La maîtrise des sciences de l'environnement au Moyen-Orient

Image
Nadine Robitaille
Un programme d'études supérieures en sciences de l'environnement, qui a récemment été créé par une université jordanienne, prend son essor grâce à une institution canadienne, l'Université Carleton.

L'Université du Yarmouk, établissement de langue anglaise situé à Irbid, ville du nord de la Jordanie près des frontières syrienne et israélienne, avait déjà un programme de premier cycle en sciences environnementales grandement apprécié. Mais jusqu'à tout récemment, les étudiants intéressés à suivre des cours supérieurs dans ce domaine devaient s'adresser ailleurs.

Toutefois, grâce à la collaboration entre Carleton International et le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) du Canada, l'Université du Yarmouk est désormais en mesure d'offrir un programme de maîtrise en sciences de l'environnement.

Un projet fondé sur la confiance

Ce partenariat transocéanique a commencé il y a six ans par les soins de Hussain Sadar, alors professeur en études de l'environnement et directeur exécutif du Centre d'évaluation environnementale de l'Université Carleton. En 1995, lors d'une conférence de l'UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture) sur la désertification, en Jordanie, le doyen de la Faculté des sciences de l'Université du Yarmouk a abordé Sadar pour lui faire une proposition.

« Il m'a dit qu'à son avis, le Canada était le chef de file mondial en matière d'environnement », relate Sadar. « Il m'a demandé quelles étaient les possibilités que le Canada aide l'Université du Yarmouk à renforcer ses capacités afin qu'elle puisse former des professionnels qualifiés en gestion de l'environnement, en protection de l'environnement et, tout particulièrement, en évaluation des incidences environnementales. »

Intrigué, Sadar s'est adressé à John ApSimon, alors vice-président des Programmes d'études à l'Université Carleton. Le président de l'Université du Yarmouk, pour sa part, n'a pas tardé à venir au Canada pour en apprendre davantage sur Carleton International, sur le projet proposé et sur les politiques du Canada en matière de gestion de l'environnement.

De son côté, le directeur de Carleton International, Ken McGillivray, a demandé l'appui du CRDI en vue de mettre sur pied le programme de maîtrise. Le Centre, intéressé par les possibilités de mise en valeur de l'environnement en Jordanie, a fourni 350 000 $CAN afin d'aider Carleton International à lancer le projet.

Un programme sur mesure

La situation a ceci d'ironique que l'Université Carleton n'offre pas de programme de maîtrise en gestion de l'environnement, ce qui a aggravé la difficulté de concevoir un programme pour un pays étranger. McGillivray a alors eu l'idée de former à l'université une équipe regroupant des spécialistes reconnus du domaine de la gestion et de l'évaluation environnementales. Cette équipe, explique Sadar, s'est inspirée de modèles d'autres universités canadiennes qui offrent un programme de maîtrise en gestion de l'environnement pour élaborer une proposition à l'intention de l'Université du Yarmouk qui réponde aux besoins de la Jordanie. « Nous ne voulions pas d'un programme qui reflète la réalité canadienne puisque, une fois diplômés, les étudiants jordaniens n'allaient certainement pas venir travailler au Canada », dit-il. « Ils doivent pouvoir se rendre utiles auprès de la société jordanienne. »

En outre, Peter Johnson, ancien professeur de géographie à l'Université Carleton, aujourd'hui retraité, a consulté plusieurs personnes qui connaissent bien et la Jordanie et le Canada afin de tracer les grandes lignes du programme de maîtrise destiné à l'Université du Yarmouk.

Ouvrir les portes aux étudiants

En 1999, l'Université du Yarmouk a accepté ses premiers candidats à la maîtrise en gestion de l'environnement. Dans le cadre du projet, Sadar a passé un mois à Irbid pour enseigner un cours en gestion et évaluation environnementales.

Il s'est dit impressionné des travaux et de la perspicacité des huit ou neuf étudiants à qui il a enseigné. Sadar leur a demandé d'élaborer un plan pratique pour le nettoyage de la ville qui se trouvait dans un état de malpropreté avancé mais dont la beauté est indéniable. Après avoir exploré les systèmes en place et la technologie disponible, passé en revue les budgets, tenu des réunions avec le maire d'Irbid et les agents chargés de la protection de l'environnement, les étudiants ont formulé des propositions témoignant de leurs grandes capacités. « L'une de ces propositions était tellement intéressante », souligne Sadar, « que nous l'avons soumise au CRDI pour en faire un éventuel projet de recherche. »

Au cours de l'été 2001, quatre étudiants diplômés en sciences de l'environnement de l'Université du Yarmouk sont venus à Ottawa, où ils ont passé trois mois à travailler sur le terrain aux côtés de professeurs de l'Université Carleton afin d'observer directement comment le Canada s'y prend pour gérer certains de ses problèmes environnementaux. Sadar a lui-même choisi les étudiants — hommes et femmes — qui devaient venir au Canada parmi la classe à qui il enseignait à l'Université du Yarmouk.

Un séjour au Canada

Des enseignants, en poste et retraités, spécialisés en géographie, radiologie, chimie et génie civil, se sont réunis avec les étudiants quatre jours par semaine pour leur prodiguer un enseignement individualisé sur la façon dont l'environnement est géré au Canada et les aider à rédiger leur projet de thèse.

Par exemple, Don Wiles, professeur de chimie nucléaire à la retraite, a suivi une étudiante en chimie des radiations durant son séjour de trois mois. « Elle ne savait pas trop à quoi s'attendre et moi non plus », affirme Wiles. « Mais je pense que nous nous en sommes bien tirés. »

Pour Nancy Doubleday, professeure de géographie à l'Université Carleton qui a également pris part au projet, celui-ci comportait d'autres avantages. « Je crois que les étudiants canadiens dont j'avais la charge ont grandement profité de l'expérience », dit-elle. « Ils ont beaucoup appris sur la Jordanie et vu la géographie sous différents angles. »

Sadar estime que le programme est une véritable réussite. « Moyennant un petit investissement, le CRDI a permis à des Jordaniens de comprendre l'environnement et comment le Canada réussit à gérer de manière assez efficace un pays aussi grand. »

Nadine Robitaille est rédactrice pigiste à Ottawa.

Renseignements

Sami Mahmoud, doyen, Faculté des sciences, Université du Yarmouk, Jami'At Al-Yarmouk Irbid, Jordanie; courriel : science@yu.edu.jo

Ken McGillivray, directeur, Carleton International, Université Carleton, 1506, tour Dunton, 1125, promenade du Colonel By, Ottawa (Ontario), Canada K1S 5B6; courriel : Ken_McGillivary@carleton.ca