La science aide à apaiser les conflits liés à l’eau

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Division des communications, CRDI
DES EFFETS DURABLES
Grâce à la modélisation par ordinateur faisant appel à des techniques de pointe et à la consultation des collectivités, l’organisme bolivien Agua Sustentable a trouvé des solutions politiques à des conflits qui auraient pu s’avérer désastreux au sujet de l’accès à l’eau.

Cet organisme de recherche subventionné par le CRDI a fourni les données scientifiques sur lesquelles repose une loi nationale sur l’eau, adoptée en 2004, qui a contribué à mettre un terme à la « guerre de l’eau » sévissant alors en Bolivie.  
 

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Plus récemment, Agua Sustentable s’est servi des mêmes outils pour faciliter la conclusion d’une entente entre la Bolivie et le Pérou. En octobre 2010, les présidents de ces pays voisins ont signé un accord ayant trait au projet controversé du Pérou visant à détourner le río Mauri. Ils ont ainsi manifesté leur ferme détermination à régler le problème au moyen de la science, selon le directeur général d’Agua Sustentable, Juan Carlos Alurralde.

Prise en compte des droits traditionnels

L’histoire commence en 1999, année où la Bolivie privatisa la distribution de l’eau dans la ville de Cochabamba. Les Boliviens descendirent dans la rue, furieux contre cette mesure qui causait de fortes augmentations du coût de l’eau et ne tenait aucun compte des droits relatifs à l’eau que la coutume reconnaissait aux paysans et aux autochtones.

En 2000, des barricades et des émeutes parfois mortelles avaient entraîné une crise politique d’envergure. Le gouvernement décida alors d’abandonner son programme de privatisation et annonça la tenue de consultations publiques en vue de la rédaction d’une nouvelle loi sur la gestion de l’eau.

Pour Agua Sustentable, c’était une occasion à saisir; l’organisme estimait que la communication de données fiables sur l’équité et l’efficacité de différents modèles de distribution de l’eau pourrait amener la population à avoir confiance dans le processus et favoriser l’élaboration d’une meilleure loi.

Conception de politiques assistée par ordinateur

Agua Sustentable a effectué de vastes consultations, notamment auprès des agriculteurs autochtones qui utilisent la rivière depuis des siècles pour irriguer leurs terres arides. Les chercheurs ont entré les données sur l’utilisation de l’eau et sur les conditions du milieu ambiant dans Mike Basin, un logiciel de modélisation hydrologique créé au Danemark. Ils ont ainsi obtenu des modèles mathématiques de l’approvisionnement et de la demande en eau qui ont mis en évidence, entre autres choses, l’efficacité des méthodes traditionnelles de distribution de l’eau. Les droits traditionnels en matière d’utilisation de la ressource ont par la suite été inclus dans une nouvelle loi sur l’eau et l’irrigation et, en 2006, un ministère de l’Eau a été créé.

Aujourd’hui, selon M. Alurralde (surnommé Oso Andino), l’existence d’une loi sur l’eau d’irrigation, fonctionnelle et acceptée par la population, à laquelle s’ajoute un nouveau contexte institutionnel, est à l’origine d’investissements d’un niveau sans précédent, en Bolivie, dans les réseaux d’irrigation et d’alimentation en eau potable et dans les usines de traitement des eaux usées.

Elle a fourni également un modèle pour désamorcer des conflits entre pays au sujet de l’eau dont les conséquences pourraient être graves. Prenons, par exemple, un différend diplomatique qu’a failli causer l’utilisation du río Mauri.

Sur la scène internationale

Le río Mauri traverse l’Altiplano, une région de la Bolivie qui connaît de faibles précipitations. Il est une source de vie pour plus de 70 collectivités des hautes terres, affirme M. Alurralde. Mais les dirigeants locaux de Tacna, au Pérou, ne voyaient pas la chose du même oeil. Ils voulaient détourner l’eau du bassin du río Mauri pour l’amener dans leur propre zone désertique, afin d’approvisionner de nouvelles mines et des cultures que l’on pensait destiner à l’exportation.

Ils croyaient qu’il y avait un surplus d’eau dans l’Altiplano et qu’il se perdait de l’eau en Bolivie, explique le chercheur.

Une fois encore, les données probantes sur l’utilisation de l’eau qu’a recueillies Agua Sustentable ont joué un rôle de premier plan. Lorsque ces données ont été entrées dans Mike Basin, le programme de simulation a montré que les disponibilités en eau étaient déjà à peine suffisantes pour répondre aux besoins existants. Agua Sustentable a donc été en mesure de persuader les politiciens boliviens de la nécessité de protéger la ressource et d’entamer d’urgence des négociations avec le Pérou.

Par la suite, lorsque les autorités péruviennes ont reconnu le problème et ont acquis la conviction que la recherche était valable, les responsables des gouvernements des deux pays ont conclu un accord : aucun détournement n’aurait lieu sans travaux scientifiques à l’appui et sans l’assentiment des deux pays.

Des solutions durables

On a créé depuis une commission binationale, et des stations hydrométriques, également financées par le CRDI, vont déterminer le volume d’eau qui traverse la frontière.

Ces stations vont transmettre l’information par satellite aux deux gouvernements, ce qui accroît la transparence, précise M. Alurralde. Le Pérou et la Bolivie se sont aussi entendus sur des échéances pour la production de données concernant la quantité d’eau que chaque pays peut utiliser en toute sécurité.

Si l’eau avait été détournée comme on l’avait prévu, le tiers au moins des hautes terres de la Bolivie n’aurait pas eu assez d’eau pour assurer la survie de la population, estime M. Alurralde. Au lieu de cela, une nouvelle forme de collaboration – fondée sur la science – fournit maintenant un modèle prometteur pour le règlement des différends internationaux relatifs à l’eau. 

  


Il y a 50 ou 100 ans, lorsqu’ont été signés les accords internationaux au sujet de l’eau, on n’avait pas beaucoup d’outils mathématiques ou informatiques. De nos jours il est plus facile – et crucial – de simuler différentes situations. Le Pérou et la Bolivie ont voulu savoir : « Qu’arrivera‑t‑il pendant une année de grande sécheresse ? Comment allons-nous partager l’eau ? » Il est possible de simuler ce qui se produira dans tout le système si l’on construit un nouveau barrage ou de nouvelles stations de pompage dans la partie supérieure du bassin versant. Avec l’aide de la science et des modèles, il est plus facile d’en arriver à un accord équitable.

Juan Carlos Alurralde (Oso Andino), directeur général d’Agua Sustentable