Le CRDI et la lutte contre le paludisme

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CRDI

DOCUMENT D’INFORMATION

Le paludisme tue un enfant africain toutes les 30 secondes. Avec le VIH/sida et la tuberculose, le paludisme est l’un des principaux problèmes de santé publique menaçant le développement des pays les plus pauvres.
fiche d’information « Qu’est-ce que le paludisme ? » de l'OMS

Depuis 1976, le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), un organisme canadien, a affecté plus de 15 millions CAD à une cinquantaine de projets de lutte contre le paludisme, l’une des principales causes de maladie et de décès dans le monde en développement. Ces fonds ont aidé les chercheurs en Afrique, en Asie et en Amérique latine à trouver des solutions à des problèmes locaux des plus urgents.

Le gros des activités en Afrique est centré sur l’accroissement de l’accès aux moustiquaires traitées à l’insecticide et les essais sur leur efficacité. Il a été prouvé que l’usage de ces moustiquaires, imprégnées de pyréthroïde – le même produit qui entre dans la composition des shampooings contre les poux – réduit l’incidence de la maladie et le nombre de décès. Le CRDI a commencé à faire de la recherche sur l'imprégnation des moustiquaires en 1989. Le premier projet du Centre à cet égard a eu lieu en Tanzanie; il a exploré les possibilités d'utiliser le tissu fabriqué pour l'ensachage des produits agricoles pour en faire des courtines. En 1994, la Tanzanie accueillait la première conférence internationale sur les moustiquaires imprégnées, organisée conjointement par le CRDI et l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), avec le concours de l'Agence canadienne de développement international (ACDI). En 1997, le CRDI a appuyé la création d'un groupe de travail sur la lutte antipaludique en Afrique (Net Gain for Africa Task Force) afin d'accroître la disponibilité des moustiquaires imprégnées sur le continent. D'autres projets en ce sens ont été financés par le CRDI et l'ACDI, y compris la mise au point de la première trousse « maison » pour l'imprégnation des moustiquaires.

En Tanzanie, où a pris naissance la recherche sur cette trousse, l'investissement initial du CRDI a porté ses fruits comme en font foi les travaux de Population Services International (PSI), une ONG étasunienne. La trousse est un des principaux éléments du projet de marketing social des moustiquaires imprégnées lancé par PSI en Tanzanie en 1998. Ce projet, financé par le ministère du Développement international du Royaume-Uni, vise à susciter la demande de moustiquaires et de traitements aux insecticides, en particulier dans les régions rurales. La Tanzanie est ainsi devenue le premier pays d’Afrique à instaurer une stratégie nationale pour qu'un plus grand nombre de gens puissent dormir en paix sous des moustiquaires imprégnées d'insecticide.

Les recherches financées par le CRDI et l’ACDI, et par d’autres donateurs, démontrent clairement l’efficacité de ces moustiquaires. Au Kenya, par exemple, des essais cliniques comparatifs menés auprès de 60 000 personnes, dont 11 000 enfants, ont révélé que l’utilisation des moustiquaires imprégnées d’insecticide a permis de réduire de 33 % la mortalité chez les enfants de moins de cinq ans; de 44 %, le paludisme grave et de 41 %, les admissions à l’hôpital d’enfants atteints de paludisme. Des études mettant à contribution environ 20 000 personnes au Ghana et au Kenya indiquent que l’emploi généralisé des moustiquaires imprégnées pourrait sauver la vie de 500 000 enfants chaque année.

Les moustiquaires traitées sont un élément essentiel d’un vaste projet de recherche et de développement mené dans les districts de Morogoro et de Rufiji en Tanzanie. Le Projet d’interventions essentielles en santé en Tanzanie (PIEST) est une initiative conjointe du CRDI et du ministère de la Santé de la Tanzanie qui vise à améliorer la santé par la réforme du système de soins de santé, c’est-à-dire non pas en engageant des dépenses beaucoup plus élevées à ce chapitre, mais par une planification plus efficace des services là où les besoins se font le plus sentir.

La recherche révèle que le paludisme représente 30 % des années de vie perdues à la suite de décès ou de maladies dans les deux régions du projet. Pourtant, en 1996, 5 % seulement du budget de la santé étaient consacrés à la prévention et au traitement du paludisme. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas : les dépenses affectées au paludisme constituent 25 % du budget de la santé.

Ce n’est là qu’une des nombreuses mesures mises en œuvre pour tenter de régler les problèmes de santé publique. La priorité absolue parmi ces nouvelles interventions a été accordée à la prise en charge intégrée des maladies de l'enfant, approche qui porte sur le bien-être général de l'enfant. On s'attaque ainsi aux cinq principales maladies qui frappent les enfants : le paludisme, la pneumonie, la diarrhée, la rougeole et la malnutrition. D'autres interventions luttent également contre le paludisme, notamment les moustiquaires imprégnées d'insecticide et les médicaments visant à prévenir le paludisme durant la grossesse. Les résultats sont éloquents : le taux de mortalité infantile a diminué de plus de 40 %, pour passer, en 1997, d'environ 35 décès par tranche de 1 000 enfants à environ 20 décès/1 000 dans le district de Morogoro, et de 33/1 000 à 18/1 000 dans le district de Rufiji.

Une approche intégrée

Un grand nombre des récentes recherches sur le paludisme menées en Afrique sont axées sur l’amélioration de la santé publique en s’attaquant à la source du mal dans le milieu même, une méthode novatrice connue sous le nom d’approche écosystémique de la santé humaine, ou écosanté. On croit que le paludisme est apparu comme maladie virulente en même temps que l’agriculture, il y a environ 7 000 ans; les liens entre les pratiques culturales et le paludisme sont donc particulièrement importants.

Au Kenya, par exemple, le CRDI appuie des chercheurs du Centre international sur la physiologie et l'écologie des insectes (ICIPE) et de l’Institut international de gestion des ressources en eau (IWNI) qui instaurent des programmes de lutte contre le paludisme dans des villages rizicoles de la région de Mwea. Le parasite du paludisme est présent, à un moment ou un autre, dans le sang d’environ 20 % de la population; chaque jour, de 75 à 100 enfants meurent de cette maladie. Les mesures antipaludiques traditionnelles ont échoué. En collaboration avec les villageois, les chercheurs ont déterminé diverses mesures susceptibles de venir à bout du problème, notamment l’amélioration de la gestion des ressources en eau afin de réduire le temps de submersion des rizières et de cultiver des plantes plus nutritives. Le bétail, source de nourriture préférée des moustiques, est utilisé comme appât : les balles de riz font désormais partie de l’alimentation des animaux. L’introduction d’agents de contrôle biologiques dans l’eau stagnante pour détruire les larves de moustiques est une autre mesure efficace. Tout comme le sont les moustiquaires traitées à l’insecticide fournies aux groupes les plus vulnérables, en particulier les enfants et les femmes enceintes.

Un consortium formé par les Future Harvest Centres (centres de récolte de l’avenir) du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (GCRAI), nommé System-Wide Initiative on Malaria and Agriculture (SIMA), met en application les enseignements tirés du projet. SIMA a pour objectif de montrer, par la recherche et la formation, que les collectivités peuvent adopter diverses pratiques culturales susceptibles d’enrayer et de prévenir le paludisme – bref, revenir au gros bon sens des solutions agricoles séculaires. Le CRDI appuie le GCRAI depuis les années 1970 et participe avec SIMA au financement de la recherche sur les interactions complexes entre l’agroécosystème et la santé humaine.

À l’autre bout du continent, en Côte d’Ivoire, le nombre des maladies d’origine hydrique comme le paludisme augmente avec l’expansion de l’irrigation et de l’agriculture. Dans le village de Buyo, des chercheurs de l’université d’Abobo-Adjamé tentent de trouver des solutions à une foule de problèmes environnementaux et de santé. Dans le cadre d’un projet subventionné par le CRDI, ils ont découvert que les enfants et les femmes sont plus susceptibles de contracter le paludisme parce qu’ils passent un plus grand nombre d’heures à l’intérieur et à proximité de la maison. Ce sont souvent les premières sources de nourriture que les moustiques rencontrent, le soir, lorsqu’ils sortent des toits de chaume ou des corniches des maisons.

Le renforcement des capacités pour régler ces problèmes est un aspect important de l’appui du CRDI en Afrique et ailleurs dans le monde. Au cours des dernières années, le CRDI a parrainé plusieurs ateliers de formation sur les approches écosystémiques de la santé humaine et financé des projets de petites subventions.

D’autres approches

Au fil des ans, le CRDI a appuyé bien d’autres approches pour lutter contre le paludisme, notamment l’évaluation de médicaments de substitution dans les régions où le parasite de la maladie résiste de mieux en mieux à la chloroquine, le médicament le plus usité; des méthodes de lutte biologique ayant recours à des pesticides botaniques et à des bactéries qui détruisent les larves de moustiques; la mise au point du tout premier système d’information géographique sur le risque du paludisme en Afrique; la mise en application des résultats de la recherche sur les moustiques traitées à l’insecticide dans divers pays, dont le Bénin, le Ghana, la Gambie, la Tanzanie et le Kenya. Certains de ces projets ont été réalisés en collaboration avec d’autres donateurs comme l’ACDI et l’OMS.

2004-04-22