La gestion intégrée des pêches accroît la sécurité alimentaire en Amazonie bolivienne

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Le paiche, gros poisson que l’on pêche en Bolivie

CRDI
En indiquant de nouveaux débouchés pour le poisson, en améliorant les connaissances en matière de nutrition et en appuyant une refonte de la réglementation afin d’assurer une gestion durable des pêches, ce projet offre des solutions de rechange pour accroître la sécurité alimentaire en Amazonie bolivienne.
 
Cinq cents familles de 32 collectivités du territoire à l’étude collaborent avec les chercheurs à la mise en place d’une gestion intégrée (pour la pêche de subsistance et la pêche commerciale) et durable des lagunes abritant le paiche et diverses espèces indigènes. Les possibilités de passage à grande échelle dans d’autres territoires autochtones sont considérables.

 

Le défi : l’amélioration de la nutrition et l’augmentation des moyens de subsistance
 
Dans la région à l’étude, la consommation de poisson varie selon les groupes sociaux. Si les familles autochtones consomment régulièrement du poisson, les agriculteurs de milieu rural et les ménages périurbains en consomment beaucoup moins souvent. L’augmentation de la consommation de poisson améliorerait la nutrition, permettrait à certains groupes d’avoir un régime alimentaire plus diversifié et garantirait la sécurité alimentaire. De plus, nombreuses sont les possibilités de favoriser l’essor de moyens de subsistance tributaires de la pêche en Amazonie. Une gestion intégrée des pêches peut offrir une solution dont tous profiteront.
 
La possibilité : l’augmentation des prises de paiche
 
Le paiche (Arapaima gigas) est un poisson d’eau douce d’Amérique du Sud dont la longueur peut atteindre 4 mètres et le poids, plus de 200 kilos. Aliment de choix ailleurs en Amazonie, il est présent en Bolivie depuis les années 1960, et son aire de dispersion s’élargit rapidement. Les chercheurs sont conscients de la contribution qu’il pourrait apporter, aussi bien en tant que moyen de subsistance que comme source de nourriture.
 
Le paiche se nourrit d’espèces de poissons indigènes; par conséquent, une augmentation des prises de paiche pourrait favoriser la survie de ces espèces. Les données préliminaires obtenues dans le cadre du projet indiquent que les pêcheurs pourraient prendre deux fois plus de paiche qu’ils ne le font actuellement sans porter atteinte à la viabilité des stocks. L’offre sur les marchés de consommation augmenterait, et les poissons indigènes auraient moins de prédateurs.

De meilleures méthodes de manutention et de transformation du poisson pourraient accroître à la fois l’efficacité et les revenus des pêcheurs. On perd actuellement jusqu’à 30 % des prises à différentes étapes de la chaîne de valeur en raison de mauvaises pratiques de manutention et d’installations frigorifiques inadéquates.

 
Les débouchés qu’offre le paiche
 
L’équipe du projet se penche sur la production d’aliments à valeur ajoutée tels que des croustilles de poisson, des galettes de poisson haché et des darnes de poisson. Le projet fait aussi connaître aux collectivités les débouchés que peuvent procurer la production et la vente d’objets d’artisanat faits de cuir et d’écailles de poisson.
 
L’équipe du projet a aidé à mettre en place une chaîne de valeur complète allant des pêcheurs aux marchés, en passant par les tanneurs, les artisans et les marchands. Par exemple, au lieu de jeter le cuir de poisson, des artisans l’utilisent pour produire en moyenne 50 couvertures de livres par mois, d’une valeur de 20 USD chacune, pour une maison d’édition locale. À l’occasion d’une conférence organisée par le ministère des Affaires étrangères, ces produits ont été mis en évidence pour illustrer la riche biodiversité de la Bolivie.
 
Ces sous-produits novateurs du paiche permettent une utilisation optimale de tout le poisson; on réduit les pertes tout en apportant une valeur ajoutée et en favorisant la diversification des revenus, ce qui contribue à la sécurité alimentaire. Dans le cadre d’une expérience, le revenu familial a augmenté de 30 % après que la collectivité eut amélioré la manutention et la transformation du paiche et créé des produits à valeur ajoutée.
 
Selon Paul van Damme, chercheur principal du projet et directeur de l’Asociación FaunAgua, en Bolivie, à l’heure actuelle, 10 % du paiche débarqué est intégré à ce processus à valeur ajoutée, et l’on prévoit que, d’ici la fin du projet, cette proportion passera à 50 %, ce qui devrait réduire énormément les déchets.
 
Les chercheurs s’emploient à faire passer à grande échelle cette expérience et à procurer des avantages économiques à 15 collectivités du territoire autochtone qui sont tributaires des pêches.

Conséquences sur le plan des politiques

En Bolivie, de 20 à 30 % seulement des poissons, indigènes ou non, sont exploités à des fins de consommation, en partie à cause du manque de cadres juridiques pour réglementer les droits relatifs aux ressources et l’utilisation de ces dernières. Cette situation nuit tout particulièrement aux collectivités autochtones : elles ne peuvent en toute légalité capturer du poisson à des fins commerciales sur leur propre territoire.

 
De nombreux lacs abritant le paiche sont situés sur des terres autochtones, mais ce sont surtout des pêcheurs commerciaux qui le capturent. Le paiche constitue plus des trois quarts des prises commerciales, mais moins du tiers des prises des pêcheurs autochtones de milieu rural.
 
Il faut adopter un nouveau cadre juridique pour accroître l’accès des pêcheurs locaux aux ressources. On estime de façon conservatrice que le rendement annuel pourrait passer de 3 000 tonnes, à l’heure actuelle, à 13 000 tonnes. Les chercheurs participant au projet ont aidé les pêcheurs autochtones et non autochtones de même que les petits marchands de poissons à se regrouper au sein d’une fédération régionale; en collaboration avec eux, ils sont à préparer l’ébauche d’un cadre juridique efficace pour les pêches.
 
La fédération favorise l’acquisition de compétences en leadership, accroît la représentation des pêcheurs dans le cadre des consultations publiques et leur permet d’avoir voix au chapitre, améliore les relations entre les parties prenantes et prend part de façon pertinente au débat ayant trait à la nouvelle loi sur les pêches et l’aquaculture, qui légalisera la pêche commerciale pratiquée par les collectivités autochtones.
 
La nouvelle loi procurera une structure juridique essentielle aux 700 pêcheurs de milieu urbain et aux quelque 20 000 pêcheurs artisans et de subsistance de milieu rural de l’Amazonie bolivienne. On prévoit son adoption d’ici la fin de 2013.

Reconnaissance du rôle des femmes

Les femmes participent activement au projet. Un groupe de 50 dirigeantes de regroupements et de collectivités de pêcheurs de milieu tant rural qu’urbain ont participé à un atelier régional organisé dans le cadre du projet pour leur donner l’occasion de mettre en commun leurs connaissances et leurs expériences. C’était la première fois qu’une manifestation publique en Bolivie reconnaissait le rôle important que jouent les femmes au cours des diverses étapes de la chaîne de valeur des pêches.

Ce projet a permis aux femmes de parfaire leurs compétences en matière de manutention et de transformation du poisson et d’être mieux en mesure de tirer parti des possibilités de création de microentreprises dans le domaine de la production et de la vente de produits de poisson. À titre d’exemple, les femmes ont formé une association pour créer des produits dérivés du poisson, tels que des croustilles et des burgers de poisson, et préparer des plats de poisson santé inspirés de recettes originales. L’association a fait la promotion de ces nouveaux produits à l’occasion de foires reliées au poisson, au moyen d’un nouveau livre de recettes et au cours de la journée municipale des pêches qui vient d’être instaurée à Riberalta. Grâce à ces efforts, l’association a fourni à quelque 3 000 familles de l’information sur la qualité du poisson et sur sa préparation. Elle a en outre sensibilisé la population à l’importance économique des pêches locales.

Contributions à l'aquaculture

Compte tenu de l'absence d'encadrement officiel de l'aquaculture en Bolivie, l'équipe du projet a créé un groupe de travail technique chargé de proposer un protocole en matière de pratiques exemplaires. Par l'entremise de la promotion de l'élevage en étang du pacu noir (Colossoma macropomum), une espèce indigène, et du polyélevage du sábalo (Prochilodus sp.), le protocole met de l'avant des recommandations d'ordre technique et social susceptibles d'entraîner une amélioration de la qualité de l'eau, une hausse des revenus et une augmentation de la disponibilité de poisson pour la consommation familiale. Les 2 000 familles qui s'adonnent à l'aquaculture tropicale en Amazonie bolivienne vont bénéficier de ce protocole, qui fournit aussi l'information nécessaire pour appuyer un nouveau plan de développement piloté par le gouvernement en vue de l'essor de l'aquaculture, mettant à contribution neuf gouvernements de département et des administrations municipales des trois grands bassins hydrographiques de la Bolivie, soit ceux de l'Altiplano, de l'Amazone et du río de la Plata.

DONNÉES ESSENTIELLES
Titre du projet : Sécurité alimentaire, pisciculture et aquaculture en Amazonie bolivienne
Profil de projet

Site Web (en espagnol)


Chercheurs principaux
Carlos Jorge Carafa Rada, Agua Sustentable, Bolivie
Paul van Damme, Asociación FaunAgua, Bolivie
Joachim Carolsfeld, World Fisheries Trust, Canada
 
Partenaires

Pays :
Bolivie
Financement accordé : 2,5 millions CAD
Période visée : de mars 2011 à février 2014

Pour plus de précisions sur ce projet, communiquer avec
Delphine Larrousse, administratrice de programme, à Montevideo en Uruguay (dlarrousse@crdi.ca), ou avec Renaud De Plaen, spécialiste de programme principal, à Ottawa au Canada (rdeplaen@crdi.ca).
 

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