L’agriculture urbaine ou cultiver des aliments en ville

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Division des communications, CRDI

Les citadins cultivent leurs propres aliments depuis des millénaires. Ce n’est que depuis le milieu des années 1990, toutefois, que le concept d’agriculture urbaine est officiellement devenu l’objet de recherches et de politiques publiques. Le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), organisme canadien, a joué un rôle de premier plan dans l’émergence de cette nouvelle discipline et la sensibilisation à son égard.

Dans un article paru dans le numéro 25 de la revue Urban Agriculture (intitulé « RUAF 10 years »), Luc Mougeot, administrateur de programme au CRDI et spécialiste de l’agriculture urbaine, fait le point sur les réalisations de ce jeune domaine et les défis auxquels ses praticiens font face. 

Un rôle de chef de file

Avant les années 1990, c’était surtout le milieu universitaire qui s’intéressait à l’agriculture urbaine non réglementée, et les chercheurs examinaient souvent l’agriculture urbaine principalement du point de vue de l’économie non structurée. La hausse des coûts de l’énergie et du prix des aliments, la rareté de l’eau et les préoccupations au sujet de l’innocuité des aliments ont par la suite incité les chercheurs à examiner l’agriculture urbaine sous d’autres angles, notamment ceux de la sécurité alimentaire, de l’écodéveloppement et de l’autonomie. Encore plus tard, on s’est intéressé à la gestion de l’environnement en milieu urbain et à des questions associées à la durabilité comme le recyclage des déchets.

Au début des années 1990, les organismes d’aide au développement ont commencé à mettre l’agriculture urbaine à leur programme. Luc Mougeot estime que la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement (CNUED), qui s’est déroulée à Rio de Janeiro en 1992, est à l’origine de cette attention croissante accordée à l’agriculture urbaine. Dans son plan d’action, intitulé Action 21, la CNUED encourageait les gouvernements locaux à participer à la gestion de l’environnement en milieu urbain.

La même année, explique Luc Mougeot, le Programme des Nations Unies pour le développement a invité le CRDI à être un chef de file en ce qui concerne l’agriculture urbaine. Les efforts que le Centre y a consacrés ont été tels qu’elle est devenue un programme de travail à part entière, à savoir une initiative de programme qui avait justement pour nom Agriculture urbaine et qui a connu deux cycles de programmation (de 1996 à 2005). 

Des efforts qui ont porté leurs fruits

Également au cours de cette décennie, des gouvernements locaux dans le monde entier ont commencé à s’intéresser à l’agriculture urbaine et à soulever le sujet dans des forums internationaux, en particulier l’Organisation des Nations Unies (ONU). Ce virage a eu pour effet indirect important de rendre le système de l’ONU plus ouvert à l'idée que la mise en oeuvre de ses propres initiatives passe par des gouvernements locaux plutôt qu’uniquement par des gouvernements nationaux.

Le domaine a connu un essor rapide à la suite de la tenue de la réunion de planification d’un groupe de soutien de l’agriculture urbaine (SGUA) au siège du CRDI en 1996. De nombreuses initiatives visant à faire reconnaître l’agriculture urbaine, à assurer son rayonnement et à établir des alliances ont vu le jour, et elles ont bientôt porté leurs fruits.

Une action à l’échelle mondiale

Le CRDI et d’autres ont soutenu la création d’un réseau mondial essentiel, celui des centres de ressources pour l’agriculture urbaine et la sécurité alimentaire (Fondation RUAF). La Fondation RUAF encourage la planification des politiques, l’organisation des agriculteurs et le développement des affaires en ce qui concerne l’agriculture urbaine. Elle offre formation, soutien technique et conseils en matière de politiques, en particulier aux gouvernements locaux et nationaux, aux organisations de producteurs et aux organisations non gouvernementales.

En outre, le CRDI et d’autres bailleurs de fonds ont financé les travaux sur le terrain d’étudiants des cycles supérieurs, des cours régionaux et la recherche sur les politiques. De plus, tant l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture qu’ONU-Habitat ont précisé leurs politiques sur l’agriculture urbaine et renforcé leur programmation à cet égard.

Ce ne sont là que quelques-uns des nombreux projets et programmes qui pourraient être cités en exemple. Au cours des quinze dernières années, il y a eu un accroissement et une convergence sans précédent sur le plan du renforcement des compétences et des capacités, du réseautage et du plaidoyer en faveur d’initiatives régionales et mondiales en matière de recherche et de politiques, résume Luc Mougeot.

Des progrès appréciables

Luc Mougeot classe les réalisations de l’ensemble de ces activités en quatre grandes catégories : 

  • l’augmentation de la capacité de recherche et du leadership en recherche, y compris la diversification des champs disciplinaires en agriculture urbaine (planification urbaine, aménagement paysager, génie, etc.);
  • un certain nombre de changements sensibles dans l’approche adoptée pour la recherche sur les politiques, par exemple le passage de projets menés dans une seule ville à des projets menés dans plusieurs villes;
  • davantage de travaux de recherche et de politiques visant la résolution de problèmes précis plutôt que la simple collecte de données;
  • l’adoption d’une stratégie de durabilité plus globale qu’avant, c’est-à-dire qui ne se concentre plus exclusivement sur l’agriculture et la réduction de la pauvreté. 
La détermination de la valeur réelle

Malgré les nombreuses réalisations – dans un laps de temps relativement court, de surcroît –, il reste à résoudre de nombreuses questions en matière de recherche et de politiques. 

Comment, par exemple, les systèmes d’approvisionnement locaux de l’agriculture urbaine pourraient-ils concurrencer les grandes multinationales de l’alimentation ? 

Comment peut-on intégrer l’agriculture urbaine aux immeubles urbains modernes ? Peut-on concevoir des immeubles de grande hauteur où l’on pourra faire de l’élevage ? 

Et surtout, comment peut-on déterminer de façon crédible la valeur économique réelle de l’agriculture urbaine – sur le plan de l’emploi, du revenu, de l’évitement de coûts, et de l’utilisation productive des personnes, de la terre et des ressources –, et communiquer tous ces avantages aux responsables de politiques ?

Lire l’article de Luc Mougeot, intitulé « International Support to Research and Policy on Urban Agriculture (1996-2010): achievements and challenges ».

Photo : IDRC/Louise Guénette

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Dans la collection un_focus du CRDI, Cultiver de meilleures villes : agriculture urbaine et développement durable 

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