La recherche contribue à améliorer la gestion de la douleur chez les enfants dans des hôpitaux de la Thaïlande

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Le Dr Allen Finley, de l’Université Dalhousie, collabore avec des spécialistes thaïlandais pour améliorer la gestion de la douleur chez les enfants.

Stephen Dale
Plus de 200 chercheurs en santé mondiale se sont réunis à Ottawa pour échanger sur les résultats de recherche du Programme de partenariat Teasdale-Corti de recherche en santé mondiale, qui s’est échelonné sur sept ans. Les chercheurs canadiens et thaïlandais se sont penchés sur le traitement de la douleur chez les enfants.
 

Les travaux de recherche qui ont permis à des hôpitaux de la Thaïlande d’améliorer leurs pratiques de gestion de la douleur chez les enfants fournissent un modèle utile aux autres pays aux prises avec ce problème, qui comporte une grande charge émotionnelle.

 

C’est un problème que l’on observe partout dans le monde, indique le Dr Allen Finley, professeur d’anesthésie et de psychologie à l’Université Dalhousie, à Halifax. La gestion de la douleur chez les enfants, rappelle-t-il, pose aussi des difficultés au Canada. Ce problème touche le Canada, la Thaïlande et le monde entier.

 

C’est il y a 20 ans, après une première consultation en pédiatrie – bouleversante – avec une jeune personne dont la douleur n’avait pas été traitée adéquatement que le Dr Finley a choisi cette branche. Au fil de congrès internationaux, il a rencontré des confrères thaïlandais qui, comme lui, avaient vécu des expériences qui les avaient convaincus de la nécessité de trouver de nouvelles façons de faire.

 

La Dre Wimonrat Sriraj, professeure d’anesthésiologie à l’Université de Khon Kaen, en Thaïlande, se souvient qu’en tant qu’anesthésiste, elle a consulté de nombreux médecins qui ne savaient pas très bien comment soulager la douleur des enfants. Elle a donc réalisé qu’elle devait en apprendre plus sur le sujet par elle-même.

Collaboration entre le Canada et la Thaïlande

 

Grâce à l’appui accordé dans le cadre du Programme de partenariat Teasdale-Corti de l’Initiative de recherche en santé mondiale, des spécialistes canadiens et thaïlandais ont mis sur pied un projet de recherche collaborative afin d’améliorer le traitement de la douleur chez les enfants dans plusieurs hôpitaux de l’est de la Thaïlande.

 

L’Initiative de recherche en santé mondiale du Canada est le fruit d’un partenariat entre le CRDI, l’Agence canadienne de développement international et les Instituts de recherche en santé du Canada.

 

Le Dr Finley souligne que la recherche ne vise pas à trouver comment mieux soulager la douleur des enfants (ce qui est déjà largement connu), mais plutôt comment changer les façons de faire des hôpitaux pour faire en sorte que le traitement adéquat de la douleur devienne possible.

 La communication : un élément fondamental

 

Selon le Dr Finley, le problème découle en grande partie du fait que les enfants ont des façons bien à eux de décrire la douleur. Le personnel infirmier et les médecins doivent donc suivre une formation spécialisée et prendre plus de temps pour évaluer la véritable intensité de la douleur.

 

Ils doivent notamment savoir que les enfants ont davantage tendance à s’isoler, et non à pleurer, lorsqu’ils éprouvent une douleur constante. De plus, les enfants sont susceptibles de minimiser leur mal s’ils craignent que le fait d’exprimer leur souffrance ait des répercussions négatives, comme une piqûre, un séjour plus long à l’hôpital ou des inconvénients pour leurs parents. En outre, les jeunes enfants ne sont pas en mesure de décrire leur douleur à l’aide d’une échelle (de 1 à 10) comme le font généralement les adultes.

 

Il existe des moyens de surmonter ces obstacles. Les jeunes patients peuvent indiquer l’intensité de leur douleur en désignant différents dessins de visages. Les membres du personnel médical peuvent quant à eux rassurer les enfants en leur disant qu’ils se sentiront mieux après avoir pris l’analgésique et que ce dernier n’aura aucun effet négatif. Ils doivent aussi apprendre à percevoir les signes de douleur chez les enfants qui dissimulent leur mal.

 

Ces façons de faire exigent toutefois plus de temps et, comme le souligne le Dr Finley, si deux ou trois membres du personnel infirmier doivent s’occuper de 40 patients pendant la nuit, ils peuvent difficilement passer beaucoup de temps avec chaque enfant.

Des obstacles surmontables

Malgré les obstacles, l’équipe de recherche a pu aider les hôpitaux à améliorer leurs façons de faire.

La Dre Sriraj explique que de nombreux ateliers sur la gestion de la douleur chez les enfants ont été offerts au personnel infirmier et aux médecins. Les administrateurs et les membres du personnel infirmier ont aussi été invités à suggérer des moyens de donner aux infirmières et aux infirmiers plus de temps pour bien évaluer l’intensité de la douleur des enfants.Entre-temps, les hôpitaux ont adopté de nouvelles lignes directrices sur la gestion de la douleur à l’intention des médecins et du personnel infirmier.

 

Grâce à ces mesures, indique la Dre Sriraj, le niveau de douleur chez les enfants diminue manifestement, et l’on est davantage en mesure de traiter adéquatement la douleur chez les enfants.

Des résultats locaux, un modèle mondial

Selon le Dr Finley, ces progrès peuvent avoir des retombées à l’échelle mondiale, tant d’un point de vue concret que sur des plans plus abstraits. Il rappelle que l’Organisation mondiale de la santé a proposé de reconnaître la gestion de la douleur comme un droit de la personne. Cette idée est tout à fait justifiée dans le cas des enfants, compte tenu de leur vulnérabilité et de leur faible capacité de s’exprimer.

Ne pas traiter la douleur des enfants a aussi des répercussions négatives bien concrètes. Par exemple, il a été démontré que le fait d’endurer une douleur non traitée pendant l’enfance agit sur le système nerveux et accroît la sensibilité à la douleur plus tard dans la vie.

Une conséquence moins tangible, mais tout aussi importante de la douleur non traitée chez l’enfant est son effet sur les membres de la famille et le stress qu’elle provoque chez le personnel infirmier.Comme le rappelle le Dr Finley, être témoin de la douleur d’un enfant est bouleversant.

Stephen Dale est rédacteur et vit à Ottawa. 

En savoir plus sur l’initiative de recherche en santé mondiale.

Apprenez-en davantage sur le projet Amélioration de la gestion de la douleur chez les enfants de milieu urbain et de milieu rural en Thaïlande.

Renseignez-vous sur les travaux de recherche soutenus dans le cadre du Programme de partenariat Teasdale-Corti de recherche en santé mondiale :