La quête de solutions à l’insécurité alimentaire

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Division des communications, CRDI
La parole est à eux
À l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation,
le 16 octobre, le CRDI a posé à des chercheurs la question suivante :

Que peut-on faire pour augmenter la productivité, la résilience et la rentabilité des petites exploitations agricoles ?

Les différents points de vue exprimés ici au sujet de cette importante question sont ceux des personnes interrogées et ne sont pas nécessairement ceux du Centre de recherches pour le développement international.


Ne pas oublier qu’il s’agit d’une question simple dont la réponse est complexe


A. FASSHAUER/ENVIRONMENT AND SUSTAINABLE DEVELOPMENT UNIT, UNIVERSITÉ AMÉRICAINE DE BEYROUTH
Grâce à l’irrigation goutte à goutte, les agriculteurs de pays au climat aride comme le Liban parviennent à obtenir des aliments et un revenu de terres arides sans endommager le sol.

Il s’agit d’une question simple, mais la réponse est complexe. Il faut avant tout comprendre ce qui empêche les petits agriculteurs d’accroître leur productivité et de réaliser un bénéfice. Est-ce le fait de ne pas posséder la terre ? Les agriculteurs ont-ils toute la latitude voulue pour prendre des décisions au sujet de la terre qu’ils exploitent, pour y installer un système d’irrigation par exemple ? Ont-ils accès à des engrais ? Ont-ils accès à des variétés culturales à fort rendement ? Les cultures retenues conviennent-elles au climat, au sol, à la qualité de l’eau ? Enfin, les agriculteurs ont-ils accès aux marchés ? Si quelqu’un affirme qu’il connaît une formule qui peut fonctionner partout, ne le croyez pas. Chaque situation est différente.

 

G. TECKLES/TECKLES PHOTOGRAPHY

Daniel Hillel – Israël

Center for Climate Systems Research
Université Columbia

Daniel Hillel, qui s’était vu octroyer une bourse de recherche du CRDI en 1975, a conçu une méthode novatrice d’irrigation des terres sèches et arides. Il est le lauréat du Prix mondial de l’alimentation 2012. On connaît Daniel Hillel principalement parce qu’il a démontré les fondements scientifiques de la micro-irrigation, qui consiste à irriguer les cultures très doucement, mais en continu et en des quantités très précises, plutôt que d’inonder les champs de façon cyclique et de les laisser sécher par la suite, ce qui est la façon de faire classique. Cette nouvelle méthode permet de réduire considérablement la quantité d’eau nécessaire pour irriguer les cultures et d’obtenir des cultures plus vigoureuses et de meilleurs rendements et, partant, de nourrir plus de personnes.

Faire participer les femmes à la croisade contre la faim

 

FLICKR/MINISTERIO DE LA MUJER Y POBLACIONES VULNERABLES
Une autochtone parle de l’apport des femmes de milieu rural à la sécurité et à la souveraineté alimentaires, à l’occasion du Congreso de la República de 2012 organisé par le Ministerio de la Mujer y Poblaciones Vulnerables du Pérou. 

Une production alimentaire améliorée et accrue ainsi qu’un recul de la malnutrition ne seront possibles qu’avec l’apport des femmes de milieu rural. Les connaissances, les pratiques de production agricole, la définition des modes de conservation, de préparation et de consommation des aliments : tout cela est en grande partie tributaire de décisions prises par les femmes. Les femmes jouent un rôle crucial dans la lutte contre la faim. Il importe d’investir dans des processus inclusifs qui reconnaissent et valorisent leurs contributions et leurs rôles en pleine évolution. Il faut leur donner les moyens de participer à la croisade contre la faim et les outils pour ce faire.


C
arolina Trivelli – Pérou
Centre latino-américain pour le développement rural (RIMISP)

Carolina Trivelli, de l’Instituto de Estudios Peruvianos et du RIMISP, a été ministre du Développement et de l’Inclusion sociale du Pérou. Avec l’aide du CRDI, elle a mené des travaux sur les facteurs qui perpétuent la pauvreté et les inégalités dans les régions rurales d’Amérique latine ainsi que des travaux examinant les répercussions des transferts conditionnels en espèces et de la constitution du patrimoine sur les personnes pauvres en milieu rural. Elle a également codirigé la Plateforme de recherche sur la protection sociale, l’inclusion financière et les TIC financée par plusieurs bailleurs de fonds, dont le CRDI.

Mettre l’accent sur la santé des animaux et accroître la production alimentaire



FLICKR/S. MANN, INSTITUT INTERNATIONAL DE RECHERCHE SUR L'ÉLEVAGE (ILRI)

En Afrique, les animaux d’élevage valent leur pesant d’or; ils représentent d’ailleurs environ 25 % du revenu national en Afrique subsaharienne. Au Kenya, par exemple, les pertes de bétail retranchent à elles seules
2 milliards de dollars au PIB chaque année.

Il s’agit d’une question à laquelle il est extrêmement difficile de répondre en quelques mots. Mais la réponse passe par la recherche, l’innovation, la planification et la collaboration d’ordre scientifique, social, économique et technologique, et ce, dans une vaste gamme de domaines. Il doit en découler de nouveaux processus et de nouvelles idées, stratégies, politiques et solutions qui donnent lieu à une agriculture, à un élevage et à une disponibilité et une utilisation des terres qui sont efficaces, efficients et durables. L’appétit croissant pour les protéines animales exige que l’on mette l’accent sur la santé animale et la résilience des systèmes de production des aliments pour animaux, afin d’améliorer la production, la transformation et la distribution des produits de l’élevage. Bon nombre de ces incidences positives ne verront le jour que si l’on fournit aux petits éleveurs la formation et les outils dont ils ont besoin pour réussir.


UNIVERSITÉ DE L'ALBERTA

Lorne Babiuk – Canada
Vice-président, Recherche
Université de l’Alberta

Grâce au soutien du Fonds canadien de recherche sur la sécurité alimentaire internationale, une initiative du CRDI et d’Affaires étrangères, Commerce et Développement Canada, Lorne Babiuk et des chercheurs sud-africains mettent au point des vaccins à la fois peu coûteux et faciles à administrer afin de lutter contre diverses maladies des animaux d’élevage en Afrique subsaharienne. M. Babiuk s’est vu décerner le prix Canada Gairdner Wightman en 2012 en reconnaissance de son leadership extraordinaire, à l’échelle nationale et internationale, en matière de création de vaccins et de recherche pour la lutte contre les maladies infectieuses humaines et animales. Il vient de recevoir l’un des cinq prix Killam de 2013, celui des sciences de la santé, pour l’ensemble de sa carrière remarquable en vaccinologie.

 
 

Se donner pour objectif que chaque exploitation familiale s’adonne à la biofortification
   



FLICKR/N. PALMER, CENTRE INTERNATIONAL D’AGRICULTURE TROPICALE (CIAT)

Riziculteur dans le sud-est du Pendjab

Pour assurer une fois pour toutes la sécurité alimentaire et nutritionnelle, il faudra déclencher une « révolution doublement verte » en matière de production agricole, qui entraîne une augmentation de la productivité à perpétuité sans faire de tort à l’environnement. Il faut en outre se donner pour objectif que chaque exploitation familiale s’adonne à la biofortification, ce qui permettrait d’appliquer les solutions agricoles qui conviennent pour enrayer des maladies liées à la nutrition fort répandues.


CRDI/N. LESSARD

Professeur M.S. Swaminathan – Inde
Fondation de recherche M.S. Swaminathan

Salué par le magazine Time comme l’un des 20 Asiatiques les plus influents du XXe siècle, M.S. Swaminathan est considéré comme le père de la révolution verte de l’Inde, qui a permis à ce pays d’échapper à la famine il y a 40 ans. Il fut le tout premier lauréat du Prix mondial de l’alimentation, en 1987. Depuis fort longtemps, le CRDI s’associe à la quête du professeur Swaminathan, qui veut faire profiter les pauvres des villages de l’Inde des bienfaits des technologies de l’information et de la communication. Par ailleurs, par le truchement du Fonds canadien de recherche sur la sécurité alimentaire internationale, une initiative du CRDI et d’Affaires étrangères, Commerce et Développement Canada, la Fondation de recherche M.S. Swaminathan (MSSRF) dirige deux projets d’envergure réalisés en Inde avec le concours de chercheurs canadiens. En effet, de concert avec l’Université McGill et l’University of Agricultural Sciences – Dharwad de l’Inde, la MSSRF s’emploie à concevoir un simple moulin à grains qui permettrait d’augmenter la production de céréales et de diminuer la charge de travail des femmes, et en collaboration avec l’Université de l’Alberta, elle cherche à réduire la malnutrition en Inde en accroissant la productivité agricole, et ce, en faisant la promotion du retour à des cultures traditionnelles. Ce dernier projet vise en outre à élargir les possibilités économiques offertes aux femmes et à favoriser l’échange de l’information entre les agriculteurs et ainsi à améliorer les pratiques agricoles.

 
 
Traiter les agriculteurs de façon équitable


FLICKR/INSTITUT INTERNATIONAL D’AGRICULTURE TROPICALE (IITA)
Les petits agriculteurs sont à la fois des producteurs et des vendeurs d’aliments. Les femmes exécutent une bonne partie des travaux agricoles et ce sont elles surtout qui se chargent des autres travaux, comme d’aller vendre les fruits et légumes au marché.

Quelle que soit la taille de leur exploitation, les agriculteurs sont des entrepreneurs au même titre que les commerçants des villes. Ils méritent d’être traités de manière équitable, c’est-à-dire d’avoir accès aux infrastructures (énergie, transport, irrigation et télécommunications) et aux mêmes incitatifs commerciaux et facilités de crédit auxquels ont droit les entrepreneurs en milieu urbain. En fait, l’activité agricole est plus complexe que la production en usine, et les agriculteurs sont donc exposés à des risques bien plus élevés. Lorsqu’ils seront traités de la même façon, les agriculteurs donneront leur pleine mesure en tant qu’importants acteurs de l’économie, et leur exemple incitera la prochaine génération à voir en l’agriculture une forme d’entrepreneuriat valorisante et non pas une impasse sur le plan économique.

 

Calestous Juma – Kenya


John F. Kennedy School of Government
Université Harvard

Lauréat de nombreux prix internationaux, Calestous Juma enseigne les pratiques du développement international à la John F. Kennedy School of Government de l’Université Harvard, où il est directeur du projet Science, technologie et mondialisation. Le CRDI a appuyé M. Juma au début de sa carrière, ce qui lui a permis de faire des études supérieures. Il est une sommité à l’échelle internationale en ce qui concerne l’application de la science et de la technologie au développement durable.
 

Faciliter le parcours de la ferme à la table


FLICKR/THE WORLDWATCH INSTITUTE

Grâce au microcrédit, cette vendeuse de fruits et légumes à Devinuwara, au Sri Lanka, entend élargir son étal et accroître ses stocks.

Dans les pays en développement, les petites exploitations agricoles familiales sont un chaînon crucial de la chaîne d’approvisionnement alimentaire. Or, alors que c’est la femme qui accomplit une grande partie du travail, son potentiel de contribution au revenu familial demeure sous-exploité. Les petits agriculteurs perdent de 40 % à 60 % de leurs récoltes. En effet, nombre d’entre eux ne parviennent pas à écouler suffisamment leur production sur les marchés et essuient donc un manque à gagner malgré leur dur labeur. En formant les femmes aux technologies post récolte, en leur facilitant l’accès aux banques agricoles et en leur présentant les avantages des exploitations collectives, on pourrait mieux réduire les pertes après récolte et répondre à la demande du marché. Le recours aux technologies post récolte, comme les décortiqueurs à grains et les modes d’emballage novateurs, et une meilleure mise à contribution des femmes, voilà qui contribuerait à améliorer la qualité de vie dans les petites exploitations familiales.

Shanthi Wilson Wijeratnam – Sri Lanka
Industrial Technology Institute

 
Avec l’appui du CRDI, Shanthi Wilson collabore avec des scientifiques du Nanotechnology Center de la Tamil Nadu Agricultural University, en Inde, et de l’Université de Guelph, au Canada, afin de mettre au point un mode d’emballage susceptible de favoriser la conservation des fruits à chair tendre comme les mangues de même que la hausse du revenu des agriculteurs. Au cours des années 1980, le CRDI a subventionné les travaux de Mme Wilson qui portaient sur la transformation des aliments et les technologies post récolte. Il en a découlé l’adoption de harasses en bois qui réduisent les pertes de tomates et de mangues pendant le transport et le transfert de cette technologie à l’industrie de la transformation de la mangue et de la tomate à petite échelle.
 

Miser sur l’ingéniosité scientifique
 

FLICKR/W. HUI

Silo à céréales à Esther, en Alberta

Il est facile de se sentir dépassé lorsque l’on songe aux nombreux facteurs en jeu dans le dossier de la sécurité alimentaire : le rôle des femmes, l’accès à la terre, la qualité des sols, la présence ou l’absence de services de vulgarisation, l’évolution du climat et l’accès aux technologies, au crédit et à l’assurance, pour ne nommer que ceux-là. Or, ces facteurs peuvent tous faire partie de la solution à un problème qui varie énormément selon le contexte. Pour aider les petits agriculteurs à s’en tirer, il faut miser sur l’ingéniosité et la discipline des scientifiques qui n’ont de cesse de se poser les questions les plus importantes qui soient – et d’y répondre – et de voir à ce que le plus de personnes possible bénéficient des résultats de leurs recherches. La révolution verte a été une réussite, mais certains segments de la population n’en ont jamais profité, et l’environnement a payé un lourd tribut. Le défi aujourd’hui consiste à tirer des leçons de ce qui s’est fait et à chercher à susciter de multiples révolutions vertes. Ce n’est que lorsque tous profiteront des bienfaits que nous pourrons affirmer avoir répondu à la question.




CRDI/M. VALBERG

Jean Lebel – Canada
Centre de recherches pour le développement international

 
Pionnier en matière d’hygiène du milieu, Jean Lebel a administré des travaux de recherche soutenus par le CRDI qui ont contribué à ce que l’on cesse de recourir au DDT dans la lutte contre le paludisme au Mexique et dans huit pays d’Amérique centrale. Au CRDI depuis plus de 16 ans, M. Lebel y a aussi dirigé le domaine de programme Agriculture et environnement. La Faculté des sciences de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM) lui a attribué son tout premier Prix Reconnaissance, pour avoir aidé les pays en développement à préserver l’équilibre de leurs écosystèmes et à assurer la santé de leurs populations.