La participation de la collectivité aide à améliorer la santé au Burkina Faso

29 janvier 2018

Les femmes au Burkina Faso sont maintenant en mesure de prendre des décisions éclairées à propos de leur santé et de celle de leurs enfants.

Photo:Alex Wynter / WHO

Un projet novateur de santé mobile appelé MOS@N aide les populations vulnérables du district de Nouna, au Burkina Faso, à être en meilleure santé et à profiter d’un plus grand accès aux services de santé. Le projet a également contribué à améliorer la situation des travailleuses de la santé en dissipant les préjugés sexistes profondément ancrés.

Les marraines sont maintenant des piliers de l’éducation à la santé et de la mobilisation, un rôle que jouaient auparavant des travailleurs en santé communautaire de sexe masculin. Il s’agit de femmes plus âgées qui ont été choisies par les dirigeants de leur village pour accompagner les femmes au cours de la grossesse et de l’accouchement, et qui agissent à titre d’intermédiaires entre la collectivité et les travailleurs de la santé.

Le projet MOS@N, une fusion des mots « mobile » et « santé », a donné aux femmes les moyens de prendre des décisions sur leur santé et celle de leurs enfants. Ces réalisations illustrent la forte participation de la collectivité au projet.

Défis permanents en matière de santé

Le projet MOS@N a été lancé en 2013 dans le but d’améliorer l’accès à des soins de qualité pour les mères, les enfants et les personnes atteintes du VIH/sida au Burkina Faso. Malgré les importantes améliorations qui ont récemment été observées dans ce pays enclavé d’Afrique occidentale, les taux élevés de mortalité maternelle demeurent un grave problème de santé publique. Dans le district rural de Nouna, par exemple, on recense 341 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes. Seulement 70 % des femmes reçoivent des soins prénataux et 34 % accouchent à la maison plutôt que dans un centre de soins de santé. Les taux de VIH/sida demeurent élevés, et environ 30 % des personnes atteintes ne suivent pas le traitement requis.

Parmi les obstacles qui entravent l’accès aux soins maternels, mentionnons la distance à parcourir pour se rendre aux centres de soins de santé, la pénurie de professionnels de la santé compétents, le manque d’information sur la santé sexuelle et reproductive, et le coût élevé des traitements médicaux. L’information sur la santé fournie aux femmes enceintes et aux fournisseurs de soins de santé n’est souvent pas transmise au bon moment ou n’est pas à jour. Les valeurs sociales paternalistes profondément ancrées dans la collectivité incitent aussi beaucoup d’hommes à interdire à leur femme de « perdre leur temps » au centre de soins de santé alors qu’elles pourraient travailler dans les champs.

Offrir des services en cinq langues

En 2013, des chercheurs du Centre de recherche en santé de Nouna, un institut de recherche du ministère de la Santé, ont entrepris de déterminer si l’utilisation des technologies de l’information et des communications, notamment des téléphones cellulaires, pouvait améliorer la gouvernance de la santé et favoriser un accès plus équitable aux services de santé. Financé par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) et mené en collaboration avec l’Université de Montréal, le projet MOS@N consiste en la mise en place d’un système de communication par téléphone cellulaire dans cinq centres de soins de santé servant vingt-six villages.

Le projet MOS@N met en évidence le rôle de la collectivité dans la prestation du traitement, le suivi des patients et la communication de messages de sensibilisation et de rappels. Pour ce faire, le projet a réuni des centres de soins de santé primaires, des travailleurs de la santé, des techniciens en technologies de l’information et des communications, des marraines, des dirigeants de la collectivité et des chercheurs en santé publique à l’échelle locale.

La plateforme MOS@N, élaborée localement au moyen d’un logiciel ouvert, permet d’accéder à de l’information concernant les soins de santé maternelle et infantile de même que les soins offerts aux personnes atteintes du VIH. Les systèmes de messages texte et de messagerie vocale interactive transmettent des messages dans cinq langues locales afin d’assurer l’inclusion et une meilleure accessibilité. Tous les messages respectent les directives nationales concernant les soins prénataux et post-partum, l’accouchement assisté, la vaccination contre la polio et le tétanos, la prévention du paludisme et le suivi de patients. Le contenu a été adapté aux besoins des utilisateurs, soit les femmes et les jeunes enfants, les nouvelles mères et les personnes atteintes du VIH. Les mères reçoivent automatiquement des rappels de rendez-vous. Parmi les autres fonctions, un système d’information sur la santé de base a été mis au point et intégré dans les établissements de santé des districts afin de recueillir les données nécessaires au suivi et à la prise de décisions.

Surmonter les obstacles

Le projet a permis de mettre en lumière de nouvelles façons de surmonter les obstacles techniques et sociaux. Sur le plan technique, des systèmes de recharge solaires ont été installés dans les centres de soins de santé et mis à la disposition des travailleurs en santé communautaire afin de pallier l’imprévisibilité de l’alimentation en électricité. Lorsque la connexion Internet n’était pas disponible, les données étaient stockées sur des clés USB, puis téléchargées par la suite dans le serveur central au siège du projet.

Bon nombre de femmes de la région ont un accès limité aux téléphones cellulaires, et dans nombre de cas, leur mari ou d’autres membres de leur famille possèdent un téléphone, mais les femmes ne peuvent pratiquement pas l’utiliser. Sur le plan social, on a veillé à informer dès le départ les maris au sujet du projet de sorte qu’ils n’hésitent pas à permettre à leur femme d’utiliser un téléphone cellulaire.

Ce type de réticence de la part des maris s’applique également aux marraines. Les marraines ont mentionné que leurs tâches liées à la santé mobile pouvaient engendrer des conflits au sein de leur ménage. Pour éviter les différends, seules les femmes dont les maris avaient donné leur accord ont été sélectionnées. Les femmes de la collectivité ont également eu le choix de fournir ou non leur numéro afin de recevoir des appels. Les groupes de femmes et tous les niveaux de travailleurs de la santé ont été intégrés dans la structure du projet et le suivi.

La formation continue lors des visites de suivi mensuelles a contribué à améliorer la capacité technique des travailleurs de la santé à utiliser le système et à comprendre le contenu du message. Dans l’ensemble, plus de 90 travailleurs de la santé et 62 membres de la collectivité ont reçu la formation.

Surmonter les obstacles à l’égalité entre les sexes

L’introduction des services de santé mobile a été accueillie favorablement à tous les niveaux, de la collectivité jusqu’au ministère de la Santé. Toutefois, les chercheurs ont d’abord dû surmonter une difficulté d’importance : le statut social inférieur de la femme. Ce statut empêche les femmes de prendre leurs propres décisions sur de nombreux enjeux, y compris les soins de santé. La stratégie consistait à favoriser l’éducation et la communication à tous les niveaux, c’est-à-dire à la maison, entre les époux, dans les villages, dans les centres de soins de santé et au sein des associations de santé communautaire. La participation des maris a été sollicitée pour la mise en oeuvre du projet.

Les marraines sont au coeur du travail. En effet, 52 d’entre elles ont été recrutées pour sensibiliser les mères et les encourager à demander des soins de santé. Le suivi des patients atteints du VIH a été confié à 10 autres travailleurs de la santé. Le réseau MOS@N comprend également 50 agents de santé et 38 personnes-ressources.

Les téléphones cellulaires et les bicyclettes fournis aux marraines les ont aidées à élever leur statut social, économique et professionnel au sein de la collectivité. Ces outils ont également permis de renforcer leur capacité à prendre des décisions au sein de leur propre ménage. Grâce à leur recrutement et à la formation qu’elles ont suivie, elles étaient en mesure de mener des activités, comme la promotion de la vaccination, qui étaient auparavant effectuées par des travailleurs de la santé de sexe masculin. Par conséquent, les marraines et les femmes qu’elles servent sont maintenant en mesure de prendre des décisions sur leur santé et celle de leurs enfants.

Célébrer la réussite

Les chiffres témoignent de la réussite du projet sur le plan du renforcement du système de santé et de l’amélioration de l’accès aux soins. À la fin de 2016, 2 161 femmes enceintes avaient reçu des soins prénataux. Les naissances accompagnées par des professionnels qualifiés sont passées de 50 à 97,5 %. Près de 260 patients atteints du VIH avaient été suivis par des travailleurs de la santé, et le taux d’abandon était faible, soit de l’ordre de 1,6 %.

Le projet MOS@N a également permis d’améliorer l’équité et la participation à la gouvernance de la santé. Les femmes ont joué un rôle principal dans la mise en oeuvre du projet et ont contribué à déterminer quels services de santé maternelle et infantile seraient offerts. Le renforcement des contacts directs avec les centres de soins de santé de même que l’accès immédiat à l’information les aideront à conserver les acquis.

infographie : Plus de 12 000 messages (SMS) d’alertes envoyés aux agents de santé
infographie : hausse de 50 % des naissances assistées au Burkina Faso
infographie : 84 % de cas d’adhésion accrue au traitement anti-VIH

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