La lutte antitabac

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Division des communications, CRDI
L'action du CRDI
Au Canada, la population est au fait des dangers du tabac pour la santé. Dans de nombreux pays en développement, par contre, la mondialisation de l’industrie du tabac, l’absence de législation antitabac et une population mal renseignée contribuent à un problème de santé aigu qui ne cesse de s’aggraver. Actuellement, 70 % des fumeurs de la planète résident dans ces pays.
 
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AT WHAT COST?
The Economic Impact of Tobacco Use on National Health Systems, Societies, and Individuals

Un livre du CRDI

LA GUERRE DU TABAC
L'expérience canadienne

par Rob Cunningham, CRDI, 1996

Du flux et du reflux de l'usage du tabac
Le CRDI, grâce à des fonds de Santé Canada, appuie une étude économique qui aide le gouvernement de la Jamaïque à réfuter les arguments de l'industrie du tabac à l'encontre de l'augmentation des taxes sur les cigarettes prévue pour donner un nouveau souffle à la stratégie de lutte contre le tabagisme dans ce pays

Par ailleurs, les responsables des politiques sont inondés de propositions pour sortir de cette crise. Il est certain que certaines d’entre elles sont dictées par un parti pris idéologique ou des intérêts particuliers. Mais, ce qu’il faut aux décideurs, ce sont des données empiriques solides, fondées sur des recherches crédibles et indépendantes.

Dans les pays en développement, le tabagisme a fait grimper en flèche l’incidence des maladies non transmissibles (comme le cancer) et a aggravé l’impact des maladies infectieuses (telle la tuberculose). Le tabac fait 5 millions de victimes chaque année, et ce nombre pourrait doubler d’ici 2030.

Face à cette crise, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a élaboré, en 2003, la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT) – la première convention en matière de santé dans le monde –, que plus de 160 pays ont ratifiée.

 
Le tabac peut avoir de graves conséquences sur le plan économique, en particulier dans les pays en développement. La dépendance exacerbe la pauvreté; par exemple, en Indonésie, les plus démunis consacrent quelque 15 % de leur revenu aux produits du tabac. Les maladies causées par le tabagisme grèvent des systèmes de santé déjà fragiles et nuisent à la productivité.

Le tabac est cultivé dans plus de 125 pays, et sa culture pose de nombreux problèmes, surtout aux petits exploitants : elle est extrêmement exigeante en main-d’oeuvre, ce qui a une incidence sur la famille, et a des effets néfastes sur l’environnement, entre autres. En outre, les tabaculteurs accumulent souvent une dette perpétuelle envers les compagnies de tabac.

Le CRDI finance des travaux de recherche ayant pour but de trouver des façons de réduire au minimum les dangers associés à la production et à la consommation de tabac.

UNE MEILLEURE SENSIBILISATION

Les décideurs (dont les législateurs) de nombreux pays ne connaissent pas la CCLAT. En Inde, le CRDI a soutenu une initiative modeste, mais efficace, pour remédier à la situation. Un organisme établi à New Delhi, Health Related Information Dissemination Amongst Youth (HRIDAY), était chargé de la recherche. HRIDAY a analysé les points forts et les points faibles de la loi antitabac du pays et cerné les modifications qui permettraient de la rendre conforme à la CCLAT.

En outre, la réalisation d’une enquête sur les connaissances et les attitudes des parlementaires a permis d’informer ces derniers au sujet de la CCLAT et de leur rappeler que les jeunes Indiens adhéraient fortement à ses objectifs. Ces activités ont contribué à la mise sur pied du tout premier programme national de lutte antitabac. Les chercheurs ont également évalué la capacité des laboratoires du pays d’analyser les produits du tabac, comme le prévoit la CCLAT. Résultat : le gouvernement a amorcé des pourparlers avec des organisations internationales en vue de s’attaquer à la formation.

Le ministère de la Santé et de la Protection de la famille avait annoncé son intention d’apposer les avertissements conçus par l’équipe du projet sur les paquets de cigarettes. Or, comme cela n’a pas encore été fait, les efforts en ce sens se poursuivent.

LE NARGUILÉ VU D’UN AUTRE OEIL

La pipe à eau (ou narguilé, chicha) a depuis toujours de nombreux adeptes. Depuis une quinzaine d’années, sa popularité s’est fortement accrue, surtout en Méditerranée orientale, et des bars à chicha font de plus en plus leur apparition dans d’autres régions du monde. Cela est peut-être attribuable à la perception non fondée qu’il s’agit là d’une forme de tabagisme relativement inoffensive, à la nature sociale de l’activité et à l’innovation récente qui consiste à aromatiser le tabac utilisé.

Les partenaires du CRDI à l’Université américaine de Beyrouth sont des sommités mondiales en matière de recherche sur le narguilé. Leurs analyses des taux de toxines que contient la fumée de narguilé ont contribué à persuader l’OMS de publier, en 2005, un avertissement stipulant que l’usage de la pipe à eau présente un grand nombre des mêmes risques pour la santé que la cigarette et peutêtre même d’autres qui lui sont propres.

Les études se poursuivent, sur des sujets comme l’absorption des carcinogènes, la nature de la dépendance au narguilé, les dommages causés par la fumée secondaire et la corrélation entre l’usage du narguilé et l’athérosclérose coronarienne.

DE L’AIR SANS FUMÉE POUR SOI ET SES ENFANTS

Lorsque le Guatemala a ratifié la CCLAT en 2005, il s’est engagé à réduire la fumée secondaire sur les lieux de travail et dans les transports en commun et les lieux publics intérieurs. À l’époque, la loi interdisait de fumer dans les écoles et les hôpitaux, mais l’interdiction n’était que partielle dans le cas des lieux de travail privés et des restaurants et ne touchait pas les bars.

Cela était attribuable, en partie, aux efforts de l’industrie du tabac, qui préconisait la désignation de zones fumeurs et non-fumeurs et le recours à la ventilation comme mesures visant à contrer les risques posés par la fumée secondaire.

 
En 2006, une équipe sous la direction d’un chercheur subventionné par le CRDI a relevé les niveaux de nicotine en certains endroits de la ville de Guatemala. Dans les bars et les restaurants, elle a observé des concentrations jusqu’à 710 plus élevées que dans des aires comparables dans les hôpitaux. Les zones non-fumeurs et les systèmes de ventilation coûteux n’étaient pas d’une grande efficacité.

Armé de cette information, l’année suivante, le chercheur principal a travaillé étroitement avec la Commission de la santé à l’élaboration du projet de loi 3309, lequel prévoyait l’interdiction complète de fumer dans les bars et les restaurants; toutefois, le projet a stagné au Congrès.

Les chercheurs ont alors lancé une campagne de sensibilisation aux dangers de la fumée secondaire. Un article publié dans une revue médicale de renom, Cancer Epidemiology Biomarkers and Prevention, a rehaussé la crédibilité de leurs travaux. Ils ont cultivé leurs relations parmi les journalistes, ce qui a donné lieu à la parution de nombreux articles dans les journaux, et ont donné de fréquentes séances d’information à l’intention de membres du Congrès.

Les constatations des travaux des chercheurs de même que les efforts que ces derniers ont déployés sans relâche pour en assurer la diffusion ont pour beaucoup contribué à l’adoption du projet de loi 3309 en décembre 2008, une victoire importante dans la lutte antitabac au Guatemala. La loi est entrée en vigueur en février 2009 et, depuis, il est absolument interdit de fumer dans tous les endroits publics.

http://www.fundacionaldocastaneda.org/

Jacob Kibwage

DU TABAC AU BAMBOU

De nombreux petits tabaculteurs sont intéressés à adopter une autre culture. En appuyant des études dans divers pays, dont le Bangladesh, le Malawi et le Kenya, le CRDI s’emploie à constituer une masse critique de données probantes sur les cultures de rechange.

Au Kenya, des chercheurs de l’Université de Maseno collaborent avec de petits tabaculteurs, sur 120 sites d’expérimentation dans le sud de la province de Nyanza, afin de déterminer s’il est possible que le bambou géant puisse remplacer le tabac comme culture commerciale. Ils évaluent le marché potentiel pour le bambou et les produits du bambou. Les agriculteurs ont reçu une formation afin de fabriquer divers articles à partir du bambou, qui se vendent d’ailleurs très bien.

Ces travaux ont été remarqués, et le ministère de l’Information et des Communications a décidé de filmer des agriculteurs participants. Cette vidéo de sensibilisation rend compte des problèmes associés à la tabaculture (par exemple la fragilisation de la sécurité alimentaire résultant de la pratique de la monoculture) et témoigne de l’enthousiasme des agriculteurs quant aux avantages qu’il y a à adopter la culture du bambou. Diverses revues scientifiques internationales ont aussi permis de diffuser les constatations techniques ayant émané des travaux.

Les chercheurs concluent que la diversification des moyens de subsistance s’impose de toute urgence dans la région et croient que le bambou peut régler bon nombre des problèmes associés au tabac. Ils ont recommandé que l’expérience soit reproduite dans d’autres districts du pays où se cultive le tabac.

www.tobaccotobamboo.org

Le CRDI /RMCT est reconnaissant de l’aide financière reçue du Department for International Development (DFID) du R.-U.

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