La transformation de la santé des mères et des enfants à l'échelle mondiale : une affaire de passion, d'engagement et de recherche

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Jenn Campbell

​Cinq chercheurs subventionnés par le CRDI et qui s'intéressent aux systèmes de santé parlent de la façon dont leurs travaux améliorent les soins de santé primaires pour les mères et les enfants, et transforment les politiques dans leurs propres pays et partout dans le monde : John Agatuba, Aissa Diarra, Clara Juárez, Nunik Kusumawardani and Moses Mulumba.

Sharmila Mhatre, directrice du programme Santé des mères et des enfants du CRDI, estimait important de faire connaître à un public canadien les expériences de ces cinq chercheurs. À la suite de la participation des chercheurs à la 22e Conférence canadienne sur la santé mondiale, en novembre 2015, à Montréal, Mme Mhatre « voulait que les Canadiens apprennent comment une institution canadienne fait changer les choses sur le terrain. »

« La recherche n'est pas confinée aux laboratoires. Les chercheurs sont des personnes qui ont elles-mêmes vécu et souffert. Ils travaillent maintenant dans leurs propres pays et veulent redonner à leur collectivité pour participer à la création d'un monde meilleur. »

Le pouvoir de la recherche

Bien que chacun ait choisi sa propre voie, ces chercheurs poursuivent un but commun : mieux comprendre les problèmes de santé auxquels sont confrontés les femmes et les enfants dans les pays à faible revenu et les pays à revenu intermédiaire.

« La santé est une chose à laquelle les Canadiens peuvent s'identifier, a dit Mme Mhatre. Les propos des chercheurs témoignaient d'une merveilleuse intégration du cœur et de l'esprit. On a choisi ces chercheurs en raison de la qualité de leurs travaux, mais aussi dans le cadre du soutien offert par le CRDI aux chefs de file émergents. Leurs récits illustrent la capacité qu'a la recherche de transformer la vie des personnes les plus vulnérables, voire des chercheurs eux-mêmes. »

Les chercheurs subventionnés par le programme Santé des mères et des enfants du CRDI s'intéressent aux causes profondes des inégalités et à la façon dont les systèmes de santé pourraient mieux répondre aux besoins des femmes et des enfants. La santé des mères, des nouveau-nés et des enfants est l'une des principales priorités du Canada en matière de développement. Malgré les progrès des deux dernières décennies, près de 800 femmes par jour meurent de complications pendant la grossesse ou l'accouchement; 29 000 enfants de moins de 5 ans meurent de causes évitables.

Visitez le site Soutien du CRDI à la santé des mères et des enfants pour en apprendre davantage à ce sujet.


Étendre la couverture santé aux populations vulnérables

John Agatuba sait ce que signifie l'extrême pauvreté. « J'ai connu le véritable sens du dénuement, de la faim et d'un mauvais état de santé », a dit le chercheur sud-africain, spécialiste de la santé des mères et des enfants.

M. Agatuba, chargé de cours principal en économie de la santé à l'Université de Cape Town, était l'un des cinq chercheurs en santé mondiale subventionnés par le CRDI qui ont partagé leurs expériences avec un public captivé au siège du CRDI à Ottawa, en novembre. « Enfant, je me demandais pourquoi certaines personnes avaient des biens et d'autres n'avaient rien. »

M. Agatuba a été l'un des chanceux. Ses parents accordaient de l'importance à l'éducation, de sorte qu'il a pu fréquenter l'école, mais une école qu'ils avaient les moyens de payer. C'est donc dire qu'au départ, les universités lui étaient inaccessibles.

Sa persévérance lui a permis d'obtenir une bourse pour fréquenter une des principales universités de l'Afrique; c'est alors qu'il a dû surmonter un nouveau défi. « J'ai perdu ma mère à mi-parcours de mes études de maîtrise, en raison des lacunes du système de soins de santé nigérian. Le [message] sous-jacent était que si vous n'en avez pas les moyens, vous ne le méritez pas. »

Cette expérience l'a amené à aborder les inégalités en matière de santé par l'entremise de sa recherche. « [Je m'intéresse aux] populations vulnérables, y compris les femmes et les enfants », a-t-il dit en ajoutant  que 260 mères, nourrissons et enfants meurent chaque jour en Afrique du Sud. Ses travaux de recherche sur l'élargissement de la couverture santé universelle en Afrique, financés par le CRDI, l'ont aidé à éclairer le nouveau programme national d'assurance-santé en Afrique du Sud.

John Agatuba se raconte


Mettre en avant le soin des patients aux premières lignes du système de santé au Niger

Aissa Diarra a dit avoir découvert l'anthropologie de la santé au cours de ses études de médecine. Chercheuse au Laboratoire d'Étude et de Recherches sur les Dynamiques Sociales et le Développement Local (LASDEL) du Niger, Mme Diarra a vite constaté qu'il s'agissait de la meilleure façon d'améliorer le soin des patients, une dimension qui l'avait contrariée en première ligne.

Son premier projet avec le CRDI a porté sur le libre accès aux services de santé au Niger. « Sur le plan scientifique, ce fut une expérience enrichissante qui a aussi permis d'exercer une influence sur les discussions en matière de politiques », a-t-elle dit.

Elle a aussi mené une étude sur la satisfaction des utilisatrices et des fournisseurs de soins de santé dans une maternité au Niger. Ses résultats ont convaincu la direction d'améliorer l'équipement au sein du service. Le CRDI finance ses travaux sur les normes relatives à la pratique des sages-femmes et sur les réformes à mettre en œuvre au Niger.

La recherche, dit Mme Diarra, n'est pas une « entreprise de tout repos ».

« En raison des préjugés dont font l'objet les femmes, on remet en question mon aptitude à mener des enquêtes. Je sais que le moindre échec me perdra. » Or, cette expérience n'a fait que l'inciter encore davantage à mener des recherches qui ouvriront la voie à des progrès dans son domaine.

Aissa Diarra se raconte


Améliorer le sort des femmes autochtones au Mexique

Clara Juárez,chercheuse et professeure à l'Instituto Nacional de Salud Pública, au Mexique, étudie la façon dont la pauvreté, l'itinérance et la violence familiale influent sur l'accès aux services de santé et sur leur utilisation. De nombreux cas l'ont touchée, mais celui d'Emilia l'a particulièrement marquée. Victime de mauvais traitements de la part de son mari, Emilia « vivait les fers aux pieds, telle une esclave. »

La peur empêchait tant la famille d'Emilia que celle de son mari de signaler ces mauvais traitements aux autorités. Or, la violence n'a fait que s'intensifier. Un jour, après avoir reçu plusieurs coups à l'estomac, Emilia a fait une fausse couche.

« Malheureusement, cette situation est le lot de nombreuses femmes », a dit Mme Juàrez, qui ajoute que les femmes autochtones sont encore plus défavorisées  puisque la langue et l'analphabétisme entravent la communication avec les travailleurs de la santé. « Leurs chances de mobilité sociale sont quasi inexistantes », a-t-elle ajouté.

Sa recherche sur le recours restreint des populations autochtones à de tels services l'a amenée à conclure que la « société civile est un facteur clé ». Le CRDI subventionne ses travaux sur la qualité des soins de santé pour les collectivités autochtones au Mexique, au Pérou et en Argentine.

Clara Juárez se raconte


Combler l'écart entre les patients et les professionnels de la santé.

Nunik Kusumawardani, chercheuse au National Institute of Health Research and Development, en Indonésie, a raconté l'histoire d'une femme enceinte, âgée de 19 ans, qui a consulté un guérisseur traditionnel après avoir éprouvé des douleurs au cours de son dernier trimestre. Le bébé était dans la mauvaise position et le guérisseur a renvoyé la femme à la sage-femme du village, qui est arrivée trop tard.

Cette histoire a inspiré Mme Kusumawardani à étudier les moyens de prévenir la mortalité infantile dans les villages. Elle préconise davantage de communication et de compréhension entre les intervenants en santé des mères et des enfants, les chefs de file des groupes religieux et ethniques, et les familles.

Le système de santé des mères et des enfants de l'Indonésie doit aussi pouvoir compter sur des contributions durables et concertées de multiples secteurs de l'administration gouvernementale, notamment l'éducation, l'aide sociale, les transports, l'agriculture et les finances, a-t-elle dit. « Autrement dit, la priorité accordée à la santé dans l'ensemble des [secteurs des] politiques est en fait cruciale pour améliorer le développement de la santé en général. » 

Le CRDI appuie les efforts de son équipe pour améliorer la prestation des services, combler les lacunes en matière de santé et mettre en place des démarches d'établissement des priorités pour les dépenses en santé.

Nunik Kusumawardani se raconte


Lutter en faveur des droits maternels par l'entremise du système juridique de l'Ouganda

Moses Mulumba a grandi dans un petit poste de soins infirmiers dirigé par sa mère; il se souvient avoir vu des femmes et des enfants qui avaient besoin de traitements, mais qui arrivaient difficilement à les payer.M. Mulmba, aujourd'hui directeur général du Center for Health, Human Rights and Development (CEHURD), en Ouganda, n'a jamais oublié cette expérience tout au long de ses études de droit.

Après qu'il fut devenu avocat, son organisme s'est associé à d'autres groupes pour saisir les tribunaux au nom de Sylvia Nalubowa, qui avait manqué d'argent pour payer les frais hospitaliers à acquitter pour l'accouchement de son deuxième jumeau. Malgré son engagement à acquitter les frais de 15 USD — en mettant en garantie sa terre, ses poules et ses cochons pour obtenir les soins indiqués — on a fait fi de ses appels. Sylvia est morte, de même que son enfant à naître.

En fin de compte, la requête présentée au tribunal a été acceptée. Le refus de fournir des soins de santé maternelle de base dans les établissements de santé gouvernementaux est maintenant considéré comme une violation des droits des femmes. Ce jugement a eu des effets prononcés sur le système de santé de l'Ouganda : des vérifications permettent maintenant de déterminer les causes des décès maternels et les maternités seront rénovées.

Le CRDI subventionne des recherches sur l'équité en santé en Afrique orientale et australe.

Moses Mulumba se raconte

Jenn Campbell est rédactrice à Ottawa.