La transformation de la Chine rurale

14 juillet 2011
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Colin Campbell
En 20 ans de voyage dans les régions rurales de la Chine, Sam Ho a été témoin de changements spectaculaires avec la construction d'autoroutes et d'usines dans les campagnes. Aujourd'hui, le chercheur canadien dirige une importante étude sur la transformation de la Chine rurale.

Ho a commencé à voyager en Chine alors que le pays entreprenait les rapides réformes économiques et sociales qui devaient donner lieu à la création d'une économie plus libérale. Le relâchement du contrôle de l'État sur l'économie – amorcé dans les années 1980 et intensifié dans les années 1990 – a accéléré l'industrialisation des régions rurales et, plus récemment, la privatisation des entreprises collectives rurales. ​

Les campagnes se transforment à vue d’oeil

« Les visiteurs qui traversent la campagne chinoise peuvent constater à quel point l'utilisation des terres a changé », affirme Ho. « C'est le résultat de la prolifération des autoroutes et d'une croissance tardive mais très rapide de l'urbanisation et de l'industrialisation rurale. »

Dans ce pays de 1,2 milliard de personnes dont 65 p. 100 vivent en milieu rural, les changements dans les campagnes sont lourds de conséquences. La Chine manque de connaissances sur l'évolution précise de l'utilisation des terres et ses répercussions sur les travailleurs agricoles. Cette lacune a poussé Ho à étudier la transformation de la Chine rurale au Centre de recherches sur la Chine de l'Université de la Colombie-Britannique.

L’utilisation des terres a changé

« Jusqu'à tout récemment, on ne pouvait se fier qu'aux observations fortuites – en conduisant à travers la campagne, on constatait des changements et on savait qu'il s'était passé quelque chose – mais il n'y avait aucun moyen de savoir, par exemple, que ''10 p. 100 des terres étaient passées d'un type d'utilisation A à un usage B'' », déclare Ho. L'évolution de l'utilisation des terres revêt une importance particulière en Chine où la population tout entière dépend de la culture de 10 p. 100 des terres seulement pour s’approvisionner en denrées alimentaires. « Tout changement qui destine des terres agricoles à des usages non agricoles soulève de graves inquiétudes », poursuit Ho.

Bien que des efforts aient été faits pour répertorier les changements au chapitre de l'utilisation des terres, l'étude de Ho va plus loin; elle porte non seulement sur l'évolution de l'utilisation des terres, mais aussi sur les facteurs sous-jacents à ces changements. Elle examine également le système sur lequel se fonde la gestion des terres en Chine. « Nous ne nous sommes pas uniquement intéressés à la manière dont l'utilisation des terres a changé, mais encore au régime foncier qui en a découlé – autrement dit, aux institutions, aux lois et aux règlements qui régissent la gestion des terres. » Le marché foncier a été l'un des derniers marchés à faire son apparition en Chine, ce nouveau régime permettant que la loi du marché détermine la répartition des terres et non plus simplement l'État.

Les décideurs font face à de nouveaux défis

L'étude de Ho pourrait donner un aperçu dont on avait grand besoin sur le système d'utilisation des terres dans la Chine rurale. Elle devrait aussi fournir de l'information aux décideurs chinois, selon Stephen Tyler, agent de programmes au Centre de recherches pour le développement international (CRDI) à Ottawa, qui a financé cette étude. « Il y a plein de possibilités dont les Chinois n’ont jamais fait l’expérience dans ce pays », fait valoir Tyler, rejoint à son bureau de Victoria, en Colombie-Britannique. « Une expérience importante à acquérir parce que le gouvernement chinois doit élaborer des politiques pour faire face aux conséquences de ce genre de développement. »

La migration intérieure est une des conséquences évidentes du développement, comme Ho a pu le constater dans ses déplacements. Dans certaines régions de la Chine, la migration a été telle que seules les personnes très âgées ou très jeunes travaillent encore sur les terres, souligne-t-il. Bon nombre des travailleurs agricoles ont été attirés par le secteur industriel en pleine croissance.

Des portes s’ouvrent grâce aux partenaires de recherche chinois

Ho n'est pas le seul chercheur à s'être penché sur la réforme rurale en Chine. Il a formé un partenariat avec des chercheurs chinois des provinces de Jiangsu et de Shandong ainsi qu'avec des chercheurs de Hong Kong, de l'University of Northern British Columbia à Prince George, en Colombie-Britannique, et de l'Université de Winnipeg.

Cette entente a eu des avantages stratégiques non négligeables. Bien que la réforme rurale suscite de plus en plus d'intérêt, la Chine ne voit pas sans réserves l'arrivée des chercheurs étrangers, surtout ceux qui espèrent parcourir les campagnes en vue de sonder les travailleurs agricoles – une des façons dont Ho a recueilli son information.

« Les Chinois ont des règlements très rigoureux en ce qui concerne les sondages, en particulier en milieu rural. Lorsque nous avons commencé le projet, il était interdit aux chercheurs étrangers de mener des enquêtes dans les régions rurales. Nous avons fait les sondages en collaboration avec nos partenaires chinois », explique Ho.

L'étude du milieu rural pourrait devenir encore plus difficile avec la privatisation des entreprises rurales. « Avant la réforme, une fois qu'on avait obtenu la permission d'effectuer un sondage, la plupart des entreprises étaient prêtes à nous accueillir. Aujourd'hui, comme les entreprises occidentales, les entreprises privatisées en Chine sont beaucoup moins disposées à répondre aux questions des universitaires », affirme Ho.

Peut-être les études sur le milieu rural et le secteur industriel en Chine devront-elles à l'avenir se fonder moins sur les entrevues et les sondages mais davantage sur l'information publiée, comme les données des recensements menés plus régulièrement en Chine.

Colin Campbell est rédacteur pigiste à Ottawa.

2002-05-03