L'apprentissage informatique dans les écoles de la Colombie

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Bob Stanley

De jeunes techniciens en sarraus blancs, penchés sur leur table de travail où sont alignés une douzaine d'ordinateurs, procèdent à une batterie de tests. La scène pourrait se situer dans n'importe quelle entreprise de haute technologie du monde industrialisé. Elle se déroule en Colombie, pourtant, et ces techniciens sont des étudiants d'un collège technique qui travaillent à l'un des cinq centres de remise en état des ordinateurs du pays.

Les ordinateurs qu'ils vérifient font partie d'un projet de « recyclage », unique en son genre, qui vise à équiper d'ordinateurs des milliers de classes au pays.

Ces étudiants s'occupent de remettre à neuf les ordinateurs que des entreprises d'un peu partout en Colombie donnent au programme Computadores para Educar (CPE). Cette étape revêt une importance capitale dans un programme qui, en trois ans à peine, a réussi à installer près de 20 000 ordinateurs dans plus de 2000 écoles et bibliothèques du pays. Le programme CPE s'inspire de son pendant canadien, Des ordinateurs pour les écoles, mis sur pied avec l'appui d'Industrie Canada et qui connaît une grande popularité depuis ses débuts. Mais les deux programmes ont évolué et présentent aujourd'hui des différences notables.

L'acquisition d'une expérience précieuse

La plus grande différence tient à ce qu'au Canada, le programme est axé principalement sur la réparation et la remise à neuf des ordinateurs, rapporte Carlos Muñante du Connectivité et équité dans les Amériques, basé au Centre de recherches pour le développement international (CRDI) du Canada. « Au Canada, beaucoup d'enfants ont accès à un ordinateur en dehors de l'école. En Colombie, on est loin de cela. » Une récente étude de cas sur la mise en application du programme CPE, parrainée par l'ICA, apporte une précision. « En Colombie, le programme s'est inspiré du modèle du Nord, mais il a été soumis à un procédé de " tropicalisation " afin de l'adapter à la réalité du Sud. »

Ce procédé comporte évidemment la remise à neuf. Cinq centres ont cette vocation dans tout le pays, le plus grand étant situé à Bogotá. Pour minimiser les coûts — environ 60 $US par ordinateur — les étudiants du SENA  (Servicio Nacional de Aprendizaje) sont tenus de consacrer tout un semestre à la remise en état d'ordinateurs dont CPE a hérité. Étant donné l'arrivée continue d'ordinateurs d'occasion, les étudiants du service national d'apprentissage peuvent acquérir une expérience qui leur sera précieuse. Leur intervention est efficace : 3,6 % seulement des ordinateurs remis à neuf présentent des défectuosités.

Avant d'installer les ordinateurs dans les écoles, il faut aménager les lieux pour en assurer la sécurité, vérifier si un système d'alimentation électrique fiable a été mis en place et si l'espace est suffisant pour les ordinateurs et d'autre matériel, comme les imprimantes. Pendant ce temps, les enseignants suivent une formation sur le fonctionnement des ordinateurs et leur utilisation comme outil pédagogique. Ce sont des étudiants d'université qui assurent cette formation. De plus, dans chaque établissement scolaire, une personne est formée pour devenir la « spécialiste en informatique » de l'école.

La clé du succès

La disponibilité de logiciels en espagnol ne pose pas problème, souligne Muñante. Les systèmes d'exploitation Windows et les programmes d'application de Microsoft comportent des versions espagnoles et on a accès gratuitement à une foule d'auxiliaires didactiques sur Internet.

Encore faut-il disposer d'ordinateurs. Heureusement, le secteur public et l'entreprise privée alimentent régulièrement CPE en ordinateurs désuets et leurs dons se multiplient. Plus de 600 entreprises, dont les trois quarts sont du secteur privé, participent au programme. En outre, les chambres de commerce locales offre leur aide et des locaux pour l'entreposage et la remise à neuf du matériel.

La clé d'un succès aussi rapide c'est la volonté politique, de dire Muñante. « L'initiative émane directement de la présidence, du bureau de la première dame. La volonté politique est manifeste et c'est là le véritable moteur du programme. »

Des mesures incitatives

Le lancement de CPE s'est accompagné d'une campagne de publicité massive dans les médias. Et les mesures incitatives offertes ont trouvé preneur auprès des entreprises. Non seulement les donateurs bénéficient-ils d'un dégrèvement fiscal pour chaque appareil donné, mais ils obtiennent un rabais du fabricant lorsqu'ils achètent de nouveaux ordinateurs.

La conjugaison des efforts volontaires et des mesures incitatives fait de CPE un programme à la fois efficace et peu coûteux, affirme Muñante. Le budget annuel que le gouvernement lui consacre n'est que de 4,5 millions $, soit une fraction du coût réel de l'installation d'ordinateurs dans 2000 écoles. L'an dernier, une vérification a été menée pour s'assurer que le programme était géré efficacement et que tout se déroulait sans anicroches. CPE a passé l'épreuve haut la main.

Surmonter les difficultés

Néanmoins, un programme de cette envergure ne va pas sans difficulté. Dans certaines écoles, le réseautage de même que l'accès à une source d'alimentation sûre et à Internet font toujours problème. Le réseau n'est pas encore disponible dans toutes les villes et tous les villages de la Colombie. Il arrive toutefois que des enseignants aient accès à Internet à la maison et puissent télécharger des documents pour les apporter en classe.

Un mécanisme de suivi et d'évaluation continus a été mis en place pour déceler toute imperfection dans le programme et trouver moyen d'y remédier, explique Muñante. Et les donateurs continueront d'écouler vers CPE les ordinateurs vétustes ou hors d'usage.

Trois ans c'est bien peu pour évaluer les avantages qu'ont tirés les étudiants de l'accès à des ordinateurs en classe, mais pour les 750 000 jeunes Colombiens qui en ont fait l'expérience, l'école est déjà beaucoup plus intéressante.

L'enthousiasme a gagné d'autres pays de la région lorsqu'ils ont constaté l'immense succès du programme. Les autorités équatoriennes se sont mises en rapport avec l'équipe de CPE en Colombie pour discuter du transfert des connaissances et de la mise en œuvre de CPE en Équateur. L'ICA, en collaboration avec Industrie Canada, qui a parti le bal, compte organiser un événement régional en Argentine pour y faire connaître le programme colombien.

Bob Stanley est un rédacteur pigiste d'Ottawa.