La préservation de la forêt, source de prospérité pour les agriculteurs et les femmes de l'État du Nagaland

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Division des communications, CRDI
DES EFFETS DURABLES
Dans le Nagaland, un État montagneux et éloigné de l’Inde, la sécurité alimentaire a considérablement augmenté et les forêts, autrefois menacées, sont redevenues saines. Grâce à l’adoption de nouvelles cultures commerciales, de nombreux résidents des quelque 1 000 villages de la région ont signalé une augmentation de leur revenu; certains ont même vu leur revenu quintupler. Pour la première fois, des femmes ont pu acheter des terres, et elles y ont établi des pépinières. Cette prospérité accrue a entraîné une amélioration de la nutrition, des habitations et de l’éducation des enfants.
 
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Cette remarquable transition à de nouveaux modes d’utilisation du sol et de gestion des ressources a été engendrée par le Projet d’action populaire pour la protection de l’environnement et le développement économique dans l’État du Nagaland (NEPED), financé par le gouvernement du Nagaland, le CRDI et l’Agence canadienne de développement international (ACDI) de 1994 à 2006.

 
D’anciennes pratiques agricoles en voie de disparaître
 
Durant des générations, les agriculteurs du Nagaland ont pratiqué l’agriculture de subsistance, en vertu du jhum, une forme avancée d’agriculture itinérante sur brûlis consistant à défricher des parcelles de terre pour y cultiver du riz et des dizaines d’autres variétés culturales. Après deux ou trois saisons, les agriculteurs laissaient leur champ en friche durant 12 ans ou plus. Cette méthode permettait au sol de se régénérer et de retrouver sa charge en éléments nutritifs, comme l’explique Merle Faminow, maintenant chef du programme Agriculture et sécurité alimentaire du CRDI.

Malheureusement, en raison de la croissance démographique rapide et de la hausse de la demande d’aliments, la période de friche est devenue plus courte, ce qui a entraîné une augmentation de l’érosion et une diminution du couvert forestier, de la biodiversité et de la qualité des sols, des facteurs susceptibles d’avoir des répercussions sur la sécurité alimentaire.

 
De nouvelles rentrées de fonds ont mené à la durabilité
 
Les membres de l’équipe du NEPED étaient d’avis que, si les agriculteurs pouvaient en tirer un revenu, il serait possible de pratiquer le jhum, de manière durable et d’assurer la sécurité alimentaire. Leur stratégie était simple : puisque les agriculteurs cultivaient déjà toute une variété de plantes, il serait aisé de leur proposer une autre culture vivace, soit celle d’arbres commercialisables tels que l’aulne, qui fixe l’azote dans le sol. Cela, pensaient ils, inciterait les agriculteurs à attendre que les arbres soient arrivés à maturité avant de défricher une parcelle.

Au cours des six premières années, plus de sept millions d’arbres ont été plantés. Les bienfaits sur l’environnement sont sans équivoque. Comme le souligne Vengota Nakro, administrateur du projet, il suffit d’un coup d’oeil pour se rendre compte que le couvert arboré du Nagaland s’est considérablement élargi. Selon Raj Verma, chef de projet adjoint, la mesure d’ordre économique qui a été prise pour inciter la population locale à préserver la forêt a constitué la clé du succès.

Ensemble, les chercheurs et les agriculteurs se sont employés à trouver les meilleures techniques de plantation. Ces techniques ont été conjuguées à des efforts de préservation des sols fondés sur des connaissances et des méthodes ancestrales. Des cultures commerciales qui ont besoin d’ombre, comme la cardamome et le gingembre, ont plus tard été adoptées afin que les agriculteurs puissent toucher un revenu plus rapidement. La recherche s’est ainsi avérée le chaînon manquant entre les systèmes d’exploitation agricole traditionnels et les systèmes contemporains axés sur le profit.

Les femmes ont participé activement au projet. Elles ont d’abord procédé à la plantation sur leurs propres parcelles d’essai, puis ont créé des pépinières en vue d’assurer la production d’arbres à des fins commerciales. Un aîné raconte qu’au début, les hommes se demandaient pourquoi les responsables du projet insistaient tant pour que les femmes assistent aux réunions. Aujourd’hui, dit-il, ils comprennent l’importance de leur participation. Le vieil homme ajoute qu’en permettant aux femmes de faire des progrès, les hommes ont pu constater qu’elles étaient vaillantes, sincères, peut-être même meilleures qu’eux !

 
Des bienfaits pour l’environnement et l'économie
 
Les femmes ont aussi récolté les fruits du projet. Lorsque M. Verma a demandé à des vendeuses d’un simple kiosque au bord de la route en quoi ces nouvelles cultures avaient changé leur vie, l’une d’elles a répondu qu’elle habitait dans un meilleur logis. Une autre a avoué qu’elle était très fatiguée à la fin de la journée, mais qu’elle – et six autres vendeuses – pouvaient prendre un taxi pour revenir au village. De nombreuses femmes ont recours à ce moyen de transport pour rentrer à la maison après leur journée de travail. Elles évitent ainsi de parcourir jusqu’à 10 km à pied sur une route montagneuse accidentée, souvent avec une charge de 40 kg de bois de chauffage ou de denrées sur leur tête.

Le NEPED a donné un élan additionnel à cette composante du développement économique en mettant sur pied un programme de microcrédit administré par les conseils de village. Le taux de remboursement des sommes consenties est de 80 %, et c’est l’un des plus élevés au pays.

Rebaptisé projet de responsabilisation de la population de l’État du Nagaland par le développement économique, le NEPED poursuit ses efforts à titre d’organisme indépendant financé par le gouvernement de l’Inde. Il s’est récemment attaqué à un autre problème en fournissant de l’électricité aux villages du Nagaland au moyen de générateurs hydroélectriques peu encombrants et portables conçus sur place.

 
Selon M. Verma, l’élaboration de processus pilotés par les agriculteurs et fondés sur les connaissances ancestrales ainsi que la création d’une équipe non hiérarchisée au sein de laquelle les idées peuvent circuler de la base au sommet ont constitué deux des plus grandes contributions du CRDI au projet. Cette démarche se poursuit et est d’ailleurs reprise par plusieurs nouveaux organismes dans l’État du Nagaland.
 

 
Les Nagas entretiennent un lien très étroit avec la biodiversité qui les entoure. Lorsque nous avons commencé à examiner la connaissance qu’ils possèdent de leur milieu naturel, nous nous sommes rendu compte qu’en incitant les Nagas à renouer avec ce savoir, nous les aiderions à prendre conscience de la valeur de la biodiversité. Si vous limitez votre rôle à celui de facilitateur et que vous laissez les Nagas approfondir leurs connaissances, alors ils commencent à s’organiser par eux-mêmes. Ils réalisent que, sans leurs forêts, ils sont perdus… et perdent tout.

— Raj Verma, chargé de projet adjoint, NEPED

 
 

Cet article a été écrit en 2010. Tout au long de sa remarquable carrière, Raj Verma s’est consacré à la protection de l’environnement et au développement rural. Il est malheureusement décédé en février 2012.

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