La protection de l’accès à l’eau contre les effets de l’étalement urbain et des changements climatiques en Asie du Sud

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Des habitants de Sankhu, au Népal, nettoient un bassin.

Jonah Engle
Pour les habitants des secteurs périphériques des villes en plein essor de l’Asie du Sud, l’eau est une ressource rare. Quatre équipes de recherche réparties sur le sous-continent collaborent avec des collectivités en vue de leur garantir un accès durable à cette ressource vitale.

Axe de recherche

Examiner de quelles manières l’expansion urbaine et les changements climatiques se répercutent sur la sécurité hydrique dans les régions périurbaines de l’Asie du Sud et trouver des solutions équitables et durables.

Lenjeu

L’Asie du Sud s’urbanise à un rythme fulgurant. Uniquement en Inde, la population des villes devrait augmenter de plus de 200 millions au cours des 15 prochaines années. Dhaka, capitale du Bangladesh, le pays voisin, est une mégaville qui connaît la croissance la plus rapide au monde. Au fur et à mesure que les villes prennent de l’expansion, augmentant ainsi la consommation de terres et d’eau, les collectivités établies en périphérie subissent bon nombre des maux résultant de l’étalement urbain. La rareté de l’eau est particulièrement préoccupante pour les résidants de ces zones périurbaines. Qui plus est, les changements climatiques aggravent la situation puisqu’ils provoquent, dans l’ensemble du sous-continent, des perturbations hydrologiques, comme l’élévation du niveau de la mer dans le golfe du Bengale, la fonte des glaciers de l’Himalaya et l’irrégularité des moussons.

La distribution durable et équitable de l’eau aux populations vivant aux abords immédiats des villes pose un défi de taille. N’étant ni urbaines, ni rurales, ces collectivités échappent à l’attention des administrations avoisinantes et elles sont coincées entre la demande de ressources de la part des villes assoiffées et celle de la part des populations pratiquant un mode de vie traditionnel.

Le fait de savoir comment s’effectue la croissance urbaine dans une région qui compte 20 % de la population mondiale aura une incidence marquante sur la vie de millions de personnes et sur la planète dans son ensemble.

Afin de permettre de mieux comprendre les facteurs de plus en plus nombreux qui menacent la sécurité hydrique, le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), organisme canadien, a accordé son appui financier au South Asia Water Consortium, un regroupement d’organismes de recherche locaux.

Local people renovate a pond in Sankhu, Nepal.
SACIWATERS
En périphérie d’Hyderabad, en Inde, une femme lave des vêtements dans un canal artificiel.

La recherche

Depuis juillet 2010, les équipes de recherche ont passé six mois à étudier la nature des menaces à la sécurité hydrique dans quatre villes, situées dans trois pays différents : Khulna, au Bangladesh; Kathmandu, au Népal; Hyderabad et Gurgaon, en Inde. Elles ont été retenues parce qu’elles reflétaient la grande diversité des conditions sociales et environnementales existant en Asie du Sud.

Les chercheurs ont constaté que les changements climatiques étaient le facteur ayant le plus de répercussions sur la sécurité hydrique à Khulna, la troisième ville en importance au Bangladesh. Située à proximité du golfe du Bengale, Khulna dépend exclusivement des eaux souterraines pour son approvisionnement, eaux dont le taux de salinisation grimpe à mesure que le niveau de la mer s’élève. L’urbanisation non planifiée et le développement industriel rapide dans les zones périphériques des villes polluent les sources d’eau, ce qui a entraîné une augmentation des maladies d’origine hydrique.

La croissance de la demande d’eau dans la zone périurbaine de Kathmandu a poussé certains agriculteurs à abandonner la culture de leurs terres et à vendre l’eau du sous-sol de leur ferme à des entreprises privées. Les eaux de ruissellement provenant des sites d’extraction de sable, qui ne sont soumis à aucune réglementation, nuisent aussi à l’agriculture. La combinaison de ces pratiques non viables a pour effets d’abaisser le niveau de la nappe phréatique et de compromettre la sécurité alimentaire. Comme la demande d’eau dépasse les réserves disponibles, des conflits violents ont éclaté entre les différents utilisateurs qui se disputent la ressource.

À Gurgaon, ville satellite en plein essor de Delhi, la capitale de l’Inde, des fermiers vendent eux aussi leur eau souterraine. L’appauvrissement des nappes phréatiques y est encore plus prononcé en raison des pressions exercées par les tours d’habitation qui poussent comme des champignons sur les terres des agriculteurs, ce qui empêche les réserves d’eaux souterraines de se reconstituer. L’agriculture devenant de plus en plus une activité marginale, les propriétaires louent leurs terres à des fermiers plus pauvres qu’eux. Or, les changements dans la configuration des pluies, qui ont causé une grave inondation au Pakistan en 2010, entraînent une diminution du volume des récoltes. Les agriculteurs locataires sont toutefois tenus, en vertu de leur bail à métayage, de payer le même loyer, que les récoltes soient bonnes ou mauvaises.

La ville d’Hyderabad, située dans le sud de l’Inde, est réputée pour sa série de lacs artificiels qui servent de réservoirs d’eau. Ce système permettait une gestion très efficace des débits d’eau, déclare Sara Ahmed, chargée de projet au CRDI. Aujourd’hui, l’existence de ces réservoirs est menacée par des projets immobiliers qui ont nécessité l’assèchement et l’asphaltage de quelques lacs et qui consomment une part disproportionnée des ressources en eau locales.

Impact

La recherche préliminaire menée dans les quatre zones urbaines permet de mieux comprendre les milieux périurbains et leur mode de fonctionnement. En fait, ces lieux se définissent non pas tant par leur emplacement géographique que par les processus et les changements qui s’y déroulent, notamment en ce qui concerne l’aménagement du territoire, la coexistence de groupes sociaux différents et les utilisations que l’on fait des ressources, divers groupes se les disputant.

De plus, les chercheurs approfondissent leurs connaissances sur les répercussions inégales que le développement urbain et les changements climatiques ont sur les différents groupes sociaux. Qu’il s’agisse des agriculteurs locataires de Gurgaon dépourvus de toute protection, des villageois d’Hyderabad privés de leur source d’eau par suite de l’asphaltage de certains lacs ou des femmes de Khulna obligées de parcourir des distances encore plus grandes pour se procurer de l’eau potable, le constat est le même : le sexe qui est le sien, la caste à laquelle on appartient et l’inégalité des classes sont tous des facteurs qui alimentent l’insécurité hydrique.

Les équipes de recherche communiquent entre elles – et à l’échelle planétaire – au moyen de diverses plateformes, dont un site Web, un blogue, un microblogue, Facebook et Flickr.

S’appuyant sur leur compréhension grandissante des facteurs sociaux, économiques et environnementaux qui contribuent à l’insécurité hydrique dans chacune des zones périurbaines à l’étude, les équipes s’attachent maintenant à élaborer des solutions qui miseront sur la participation des groupes sociaux marginalisés, des gouvernements et du secteur privé à une démarche collective visant à garantir l’accès à l’eau potable pour tous.

Jonah Engle est rédacteur à Montréal. 
 

Cet article fait état d’un projet subventionné dans le cadre du programme Changements climatiques et eau (CCE) du CRDI, Sécurité hydrique dans les régions périurbaines de l’Asie du Sud – adaptation aux changements climatiques et urbanisation.

Entrevue avec le chercheur Anjal Prakash
Entrevue vidéo avec le chercheur Anjal Prakash

Entrevue avec le chercheur Muhammad Shah Alam Khan
Entrevue vidéo avec le chercheur Muhammad Shah Alam Khan

Entrevue avec le chercheur Vishal Narrain


Entrevue vidéo avec le chercheur Vishal Narrain