LA RÉFORME DU SYSTÈME DE SANTÉ / Résumé mis à jour en 2008

Sandy Garland
L'ENJEU

Une crise profonde — dont les principales manifestations sont le paludisme, le VIH/sida, la tuberculose, la malnutrition et l’anémie — secoue le secteur de la santé de l’Afrique subsaharienne depuis de nombreuses années. Récemment, toutefois, la communauté internationale s’est engagée à verser de nouveaux fonds pour résoudre cette crise.

Mais ces fonds supplémentaires suffirontils pour produire les résultats escomptés ? Le PIEST a été mis sur pied afin de vérifier l’hypothèse selon laquelle les dépenses en santé auraient un effet plus considérable si les fonds étaient alloués à des interventions rentables axées sur les principales maladies qui alourdissent la charge de morbidité locale.

Fruit d’une précieuse collaboration entre le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) du Canada et le ministère de la Santé et du Bien-être social de la Tanzanie, le PIEST a fourni à des équipes de planification sanitaire de deux grands districts de la Tanzanie des outils, des stratégies et une modeste augmentation de fonds qui leur ont permis d’affecter ces nouvelles ressources aux principaux responsables de la charge de morbidité et d’améliorer l’efficacité de la prestation des services de santé dans les collectivités.

Ces mesures ont non seulement donné lieu à une réduction considérable des taux de mortalité dans les deux districts (en particulier parmi les enfants), mais elles ont aussi fait en sorte que Rufiji et Morogoro puissent progresser vers la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), établis par les Nations Unies, qui visent à abaisser le taux de mortalité infantile des deux tiers d’ici à 2015.

LA RECHERCHE

L’information recueillie grâce aux systèmes de surveillance démographique a servi à établir les priorités relatives aux interventions en santé dans les deux districts. Le PIEST a ensuite mis au point un ensemble d’outils informatisés, fort simples, afin d’aider les planificateurs des services de santé à cibler les budgets davantage en fonction des priorités locales en matière de santé. Ainsi, le profil de la charge de morbidité présente des graphiques très clairs des « parts de la charge de morbidité traitables par les interventions » auxquelles les planificateurs peuvent se fier pour répartir les fonds de manière à entraîner une réduction sensible de la mortalité. Ces outils, adaptables à divers contextes — il suffit d’y intégrer des statistiques locales —, ont été adoptés par les planificateurs des services de santé de toutes les régions de la Tanzanie.

À l’aide de ces nouveaux outils, les équipes de gestion des services de santé ont restructuré leur budget en mettant davantage l’accent sur les principales causes de mortalité comme le paludisme et plusieurs des maladies infantiles. Elles ont découvert, cependant, que pour s’attaquer à ces problèmes, il fallait renforcer à la fois les capacités des cliniques de village et celles de l’ensemble du système de santé. Par la suite, elles ont investi une partie de leurs fonds supplémentaires dans de nouveaux programmes de formation des cliniciens dans les domaines de la gestion intégrée des maladies infantiles et d’élaboration de méthodes de gestion intégrée en cascade, conçus pour améliorer l’efficacité des superviseurs et l’efficience des fonctions courantes du système de santé, comme la distribution de médicaments. Ces mesures ont eu pour effet d’augmenter le degré de satisfaction des patients ainsi que la fréquentation des établissements de santé. En conséquence, les taux de mortalité ont connu une diminution spectaculaire chez les enfants et ont aussi baissé considérablement chez les adultes.

LEÇONS ET RECOMMANDATIONS

La longue expérience acquise dans les deux grands districts de la Tanzanie montre que l’investissement dans les systèmes de santé — en vue d’accroître l’efficacité de la prestation des services de santé et de cerner les problèmes de santé les plus urgents — peut donner des résultats impressionnants. S’il est une leçon fondamentale à tirer de ce projet, c’est que les institutions internationales et les divers ordres de gouvernement doivent accorder la plus haute priorité au renforcement des systèmes de santé, au même titre que l’instauration de nouvelles thérapeutiques ou de nouveaux médicaments et vaccins. Les outils et stratégies de gestion se sont aussi avérés d’une grande utilité pour les équipes sanitaires des districts voulant améliorer les services de santé offerts dans leur région.

Depuis le retrait du PIEST des deux districts qui ont servi de terrains d’essai, les principes confirmés par le succès du projet ont trouvé écho dans le reste de la Tanzanie et dans d’autres pays. L’utilisation des outils et des stratégies du PIEST s’étant étendue à tous les districts de la Tanzanie, le pays avance vers la réalisation des OMD. De manière plus générale, de nouvelles initiatives (jouissant d’un important soutien international) ont été mises en place au Nigéria, au Malawi, au Kenya et dans d’autres pays d’Afrique afin d’obtenir une baisse semblable de la mortalité en favorisant la planification des services de santé fondée sur les données probantes et le renforcement des capacités locales de prestation de la santé.

Dans plusieurs cas, des instances régionales et internationales ont donné suite à des recommandations particulières de l’équipe du PIEST, dont les suivantes :

  • La recherche et des fonctions de développement devraient être associées dans un programme intégré.
  • Le capital humain devrait faire l’objet d’importants investissements.
  • Il faut investir des sommes substantielles dans les infrastructures essentielles telles que les cliniques communautaires, des véhicules pour le transport des gens et des fournitures, et les technologies de l’information et de la communication.
  • Le financement et la mise en oeuvre des priorités doivent être fondés sur des plans élaborés localement en fonction de données attestées et qui tiennent compte de la charge de morbidité locale. Le Réseau de métrologie sanitaire, qu’accueille l’Organisation mondiale de la santé, préconise aussi l’adhésion internationale à cet objectif.

Télécharger le PDF : LA RÉFORME DU SYSTÈME DE SANTÉ / Résumé mis à jour en 2008