La pisciculture permet de lutter contre les carences alimentaires au Cambodge

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Stephen Dale
Dans la province de Prey Veng, au Cambodge, les agriculteurs jouent un rôle fondamental dans l’essai d’un nouveau système d’exploitation agricole conçu pour contrer l’épidémie de « faim inapparente » qui y sévit.
 
Les agriculteurs apprennent à aménager et entretenir des étangs dans lesquels ils s’adonnent à la pisciculture, à la fois pour la consommation familiale et pour la vente sur les marchés locaux. Il s’agit d’un prolongement du programme de production alimentaire en exploitations familiales mis en oeuvre en 1998 au Cambodge par l’organisme Helen Keller International.
 
Au départ, le programme était uniquement axé sur l’augmentation de la production de fruits et de légumes à haute teneur en nutriments. Le poisson y a été ajouté pour accroître encore davantage l’apport nutritionnel obtenu grâce aux produits frais.
 
Les deux éléments ont pour but de remédier à la piètre qualité de l’alimentation dans la province de Prey Veng et ailleurs au Cambodge, où il y a du riz en abondance, mais pas grand‑chose d’autre.
 
Les personnes vulnérables d’abord
 

Selon Zaman Talukder, qui dirige les activités d’Helen Keller International au Cambodge, le programme Fish on Farms s’emploie à améliorer la nutrition des familles. Il vise tout particulièrement les personnes vulnérables, à savoir les enfants de moins de cinq ans et les femmes en âge de procréer.
 
Les risques auxquels sont exposés ces femmes et ces enfants sont importants. Dans la province de Prey Veng, 5 % des enfants meurent avant leur cinquième anniversaire, et environ un tiers des décès est dû à la sous-alimentation. Près de 70 % des bébés de six à neuf mois souffrent de carences en vitamine A et en fer, et plus de 50 % des femmes en âge de procréer sont anémiques. Le taux de retard de croissance enregistré au Cambodge est le plus élevé d’Asie.
 
Mais voilà que les agriculteurs, l’organisme Helen Keller International et des chercheurs de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC) se sont regroupés pour trouver une réponse à une question cruciale : est‑ce que la pisciculture conjuguée à l’agriculture pourrait constituer une solution efficace à ces problèmes ?
 
Le projet est financé par le Fonds canadien de recherche sur la sécurité alimentaire internationale (FCRSAI), initiative concertée du CRDI et d’Affaires étrangères, Commerce et Développement Canada. Le FCRSAI subventionne 21 projets mettant à contribution des chercheurs du Canada et de pays en développement qui, ensemble, s’attaquent aux problèmes interdépendants que sont la faim, la détérioration de l’environnement et la faible productivité de l’agriculture dans des zones d’Afrique, d’Amérique latine et des Caraïbes et d’Asie qui sont touchées par l’insécurité alimentaire.
 
Calcul de l’apport nutritionnel
 
Dans la province de Prey Veng, la recherche visant à déterminer l’effet conjugué de la production de poisson et de fruits et de légumes sur la santé et sur la sécurité alimentaire est en bonne voie.
 
Cela a commencé par une étude de référence, explique Tim Green, chercheur à l’UBC. On a noté la taille et le poids des membres des familles participantes, qui ont fourni des échantillons de sang et ont dit ce qu’ils avaient mangé au cours des 24 heures précédentes. Ces données et d’autres ont servi à déterminer l’état nutritionnel de chacune des familles et leur situation sur le plan de la sécurité alimentaire. 
 
Pour qu’il soit possible de comparer l’efficacité des activités de pisciculture et d’agriculture, les participants à l’étude ont été répartis en trois groupes : ceux qui cultivaient des fruits et des légumes, ceux qui pratiquaient également la pisciculture et ceux qui ne prenaient pas part au programme.
 
Le résultat, dit Green, est on ne peut plus positif. La production et la consommation de fruits et de légumes a augmenté parmi les familles participant au programme de production alimentaire en exploitations familiales, tandis que les participants à qui on a donné accès à des étangs de pisciculture produisent, consomment et vendent désormais plus de poisson.
 
Augmentation de la sécurité alimentaire et du revenu
 
Les chiffres attestent que la sécurité alimentaire et le bien‑être des familles participantes ont augmenté considérablement. Les familles disposant d’un étang recueillent chaque mois jusqu’à 10 kilos de gros poissons à la fois destinés à la vente et à la consommation du ménage et 3 kilos de petits poissons destinés à la seule consommation du ménage.
 
Les petits poissons, explique M. Talukder, fournissent un apport nutritionnel supplémentaire, car les gens en mangent aussi la tête et les arêtes, et donc en tirent plus de micronutriments que des gros poissons.
 
La vente de poisson a permis à certaines familles de gagner 10 $ de plus par mois, ce qui est énorme dans une province où le revenu mensuel des ménages est de 50 $. Les données révèlent que cet argent supplémentaire sert à acheter davantage de nourriture et à pourvoir aux besoins des enfants en matière d’éducation et de santé.
 
Les données montrent également que les femmes qui participent au programme Fish on Farms ont une plus grande maîtrise du revenu tiré de la vente de poisson et que c’est là un facteur important de l’amélioration du bien‑être de tous les membres de la famille.
 
Un étang pour chaque famille pauvre
 
Les résultats de la recherche ont impressionné le gouvernement du Cambodge, qui suit de près l’évolution du programme Fish on Farms et qui est disposé à intégrer les leçons qui s’en dégagent à la nouvelle stratégie nationale sur la sécurité alimentaire et la nutrition. Le gouvernement s’est également prononcé en faveur de l’idée de doter chaque famille pauvre d’un étang.
 
D’autres recherches permettront de déterminer si l’augmentation de la consommation de poisson et de fruits et légumes a bel et bien amélioré l’état nutritionnel des participants. Si les résultats escomptés se concrétisent, il se pourrait bien que le programme Fish on Farms devienne un modèle dans la lutte contre la sous-alimentation partout en Asie et ailleurs.
 
Stephen Dale est rédacteur à Ottawa.

Visionner un diaporama sur les résultats de ce projet
Cambodge : Amélioration de l’alimentation grâce à la pisciculture familiale