La réforme du droit de la famille changera la réalité des femmes dans onze pays

08 décembre 2016

Cinq femmes d’action et théoriciennes reconnues ont récemment montré à quel point la modification du droit de la famille peut changer la vie des femmes. Le 7 octobre 2016 lors du lancement d’un projet, d’illustres défenseures du partenariat Women’s Learning Partnership (WLP) — un partenariat international formé de 20 organisations indépendantes de défense des droits des femmes de partout au Moyen-Orient, en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud — se sont réunies afin de souligner le devoir qui incombe aux gouvernements de réformer le droit de la famille.

La dynamique du pouvoir et les normes sexospécifiques commencent à la maison. La dynamique de la relation patriarcale au niveau de la famille nucléaire est institutionnalisée et légalisée; elle est devenue la norme de fonctionnement de la société, définissant les relations entre les individus qui vivent dans le cadre de cette dynamique du pouvoir. Le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) du Canada se joindra au partenariat afin de modifier le droit familial discriminatoire dans onze pays (le Brésil, l’Égypte, l’Inde, l’Iran, la Jordanie, le Liban, le Maroc, le Nigeria, le Sénégal, la Turquie, ainsi que la Cisjordanie et la bande de Gaza). Le projet donnera aux femmes et aux organisations locales le pouvoir de contester la violence faite aux femmes, les crimes d’honneur et les mariages précoces et forcés au moyen d’une réforme de la langue juridique.

Dans son discours d’ouverture lors du lancement du projet, Nancy Smith, directrice générale du développement social à Affaires mondiales Canada, a affirmé que « pour changer la culture des interactions humaines, il faut commencer par la famille […]. Nous devons nous attaquer aux obstacles légaux qui empêchent l’autonomisation des femmes » à travers le développement centré sur la personne.

Partout dans le monde, les femmes sont confrontées à des lois qui maintiennent l’inégalité. Ces lois décident si les femmes ont le droit de se marier, de voyager, de travailler, de choisir où elles peuvent habiter ou de prendre des décisions relatives aux droits de leurs enfants. La sociologue et politologue brésilienne Jacqueline Pitanguy a indiqué que son groupe se pencherait sur les lois de la famille parce « qu’en donnant toute légitimité à la violence, ces lois sont violentes en elles-mêmes. Pour de nombreuses femmes, la maison est un endroit très dangereux, l’endroit premier où se produit la violence ».

Même si les interprétations de la Charia ou loi islamique dans les sociétés majoritairement musulmanes varient, ce sont souvent les applications fondamentalistes et conservatrices qui prévalent. Ces interprétations influencent le droit familial, ce qui engendre de la violence envers les femmes et mène à la légalisation de pratiques telles que les crimes d’honneur et les mariages d’enfants. « Quand nous parlons de droit de la famille, nous ne parlons pas de quelque chose ‘là-bas’. Le droit de la famille reflète les perspectives et les paradigmes dominants en ce qui a trait aux relations entre les hommes et les femmes, et montre la place qu’occupent réellement les femmes dans la société », a expliqué la militante et chercheuse turque Yakin Erturk. « Ces lois sont le fondement du pouvoir, un pouvoir institutionnalisé au niveau le plus intime de la vie qui se transmet à la société », a ajouté l’ancienne rapporteuse spéciale de l’ONU sur la violence faite aux femmes.

Le projet WLP permettra de comparer les meilleures pratiques en réforme du droit et d’établir une base de données pour guider les efforts nationaux et mondiaux en matière de sensibilisation. En travaillant avec les groupes locaux de femmes dans plusieurs régions, le projet facilitera l’apprentissage mutuel sur la façon dont les citoyens, les militants et les législateurs peuvent réformer le droit familial discriminatoire et lutter contre la violence à l’égard des femmes.

Le WLP a colligé et documenté les lois qui ont des répercussions sur la situation des femmes et leur rôle dans la vie publique et privée dans chacun de ces onze pays. Les études de cas établiront une base pour une analyse comparative et une feuille de route pour la sensibilisation et le changement. « Les histoires [réelles de femmes] font partie des témoignages dont nous avons besoin pour traiter cet enjeu », a affirmé Sue Szabo, directrice du programme Économies inclusives au CRDI.

Le portail d’apprentissage sur le Web du WLP comprendra des études de cas, des analyses et un corpus de lois en ligne où l’on trouvera des constitutions, des lois sur la famille, des codes pénaux, et d’autres précédents juridiques pour procéder à des analyses comparatives et définir les meilleures pratiques en matière de réforme. Ces renseignements seront largement diffusés par le WLP au moyen de formations et de campagnes de sensibilisation de la population. Le point culminant sera une campagne mondiale et le regroupement de militants qui oeuvrent pour mettre fin à la violence contre les femmes grâce au partage des connaissances, au réseautage et à la coordination des efforts et des ressources.

Cette façon de faire novatrice renforcera les capacités des acteurs locaux à élaborer des stratégies culturellement spécifiques et des campagnes de sensibilisation nationales pour réformer le droit familial discriminatoire.

Ce projet devrait créer un réseau local et international de militants ayant pour objectif de mettre fin à la violence contre les femmes en organisant des ateliers axés sur le renforcement des capacités, des événements de mobilisation du public et des activités de communication. Il entraînera la production d’un documentaire dans lequel des personnes racontent leurs réussites personnelles et les défis à relever en ce qui concerne la réforme du droit familial et l’élimination de la violence faite aux femmes. Grâce à l’appui du CRDI, le partenariat inspirera un mouvement international pour réformer les lois discriminatoires contre les femmes.

Apprenez-en davantage sur le projet.

Visionnez les entrevues avec nos illustres conférencières.