La gouvernance axée sur la collaboration : une solution pour la gestion des risques associés aux inondations

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Une marre d’eau stagnante à l’endroit où se trouvait auparavant une baraque, dans l’établissement spontané de Graveyard Pond, dans le township de Philippi, au Cap.

Mary O'Neill
<a href="/FR/Programs/Agriculture_and_the_Environment/Climate_Change_and_Water/Pages/ArticleDetails.aspx?PublicationID=1150"> PERSPECTIVES | CHANGEMENTS CLIMATIQUES ET EAU </a>
Capitale de la province du Cap-Occidental, en Afrique du Sud, la ville côtière du Cap est confrontée à un ensemble particulier de difficultés alors que s’entrechoquent son passé et son avenir. Les changements climatiques accentuent l’élévation du niveau des océans, la violence des tempêtes et la variabilité des précipitations, faisant ainsi peser un risque sur ses townships toujours plus étendus et mal desservis, hérités de l’apartheid.
 
Au cours des deux dernières décennies, la cadence du développement dans la ville a presque doublé, principalement sur la côte et dans les basses terres intérieures, où vivent nombre des résidents les plus démunis de la ville. En juillet 2009, près de 20 000 personnes vivant dans des établissements spontanés ont été contraintes de quitter leur foyer envahi par les eaux en raison des pluies diluviennes. L’inondation – et la dévastation qu’elle a entraînée dans les quartiers les plus pauvres — ont attisé les tensions entre les résidents touchés et les fonctionnaires municipaux.
 
De 2010 à 2013, l’Université du Cap, en collaboration avec le Stockholm Environment Institute et l’administration municipale (la Ville) du Cap, a étudié la façon dont les décisions sont prises lorsque survient une inondation sur des terres intérieures. Les chercheurs, qui ont choisi pour leur étude de cas le township de Philippi, ont examiné des groupes de résidents et les services de la Ville. En outre, grâce à des levés et à un système d’information géographique (SIG), ils ont cartographié les risques et la résilience dans les zones à l’étude. Leur objectif : renforcer le processus décisionnel et réduire les conflits grâce à une analyse documentée des problèmes prenant en compte les points de vue de toutes les parties prenantes ainsi que les dynamiques en présence.
 
L’impact des facteurs sociaux sur la résilience
 
L’équipe a effectué la cartographie de la vulnérabilité dans trois zones inondables du township de Philippi : Graveyard Pond, Egoli et Europe. Les données transmises par satellite et l’information obtenue auprès des collectivités ont été recueillies et interprétées de manière à ce qu’elles puissent être intégrées à la base de données constituée à partir d'un SIG dont la Ville se sert pour évaluer les risques.
 
La cartographie a permis non seulement de représenter les zones les plus inondables, mais aussi de montrer l’exposition des ménages à divers types de dangers. Elle a également pris en compte des facteurs sociaux tels que l’emploi et la situation familiale, qui influent sur la résilience des ménages, et a fait ressortir les principales infrastructures et caractéristiques géographiques, les routes et les réseaux de drainage, qui ont un impact direct sur le degré de vulnérabilité des résidents.
 
Pour étudier les mécanismes de réponse mis en place par la Ville, les chercheurs se sont entretenus en 2010 avec des fonctionnaires municipaux de divers services et ont échangé pendant deux ans et demi avec l’équipe chargée de la planification en cas de tempêtes et d’inondations de la municipalité. Ils ont découvert que, comme les services de la Ville sont investis d’une mission qui leur est propre, ils ont chacun une vision distincte de ce qu’est un risque d’inondation. Cela posait un problème de coordination. En outre, la plupart des services souffraient d’un manque d’effectifs.
 
Une communication améliorée, moins de conflits
 
Le projet a entraîné un certain nombre d’améliorations concrètes au chapitre des communications entre la Ville et les représentants des établissements spontanés. L’équipe chargée de la planification en cas de tempêtes et d’inondations est en voie de devenir le point de contact unique pour les résidents, ce qui réduira le chevauchement de voies de communication. Les collectivités et les services de la Ville ont établi clairement leurs rôles et responsabilités respectifs en ce qui a trait à la préparation aux inondations et à l’intervention en cas d’inondation. Les représentants des collectivités sont maintenant mieux à même de comprendre les efforts déployés par la Ville et plus enclins à débattre de la meilleure façon de mettre en oeuvre les plans d’adaptation à l’échelle des collectivités. Un important signe de progrès à signaler est le fait que les échanges en question, qui seront organisés par l’Université du Cap, auront lieu dans les établissements spontanés. Auparavant, la Ville craignait que la tenue de débats dans les collectivités n’entraîne des protestations.
 
Par ailleurs, le projet a contribué à faire avancer les choses pour que les améliorations à la gestion du littoral qui ont été proposées soient effectivement apportées. En effet, les membres de l’équipe ont joué un rôle important pour ce qui est de recueillir des observations sur les règlements qui devraient être pris en application de la politique municipale de gestion intégrée du littoral et de la loi sur la gestion des zones côtières. Ces règlements restent à être approuvés de façon définitive.

Mary O'Neill est rédactrice à Ottawa.

Le présent article porte sur le projet Gouvernance axée sur la collaboration : gestion des risques associés aux inondations et à l’élévation du niveau de la mer dans la ville du Cap, financé dans le cadre du programme Changements climatiques et eau du CRDI. De plus amples renseignements sur les résultats du projet.
Entrevue avec le chercheur Anton Cartwright
Entretien avec Anton Cartwright