La vulnérabilité aux changements climatiques, une expérience concrète à Madagascar

Adaptation aux changements climatiques en Afrique

Madagascar, la quatrième plus grande île au mon­de, héberge une multitude de formes de vie qu’on ne trouve nulle part ailleurs sur la planète. Dans la plupart des cas, cette biodiversité est extrêmement vulnérable aux changements climatiques, tout comme l’agriculture pluviale, la pêche et la foresterie, qui assurent la subsistance des 20 millions d’insulaires.
 
Jusqu’ici, les décideurs qui mettent en oeuvre le plan d’action national sur l’adaptation aux changements climatiques à Madagascar ne pouvaient pas savoir, faute d’informations précises sur les dimensions spatiales de la vulnérabilité aux changements climatiques, quels sont les facteurs auxquels les personnes ou les ressources sont vulnérables, et où c’est le cas. Un projet mené par l’Univer­sité d’Antananarivo, à Madagascar, examine la vulnérabilité et les approches d’adaptation dans le secteur agricole de l’île. À partir des résultats de ses recherches, l’équipe a été invitée à produire un texte sur la vulnérabilité des systèmes agraires à l’occasion de la deuxième communication natio­nale de Madagascar en vertu de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques.
 
En plus de rehausser la qualité de l’information sur la vulnérabilité aux changements climatiques, le projet fa­vorise le dialogue entre les groupes à risque, les décideurs et les chercheurs. Des groupes de réflexion mis sur pied à l’échelle locale et régionale en 2008–2009 permettent des échanges sur la vulnérabilité et sur les stratégies de réduction des risques, et l’équipe du projet travaille à la production d’une série d’études de vulnérabilité et de cartes. Sept groupes de réflexion locaux réunissant des chercheurs et des acteurs communautaires ont ainsi été formés. Chacun des groupes est constitué de 20 hommes et femmes représentant les divers secteurs agricoles.
 
Lors d’une première série de sept ateliers organisés à l’échelle locale, les participants ont échangé leurs impressions sur les changements climatiques et leurs répercussions sur les systèmes agricoles. De façon générale, et ce, pour tous les groupes, les représentants du milieu rural établissent une nette distinction entre le climat « d’aujourd’hui » et celui « d’avant ». Pour certains, les changements se produisent progressivement, tandis que pour d’autres, des transformations radicales surviennent après des événements déterminants tels que des cyclones violents. Les agriculteurs pensent que la détérioration de l’environnement – et surtout la déforestation rapide – en est une cause sous-jacente. Pour d’autres acteurs ruraux, les changements sont attribuables à un manque de respect pour les valeurs traditionnelles. Ils perçoivent également des conséquences négatives sur les savoirs traditionnels, l’équivalent selon eux de la perte de leur pouvoir sacré. Dans la région d’Alaotra, par exemple, les gens ont raconté que les « sorcières » locales pouvaient jadis faire tomber la pluie à volonté, mais qu’elles en sont maintenant incapables.
 
Mieux comprendre les points de vue locaux au sujet des changements climatiques n’est qu’un élément parmi les efforts de l’équipe pour dresser un portrait synthèse de la vulnérabilité liée au climat et des risques pour les systèmes agraires. Ces groupes de réflexion ont pour tâche de valider les expériences à l’échelle locale, tout en per­mettant aux chercheurs d’échanger avec les collectivités leurs résultats sur les changements biophysiques observés et sur les autres phénomènes mesurables. Afin de mettre à contribution les responsables des politiques et de rehausser le niveau du dialogue, des groupes de réflexion sont établis à l’échelon régional pour réunir les décideurs, les groupes de soutien travaillant sur les changements climatiques et l’agriculture ainsi que des représentants des sept groupes de réflexion locaux. Au bout du compte, cette nouvelle vision commune de la vulnérabilité permet­tra aux chercheurs d’élaborer des stratégies d’adaptation correspondant aux risques et aux priorités définis par les membres des collectivités.

À l'affiche: Lilia Rabeharisoa  - Université d’Antananarivo

Lilia Rabeharisoa, Chargée de projet, Université d’Antananarivo (Madagascar)En tant que chargée du projet Vulnérabilité et adaptation aux changements climatiques des systèmes agraires à Madagascar, Lilia Rabeharisoa connaît les difficultés auxquelles les collectivités locales font face, et elle sait à quel point elles ne peuvent compter que sur leurs propres initiatives dans ce contexte.
 
Le besoin le plus pressant est d’accroître la productivité afin de parvenir à la sécurité alimentaire. Mme Rabeharisoa souligne que les décideurs locaux n’ont pas les fonds nécessaires pour aider les agriculteurs à faire face au problème fondamental de la rareté de l’eau pour la riziculture : « Beaucoup de producteurs ruraux n’ont besoin que d’un financement de départ et de conseils techniques pour lancer leurs propres initiatives et pour s’organiser. Mais comme l’État n’est pas en mesure d’offrir tous les moyens nécessaires pour bien mettre en oeuvre les idées des agriculteurs, d’autres solutions, tel le soutien de bailleurs de fonds internationaux et privés, sont essentielles à leur réussite. »
 
En dépit des difficultés, Mme Rabeharisoa envisage l’avenir avec espoir. Selon elle, l’adaptation aux changements climatiques a son bon côté, puisqu’elle sert de moteur pour le développement de pratiques novatrices, comme l’agriculture de conservation. Elle ajoute que, de tous les pays de l’océan Indien, Madagascar présente le meilleur potentiel pour devenir un chef de file en agriculture.
 
« Ma vision la plus optimiste ? Voir Madagascar atteindre l’autosuffisance alimentaire dans 10 ans, avoir un système agricole entièrement adapté dans 20 ans et devenir le grenier de la région dans 50 ans. »

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