La sécurité alimentaire dans la région MENA, l’impérative relance de l’agriculture

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Ali Daoudi
Les pays de la région MENA connaissent un déficit alimentaire structurel qui tend à s’accentuer. La dépendance des pays de la région des importations alimentaires devrait passer de 56 % en 2000 à 63 % à l’horizon 2030 (Banque mondiale), à cause de l’accroissement déséquilibré de l’offre et la demande.  La volatilité des prix des produits alimentaires, notamment depuis 2007, rend encore plus complexe la question de la sécurité alimentaire pour les pays de la région.

Si la plupart des spécialistes recommandent, à juste titre, une approche globale de la sécurité alimentaire qui prend en compte toutes les composantes du système alimentaire affectant à la fois l’offre et la demande alimentaire, il est clair que le principal point faible de la région réside dans son agriculture. Les agricultures des pays de la région sont hétérogènes et se composent généralement de sous-secteurs modernes très performants, mais de taille relativement faible, et de sous-secteurs beaucoup plus importants mais nettement moins performants. Handicapées par de nombreuses contraintes naturelles (rareté de l’eau et des terres cultivables) et socioéconomiques (morcellement des terres, faible organisation des marchés et accès insuffisant aux services), ces agricultures peinent à atteindre des niveaux de performances productives comparables à ceux enregistrés par les pays qui ont réussi leur révolution agricole. Relever le défi de la sécurité alimentaire passe nécessairement par l’amélioration durable des performances, quantitatives et qualitatives, d’une agriculture encore majoritairement extensive.

La question du modèle de développement à adopter pour intégrer durablement toutes les catégories d’exploitations agricoles dans une dynamique de croissance inclusive et durable, se pose pour tous les pays de la région. Construire des modèles technico-économiques et organisationnels de développement agricole qui tiennent compte des atouts et des contraintes des différents territoires agricoles des pays de la région, est le défi à relever pour gagner le pari de la sécurité alimentaire. L’émergence de ces modèles nécessite la conjugaison, dans la durée, des efforts de tous les acteurs (pouvoirs publics, secteur privé, société civile et recherche). La recherche a un rôle central dans ce processus de renouvellement de l’économie agricole; elle doit participer à la production d’innovations techniques, organisationnelles et institutionnelles indispensables à cette transition qualitative. C’est dans cette perspective que s’inscrivent mes travaux de recherche qui alternent approche réflexive et compréhensive et approche développement. À mon avis, deux grands axes de recherche sont intéressants, particulièrement :
  • les modes d’accès aux ressources productives (marché, allocation de l’État, contrat, etc.) et l’efficacité des mécanismes de coordination qui leur sont sous-jacents;
  • stratégies des acteurs et conditions de développement de l’action collective dans l’agriculture.   
Nos agricultures ne peuvent pas se surpasser sans une recherche agricole performante, génératrice de solutions aux problèmes de développement agricole, et sans une profession agricole bien organisée, et bien intégrée avec les autres acteurs intervenant en amont et en aval des exploitations agricoles, capable de participer efficacement à l’orientation de la recherche et des politiques agricoles d’une manière générale. Investir dans la recherche agricole, dans la structuration des producteurs et dans la création de passerelles durables entre la recherche et les producteurs organisés est le pari de l’avenir.

Ali Daoudi, maître de conférence, Économie agricole, École Nationale Supérieure Agronomique d'Alger (ENSA) – Alger