La Tanzanie marque des points dans la lutte contre le paludisme

Maureen O'Neil
Alexander Soucy a bien raison de relever que les moustiquaires imprégnées d’insecticides et les médicaments antipaludiques abordables sont des leviers essentiels de la lutte mondiale contre le paludisme (« An easy way to save three million lives », le 26 avril).

Le Canada joue un rôle de premier plan en ce qui concerne ce type de mesures. En 1994, l’ACDI et un autre organisme canadien, le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), ont participé, avec l’Organisation mondiale de la santé, au financement d’essais à grande échelle portant sur l’efficacité des moustiquaires imprégnées d’insecticides. Les essais furent concluants, et dès l’an 2000, on fit des moustiquaires imprégnées la pierre angulaire de la stratégie de prévention du paludisme en Afrique.

Par ailleurs, des initiatives que le Canada a financées en Tanzanie ont prouvé hors de tout doute que des mesures antipaludiques efficaces peuvent faire chuter les taux de mortalité. Ainsi, le Projet d’interventions essentielles en santé en Tanzanie (PIEST), un ensemble de réformes du système de santé, a permis de recibler les budgets de la santé de certains districts vers la prévention et le traitement de maladies posant un risque majeur, comme le paludisme — principalement par la distribution de moustiquaires et l’administration de médicaments antipaludiques. Ces mesures ont eu des résultats éloquents : dans les districts visés, la mortalité infantile a diminué de plus de 40 %.

Aujourd’hui, une véritable « culture » d’utilisation des moustiquaires est en voie de s’instaurer en Tanzanie. Alors que les moustiquaires imprégnées y étaient auparavant rares, les Tanzaniens en ont acheté plus de 2,3 millions uniquement en 2004. Étant donné qu’il a été prouvé qu’elles contribuent à réduire le risque de paludisme de moitié, on s’emploie à en munir les femmes enceintes, qui sont vulnérables au paludisme, au moyen d’un système de coupons qui leur permet de s’en procurer une gratuitement.

De telles mesures méritent un plus grand appui de la communauté internationale et devraient être reprises dans d’autres pays où le paludisme constitue un problème de santé publique. Les faits démontrent que le paludisme, dont il faudra bien reconnaître qu’il s’agit de l’une des maladies les plus meurtrières de notre temps, peut être combattu au moyen de solutions peu coûteuses et souvent fort simples.

Maureen O'Neil, Présidente
Centre de recherches pour le développement international

 
Lettre de la présidente du CRDI, Maureen O'Neil, que le quotidien Ottawa Citizen a publiée dans son courrier des lecteurs du 1er mai 2005 (sous le titre original « Tanzania gaining in the war against malaria »).