La mesure de l’égalité entre les sexes dans les ménages comme sur le marché

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Kristen Nelson

Au fur et à mesure que le nombre de femmes augmente sur le marché du travail, il se pourrait que l’inégalité croisse au lieu de diminuer. Dans une allocution prononcée au siège du CRDI à l’occasion du 100e anniversaire de la Journée internationale de la femme, Mme Shahra Razavi a soutenu que l’inégalité entre les sexes était omniprésente et que la distinction entre la sphère privée (le ménage) et la sphère publique (le marché du travail) s’estompait.

Coordonnatrice principale de la recherche à l’Institut de recherche des Nations Unies pour le développement social (UNRISD), Mme Razavi a pour spécialité les dimensions sexospécifiques du développement social, plus particulièrement en ce qui a trait aux moyens de subsistance et à la politique sociale. L’UNRISD est un partenaire de recherche de longue date du CRDI.

L’allocution de Mme Razavi, intitulée L’égalité entre les sexes, dans les ménages comme sur le marché, a mis en relief les interactions entre les luttes en faveur de l’égalité entre les sexes et les connaissances économiques.

Sphère publique et sphère privée

Mme Razavi est d’avis que c’est dans la sphère privée – le ménage et les relations personnelles qu’on y entretient – que s’est toujours livrée la lutte en faveur de l’égalité. La sphère privée englobe le soin des enfants et des personnes âgées, l’emploi et le patrimoine du ménage.
La sphère publique comprend le marché du travail à l’extérieur du foyer, ainsi que la politique sociale. Selon Mme Razavi, certains économistes soutiennent que le marché est une réponse à l’inégalité entre les sexes.

Mme Razavi a affirmé que l’inégalité est présente non seulement dans la sphère privée, mais aussi dans le domaine public et ses institutions. Elle a signalé que ces problèmes sont manifestes non seulement dans les pays en développement, mais aussi dans les micro-institutions que sont la famille et le ménage, ici même dans une économie nordique très développée.

Une croissance sans égalité

Prenant pour exemple l’Asie de l’Est, Mme Razavi a soutenu que ni les progrès économiques accomplis par bon nombre des pays de la région, ni l’arrivée des femmes sur le marché du travail n’avaient éliminé l’inégalité.

À première vue, ces pays semblent s’acheminer vers l’égalité. Les femmes ont quitté leurs familles patriarcales en milieu rural pour aller travailler en ville, dans des usines. Leurs salaires leur ont permis de bonifier le patrimoine du ménage. L’afflux de ces ouvrières a permis aux marchés de devenir concurrentiels à l’échelle mondiale.

Mais il existe toujours de profonds écarts entre ce que gagnent les femmes et les hommes. Il devient évident que ce n’est qu’en sous-payant ses travailleuses qu’un pays arrive à se libérer d’une économie agraire pauvre pour se tailler une place sur le marché.

Mme Razavi a indiqué qu’il ne fallait pas idéaliser ces économies : en réalité, l’inégalité entre les sexes fait partie intégrante de ce modèle de développement.

La croissance du secteur du soin des proches

Mme Razavi a également abordé les travaux de recherche de l’UNRISD, cofinancés par le CRDI, qui portent sur l’économie du soin des proches. Ce rôle, où les femmes assument habituellement la responsabilité de gérer les besoins physiques et émotifs des membres du ménage, de la famille élargie et même de la collectivité, fait depuis longtemps l’objet d’études dans les pays en développement et les États providence avancés. Mme Razavi a dit qu’il s’agissait désormais, pour les pays en développement, d’un important enjeu sur le plan des politiques.

En plus de gagner un salaire, les femmes demeurent les principales responsables du soin des proches au sein des ménages. Lorsqu’un enfant ou un parent âgé est malade, ce sont elles qui quittent leur emploi pour en prendre soin. Mme Razavi précise que si les femmes ont un horaire de travail moins chargé, c’est parce qu’elles ont d’autres responsabilités, des responsabilités non rémunérées qui les empêchent de travailler autant d’heures que les hommes; cela se traduit par des salaires et un revenu inférieurs.

Les travaux de l’UNRISD portent sur le soin des proches au sein des ménages, mais aussi sur son déplacement vers le secteur du travail, structuré (prise en charge par un hôpital par exemple) ou non structuré (le fait d’offrir ce service à un autre ménage par exemple).

Mme Razavi préconise un encadrement public plus rigoureux du secteur du soin des proches, pour assurer la qualité des services offerts et la protection des conditions de travail des femmes. On estime que cela engendre de meilleures sociétés, de meilleurs ménages et de meilleures familles, conclut-elle.

Kristen Nelson est rédactrice à Ottawa.