Le CRDI soutient Shirkat Gah afin d’améliorer les droits génésiques des Pakistanaises

07 décembre 2017
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Des participants se réchauffent après une pause lors d’un atelier du centre Shirkat Gah, à Lahore.

Tom Pilston / CRDI

Des participants se réchauffent après une pause lors d’un atelier du centre Shirkat Gah, à Lahore.

Au cours des dernières décennies, le Pakistan a connu une instabilité politique et des difficultés économiques accrues, ce qui a contribué à la détérioration des services et des infrastructures en santé — les femmes et les personnes pauvres supportant le plus lourd du fardeau.

Depuis quatre ans, un projet appuyé par le CRDI et mené en collaboration avec le Centre de ressources pour femmes Shirkat Gah a permis d’accroître la conscientisation à l’égard de la santé génésique des femmes grâce à des activités de sensibilisation fondées sur des données probantes menées dans quatre provinces du Pakistan. Le personnel du centre Shirkat Gah a ciblé différents enjeux relatifs à l’accès des femmes aux services de santé génésique, dont la disponibilité des fournisseurs de services, de l’équipement et des infrastructures; l’accessibilité d’un établissement donné pour les femmes et la capacité de payer. De nombreux forums multipartites ont été tenus à l’échelle des districts pour favoriser la discussion et la réflexion parmi les membres des communautés (représentées par les organisations de la société civile) et pour élire les membres exécutifs du gouvernement local afin d’améliorer la gouvernance dans le secteur de la santé.

Dans une région connue pour ses inégalités entre les sexes, bon nombre de femmes et de filles pakistanaises font face au mariage avant l’âge légal, à un accès limité à l’éducation et à une mobilité restreinte en raison de normes sociales qui dénoncent les interactions entre les femmes et les hommes ne faisant pas partie de leur famille. De telles barrières culturelles, couplées à un système de santé où persistent des obstacles empêchant les femmes d’accéder aux soins de santé, expliquent la précarité de la santé et des droits génésiques des femmes. Dans la province de Baluchistan, le taux de mortalité maternelle dans certains districts, comme celui de Jaffarabad, est astronomique — soit aussi élevé que 785 décès par 100 000 naissances vivantes. Le pays est bien loin d’atteindre l’objectif de développement durable des Nations unies, qui est de faire passer le taux de mortalité maternelle au-dessous de 70 pour 100 000 naissances vivantes d’ici 2030.

Ali Jalani anime l’atelier de trois jours du centre Shirkat Gah intitulé « Renforcer la gouvernance des systèmes de santé sur le plan de la santé génésique », à Lahore.
 
Ali Jalani anime l’atelier de trois jours du centre Shirkat Gah intitulé « Renforcer la gouvernance
des systèmes de santé sur le plan de la santé génésique », à Lahore. Photo: Tom Pilston / CRDI

Au sein du système de santé pakistanais, l’une des principales difficultés est que les services de planification familiale et de santé génésique sont séparés des services de santé primaires. En préconisant la fusion des services de planification familiale et de santé génésique avec les services de soins primaires, ce projet appuie un modèle visant à améliorer des services fondamentalement inadéquats afin qu’ils répondent aux besoins des femmes. « Les femmes meurent souvent en route vers l’hôpital, car de nombreux centres de naissances ne sont pas équipés pour prendre en charge les cas complexes », explique Noor Memon, qui travaille pour un partenaire local de Shirkat Gah, à Jaffarabad.

Pour surmonter ces difficultés et d’autres, une médiation a été nécessaire afin de créer un lien entre les fournisseurs de services et les citoyens. À cet égard, une réunion nationale d’intervenants a mis au jour une histoire de réussite déterminante dans la province de Khyber Pakhtunkhwa. Motivé par les discussions ayant eu lieu lors de cette réunion, un membre du conseil de district de Mardan a mobilisé d’autres membres du conseil afin de présenter une résolution visant à améliorer la prestation de soins à l’échelle des unités locales de soins de santé de base, lesquelles répondent aux besoins primaires en santé. Les membres du conseil ont approuvé la résolution et ont été encore plus loin en demandant au président du gouvernement de leur district d’injecter des fonds pour améliorer les unités de soins de santé dans le district. L’assemblée a réagi en accordant 200 000 roupies pakistanaises (environ 2 500 $ CA) à chacune des 47 unités de soins de santé de base du district – une décision cruciale, compte tenu du fait qu’il n’y avait jamais eu de fonds accordés aux établissements de santé du district auparavant. Ce financement a permis aux unités locales de soins de santé de base d’installer des panneaux solaires, de construire des toilettes séparées pour les femmes et les filles, d’assurer l’accès à l’eau potable, de brancher l’électricité et de réparer la route d’accès à l’hôpital. L’assemblée a également présenté un programme de santé électronique qui permettra de surveiller régulièrement toutes les unités de soins de santé de base du district.

Un autre objectif clé était de développer les capacités des membres de la communauté en matière de sensibilisation afin d’améliorer la participation et la responsabilisation. Les connaissances en santé ayant été ciblées comme un important enjeu, le centre Shirkat Gah a déployé une série d’activités de renforcement des capacités destinées aux organisations de la société civile afin de mobiliser les représentants du gouvernement local et les médias. La formation sur la responsabilisation et la sensibilisation incluait le recours aux médias traditionnels et sociaux pour élargir la portée des messages sur la santé auprès d’un éventail d’auditoires.

Des participants prennent part à un jeu de rôles lors d’un atelier du centre Shirkat Gat.
 
Des participants prennent part à un jeu de rôles lors
d’un atelier du centre Shirkat Gat. Photo: Tom Pilston / CRDI

Noor Memon a été l’une des deux partenaires locales qui a réussi à obtenir du temps d’antenne dans une station radiophonique FM locale afin d’accroître la sensibilisation à l’égard de la santé génésique chez les femmes et de la nécessité de cibler les besoins des femmes en matière de soins de santé. Outre son entrevue radiophonique, Mme Memon a contribué à fonder 10 « clubs de santé » afin de communiquer aux femmes de l’information sur la santé sexuelle et génésique, en plus de créer un groupe WhatsApp liant la société civile au gouvernement local pour faciliter la sensibilisation et l’action.

En plus d’examiner les questions de disponibilité, d’accessibilité et de capacité de payer, Shirkat Gah a tiré profit des mesures mises en place par l’État pour offrir aux femmes des services en matière de santé et de reproduction. Alors que le projet arrive à son terme, les observations provenant du terrain seront utilisées pour favoriser la sensibilisation et les changements de politiques fondés sur des données probantes à l’échelle des districts, des provinces et du pays. L’accent mis par le programme sur la sensibilisation, l’éducation et la connaissance a pour but d’abaisser le taux de mortalité maternelle et de renforcer la gouvernance du système de santé pour améliorer la santé et les droits génésiques des femmes pakistanaises, notamment par la responsabilisation du gouvernement et des fournisseurs de services.

Apprenez-en plus sur le renforcement de la gouvernance des systèmes de santé sur le plan de la santé et des droits génésiques au Pakistan.