

Les tentatives menées pour vaincre l’épidémie reposent, depuis le début, sur les trois piliers fondamentaux de la politique en matière de sida : la prévention, les traitements et les soins, les mesures d’atténuation. Or, ces trois volets sont touchés par la hausse des prix des aliments.

Un cercle vicieux

« Il s’agit d’une crise grave qui s’ajoute à une crise chronique », a déclaré M. Gillespie. « Non seulement la faim et le VIH interagissent-ils l’un avec l’autre, mais ils sont si étroitement reliés qu’ils forment un cercle vicieux. En effet, la malnutrition et le manque de nourriture peuvent accroître les risques d’exposition au VIH et, par le fait même, la vulnérabilité à l’infection par ce virus, tandis que le sida contribue, quant à lui, à aggraver le phénomène de la faim. »

M. Gillespie croit qu’il est impératif de mieux comprendre le rôle intégral de l’alimentation et de la nutrition dans la politique en matière de sida dans le monde. En Afrique, cela fait déjà plusieurs années que le sida constitue un grave problème sur le plan de la sécurité alimentaire; c’était donc le cas bien avant que ne survienne, en 2008, la flambée des prix des aliments à l’échelle mondiale.

Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), 22 des 30 pays à risque élevé ayant besoin d’une aide alimentaire extérieure se trouvent en Afrique subsaharienne, où de nombreux États sont aux prises avec une grave épidémie de sida. Étant donné que le VIH touche les travailleurs dans la force de l’âge, un grand nombre de collectivités ont perdu leurs soutiens de famille et leur capacité de nourrir leurs membres. Ce fardeau supplémentaire, conjugué à la hausse des prix des aliments, a poussé les gens à travailler à l’extérieur de chez eux pour se procurer argent et nourriture. Les femmes délaissent l’agriculture pour des contrats de travail comportant souvent implicitement des activités sexuelles, ce qui accroît leur vulnérabilité au VIH.

« Auparavant, on appelait ce type de travail le “ sexe de survie ”, a fait observer M. Gillespie, mais aujourd’hui, on le qualifie plutôt de “ sexe mortel ”, les risques étant encore plus grands dans le cas de relations sexuelles sans préservatif. »

« Des études menées récemment au Botswana, au Malawi, au Swaziland, en Tanzanie et en Zambie ont démontré l’existence d’un lien direct entre l’insécurité alimentaire aiguë et les relations sexuelles transactionnelles non protégées », a-t-il ajouté.

Le recours à divers types d’interventions

Non seulement les prix élevés des aliments augmentent-ils la vulnérabilité au VIH, mais ils menacent aussi d’exacerber les nombreuses conséquences néfastes de l’épidémie. Par exemple, quand le VIH frappe un ménage, il a pour effet de réduire les ressources de ce dernier, qui est alors forcé de vendre le peu de biens qu’il possède pour joindre les deux bouts. L’incapacité de travailler des adultes atteints ainsi que la perte de bovins et de terres enfoncent encore plus profondément dans la pauvreté les ménages les plus vulnérables.

Comme la crise alimentaire mondiale aggrave les effets de l’épidémie de sida, les organismes d’aide internationale et les collectivités travaillent d’arrache-pied pour trouver des stratégies d’atténuation applicables à court et à long terme.

À la conférence, Michelle Adato, chargée de recherche principale à l’IFPRI, a présenté les fruits de travaux de recherche visant à déterminer comment le recours à divers types d’interventions en matière de protection sociale pouvait donner des résultats concluants là où le sida sévit. Elle a en outre présenté des constatations relatives à l’efficacité des programmes de transfert de fonds, qui permettent de verser mensuellement de petites sommes aux familles pour les aider à satisfaire leurs besoins essentiels. Ces programmes contribuent non seulement à atténuer la pauvreté dans l’immédiat, mais aussi à assurer le maintien de l’accès à l’éducation, aux services de santé et à la nourriture des adultes et des enfants des familles frappées par le sida. Sans cette aide, les familles pourraient être forcées de retirer leurs enfants de l’école et de réduire leur apport alimentaire.

Lutter contre la crise

Selon Mme Adato, « les programmes de transfert de fonds peuvent garantir que les personnes touchées par le VIH et le sida ont suffisamment de nourriture. Une bonne nutrition ralentit la progression du sida et augmente l’adhésion au traitement antirétroviral et l’efficacité de ce dernier. »

Elle croit que ces programmes permettent de procurer aux collectivités et aux familles des filets de sécurité qui leur sont d’un grand soutien en de pareilles périodes de crise.

« Il est essentiel, a-t-elle soutenu, que les gouvernements des pays où le sida est très répandu, les bailleurs de fonds internationaux et les organismes de la société civile s’unissent afin d’obtenir l’engagement politique nécessaire à la poursuite et à l’élargissement des programmes de transfert de fonds, de sorte qu’ils fassent partie intégrante de l’ensemble des moyens utilisés dans la lutte contre l’épidémie de sida. »

Le réseau RENEWAL de l’IFPRI reçoit l’appui des organismes suivants : Irish Aid, l’Agence suédoise de coopération internationale au développement (Asdi), le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), organisme canadien, et l’United States Agency for International Development (USAID).