Le début d'une nouvelle vie pour de vieux ordinateurs

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Bob Stanley
Un projet financé par le CRDI qui fournit des ordinateurs aux écoles tout en créant des emplois permet de s’attaquer au problème environnemental causé par les déchets électroniques en Amérique latine et dans les Caraïbes.

En cette ère de l’électronique, l’évolution rapide de la technologie a créé un problème d’envergure mondiale. Les ordinateurs et leurs nombreux accessoires, les téléviseurs et les téléphones mobiles qu’on jette parce qu’ils sont vieux ou désuets ou tout simplement parce qu’on n’en veut plus, constituent une nouvelle catégorie de déchets dangereux, appelés « déchets électroniques », dont l’élimination est devenue un enjeu planétaire.

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www.reciclemos.net

Entrevue avec Peter McFarren
Que faire des déchets électroniques ? Nous vous invitons à écouter Peter McFarren, président de la fondation culturelle Quipus, de Bolivie, un partenaire du CRDI, parler du tout dernier projet de la fondation : un livret assorti d'un disque compact qui expliquent comment recycler les ordinateurs et d'autres appareils électroniques. Produits en collaboration avec l'Institut pour la connectivité dans les Amériques, le livret et le CD existent en anglais et en espagnol.

Malgré l’existence d’accords internationaux interdisant cette pratique, une grande quantité de déchets électroniques se retrouve dans des dépotoirs d’Amérique latine, d’Asie et d’Afrique, où des gens, la plupart du temps des enfants, fouillent en vue d’y récupérer des matières qu’ils peuvent vendre, comme le fil de cuivre et même les infimes quantités d’or comprises dans les cartes de circuits imprimés. Ce faisant, ils s’exposent à des produits toxiques, tels que le mercure et le plomb, et laissent derrière eux un terrain inutilisable où s’amoncellent verre brisé, métal et plastique.

Or, il y a des façons d’éviter que les tonnes de déchets électroniques aboutissent dans ces décharges. Reciclemos (« nous recyclons »), un projet en cours en Amérique latine et dans les Caraïbes, démontre que même la technologie périmée peut encore avoir de nombreuses années de vie utile. Grâce à une subvention d’un an accordée par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) et l’Institut pour la connectivité dans les Amériques (ICA), l’équipe de ce projet a conçu un coffret multimédia pour faire mieux connaître non seulement les dangers associés à l’élimination inappropriée des déchets électroniques, mais également les possibilités de réutilisation et de recyclage qui existent.

Absence de politiques

Selon Peter McFarren, président de la fondation culturelle Quipus de Bolivie, laquelle dirige l’initiative Reciclemos, c’est en raison d’un manque d’information et de l’absence de politiques environnementales si les déchets électroniques sont devenus un problème qui s’aggrave de plus en plus rapidement.

Si certains pays ont accompli des progrès aux chapitres du traitement des grands enjeux technologiques, par le truchement de la législation et de la formulation de règlements visant à assurer le respect des accords internationaux, d’autres commencent à peine à intervenir sur ces plans, affirme-t-il.

M. McFarren croit néanmoins que la remise en état et en service de vieux ordinateurs, téléphones mobiles et autres appareils peuvent être des éléments de solution. Il cite comme exemple le programme canadien Ordinateurs pour les écoles, qui consiste à distribuer aux écoles des ordinateurs remis à neuf et qui est aujourd’hui reproduit en Amérique latine et en Afrique. L’équipe du projet Reciclemos s’est d’ailleurs inspirée de ce programme pour concevoir son coffret.

Le coffret comprend un livret et une fiche d’information qui décrivent à la fois les problèmes causés par les déchets électroniques et les différentes possibilités de recyclage qui existent. Elle renferme une foule d’autres ressources, dont un DVD qui contient une présentation vidéo, des modules éducatifs et des manuels techniques traitant de divers sujets, comme le réseautage et la robotique. On y trouve même un guide destiné aux entrepreneurs désireux de démarrer une entreprise de recyclage. Qui plus est, tous ces renseignements sont également offerts sur le site Web, à www.reciclemos.net.

Onze millions d’ordinateurs

Promotion du recours à des technologies propres

La Convention de Bâle est un traité international qui a été adopté par 120 pays en 1989. Elle a été établie dans le but de trouver des moyens d’endiguer la vague croissante de déchets dangereux qui inonde toute la planète, et plus particulièrement d’éviter le transfert de ces déchets des pays industrialisés aux pays moins avancés (PMA).

Achim Steiner, directeur général du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), a déclaré que la Convention de Bâle promeut le recours à des technologies et à des procédés propres qui réduisent autant que possible la création de sous-produits non désirés. Elle fournit les outils et les mesures incitatives voulus pour habiliter et motiver les producteurs et les consommateurs de biens qui génèrent des déchets dangereux à chercher des solutions novatrices, a-t-il poursuivi.

Un certain nombre de centres régionaux de formation et de transfert des technologies ont été créés pour favoriser l’atteinte des objectifs de la convention. Le Centre régional pour l’Amérique latine, qui est situé à Buenos Aires, joue un rôle de catalyseur à cet égard en ce qui concerne l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Chili, la Colombie, l’Équateur, le Paraguay, le Pérou, l’Uruguay et le Venezuela.

Le Comitê para Democratização da Informática ou CDI (comité pour la démocratisation de la technologie de l’information), un regroupement à but non lucratif oeuvrant à Rio de Janeiro, appuie l’initiative Reciclemos. Selon son coordonnateur, Carlos Fernandez, il se vend chaque année onze millions d’ordinateurs au Brésil. Les vieux écrans à tube cathodique qui sont alors remplacés par de nouveaux sont susceptibles de rejeter dans l’environnement 11 000 tonnes de plomb oxydé par année. Il n’existe aucune politique publique à cet égard et les sociétés technologiques brésiliennes n’ont aucunement conscience de l’ampleur du problème, affirme-t-il.

CDI ramasse les ordinateurs qui ne sont plus utiles, les remet en état et les répare à partir des pièces réutilisables récupérées, installe les logiciels et le système réseau, puis les distribue aux écoles, précise M. Fernandez.

Après dix années d’activités, le CDI a accumulé un imposant stock de pièces défectueuses qu’il n’a pu recycler faute de programmes viables. Tous les centres de remise à neuf d’ordinateurs de la région sont aux prises avec ce problème, qui ne cesse de prendre de l’ampleur.

De l’avis de Rodrigo Baggio, directeur général du CDI, il manque un élément essentiel pour améliorer le dossier des déchets électroniques au Brésil : l’adoption, par le gouvernement, d’une législation ferme. Un programme de gestion rigoureuse et viable des déchets électroniques s’inscrivant dans le long terme s’impose pour appuyer les initiatives privées comme celle du CDI, qui est présent dans dix-neuf états du Brésil et neuf autres pays de la région.

Distribution par voie de concours

La fondation argentine Equidad est également partenaire de Reciclemos. Carolina Anino, directrice de projets, explique que les ordinateurs fournis gratuitement par les entreprises locales sont recyclés et utilisés dans le cadre d’ateliers où les étudiants recevant une formation de technicien en informatique apprennent à les réparer.

Par la suite, les ordinateurs sont distribués au moyen d’un concours auquel les écoles et les organisations non gouvernementales (ONG) participent en décrivant la façon dont elles comptent s’en servir sur les plans éducatif et social. Ensuite, on offre aux gagnants un soutien technique assuré par les élèves eux-mêmes, ajoute Mme Anino.

Leila Devia est directrice du Centre régional de la Convention de Bâle pour l’Amérique latine (voir l’encadré), à Buenos Aires. Spécialiste en ressources naturelles et en droit de l’environnement, Mme Devia est d’avis que les programmes de recyclage de déchets électroniques sont susceptibles de fournir du travail à un grand nombre de chômeurs.

Selon elle, si le processus logistique est bien exécuté, ces programmes peuvent donner d’excellents résultats. Il importe de s’assurer qu’il y a un marché pour chacun des produits recyclés, car il sera impossible de trouver des gens disposés à démarrer des centres de recyclage si le produit est invendable, ajoute-t-elle. Enfin, elle prévient qu’il restera encore à relever le véritable défi : déterminer que faire des déchets qui ne pourront être ni réutilisés, ni recyclés.

Quant à Peter McFarren, il affirme que l’équipe de Reciclemos s’efforcera principalement, désormais, de sensibiliser davantage la population de la région au recyclage, car il y a très peu de renseignements publics sur le sujet. Il ajoute que Reciclemos est également intéressé à exercer une influence sur les politiques, notamment à persuader le gouvernement et les grandes sociétés d’inclure un volet vert dans leurs programmes d’achat d’ordinateurs.

 
Bob Stanley est rédacteur à Ottawa.
Quelques chiffres sur les déchets électroniques
  • Partout dans le monde, le volume de déchets électroniques augmente trois fois plus rapidement que celui de tout autre type de déchet urbain. 
  • On prévoit qu’en 2008, il y aura plus de deux milliards d’utilisateurs de téléphones mobiles à l’échelle mondiale. 
  • Près de 80 % des déchets électroniques produits aux États-Unis sont exportés vers les pays en développement, principalement vers la Chine et l’Inde. 
  • Presque toutes les matières entrant dans la fabrication des composants électroniques sont recyclables; seules 3 % d’entre elles ne le sont pas. 
  • La fabrication de matériel électronique absorbe 22 % de tout le mercure consommé dans le monde. 
  • Environ 40 % du plomb présent dans les décharges provient des déchets électroniques. 
  • Une tonne de déchets informatiques contient plus d’or que 17 tonnes brutes de minerai aurifère. 
  • La fabrication d’un ordinateur moyen et d’un écran de 17 po exige 240 kg de combustibles fossiles, 22 kg de produits chimiques et 1 500 kg d’eau. 
  • Dans les pays industrialisés, un ménage moyen possède trois appareils électroniques qui sont vieux ou désuets.
Source : réseau d’action de Bâle (BAN)