La gestion des ressources naturelles dans la commune de Hong Ha au Viet Nam

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Miriam Martinez
Une équipe de recherche interdisciplinaire, formée de scientifiques et d'agriculteurs, aide à combattre la faim et la pauvreté dans une région montagneuse défavorisée du Viet Nam, encore profondément marquée la guerre.

Située à un embranchement de l'ancienne piste Ho Chi Minh, voie d’approvisionnement utilisée par l'armée nord-vietnamienne dans les années 1960 et 1970, la commune de Hong Ha — qui comprend cinq villages — est la plus pauvre des 21 communes du district de Aluoi, au centre du Viet Nam. Plus de 45 % des ménages de la localité n'ont pas un revenu suffisant pour manger à leur faim tous les jours de l'année.

La destruction de l'environnement

C'est dans la commune de Hong Ha que prend naissance le fleuve Bo, lequel alimente la plaine agricole de la province de Thua Thien. Pendant la guerre, toutefois, la région a souvent été la cible de défoliants et de bombes qui ont détruit une grande partie de sa couverture forestière. Aujourd'hui, l'impérata, une herbe particulièrement difficile à déloger, a envahi la région et remplacé la végétation indigène qui s'y trouvait naguère, empêchant les résidents de la localité de pratiquer l'agriculture ou l'agroforesterie. Qui plus est, le déboisement a donné lieu à des inondations dévastatrices, tant dans le district de Aluoi que dans les régions en aval.

Pour s'attaquer à ces problèmes, des chercheurs de l'École d'agriculture et de foresterie de l'Université de Hue ont recours aux méthodes de la recherche participative pour aider les villageois à déterminer leurs priorités et à mettre au point des moyens novateurs de répondre à leurs besoins. Lancé en 1998 avec l'aide financière du Centre de recherches pour le développement international (CRDI), le projet a aussi obtenu l'appui du Centre international d'agriculture tropicale (CIAT) et de l'Université de la Colombie-Britannique.

L'origine du projet

Le projet est né à l'issue d'une initiative menée de 1994 à 1997 dans la commune de Xuan Loc, dans la province de Hue, au Viet Nam. Dans le cadre de leurs travaux, les chercheurs ont aidé les paysans à améliorer leurs méthodes de gestion des terres. Ces derniers ont ainsi pu adopter des pratiques culturales qui respectent l'environnement et semer des espèces végétales à haut rendement comme de nouvelles variétés de riz, du manioc, des haricots mungo, des haricots noirs et du petit ginseng. Certaines des techniques les plus utiles découvertes dans le cadre de cette initiative ont été appliquées au projet de la commune de Hong Ha.

Depuis toujours, les résidents de Hong Ha trouvaient leur gagne-pain dans l'agriculture itinérante ou sur brûlis. La chasse, l'élevage et la cueillette de produits forestiers constituaient leurs autres sources de nourriture. Selon Le Van An, directeur du projet et administrateur général de la Faculté des sciences et des relations internationales de l'Université de Hue, le projet visait surtout à remplacer l'agriculture sur brûlis par une économie basée sur la culture de jardins particuliers, à circonscrire la destruction des forêts, à diversifier les cultures agricoles et à accroître le revenu des ménages.

Les sondages

Dans un premier temps, les chercheurs ont effectué des sondages afin d'évaluer l'état de l'eau, du sol, des cultures, des forêts, du bétail et des ressources humaines de la région. Les résultats ont révélé que les résidents de la localité devaient faire face à de nombreux obstacles, du manque de capitaux à investir dans la production agricole à l'inaccessibilité des marchés, qui empêchaient les paysans de vendre leurs produits à des prix convenables. Ils devaient aussi surmonter d'autres difficultés : limite du nombre de cultures possibles; souches de riz à faible rendement; élevage porcin déficient; faible participation des femmes aux prises de décisions; scolarité réduite; croissance démographique rapide (six personnes par ménage, en moyenne); diminution des ressources naturelles; fortes inondations; et ressources hydriques instables.

À la suite de ces sondages, 17 ménages ont été choisis pour participer au projet. Ils comprenaient des familles de chacun des cinq villages de la commune et des représentants de ses cinq groupes ethniques. Au cours des réunions de planification auxquelles ont pris part les chercheurs et les paysans, les participants ont convenu de faire des essais conjoints afin que scientifiques et agriculteurs puissent ensemble mettre au point des espèces végétales à haut rendement et développer des lignées croisées de porcs qui s'adaptent mieux à l'environnement local. Ils ont également décidé d'utiliser une plus grande variété de produits agricoles de qualité tant dans les champs que dans les jardins particuliers.

Les inondations

Bien qu'ils aient été probants, les essais n'ont pas été sans difficultés. « Une inondation a endommagé notre récolte et nos étangs de pisciculture. Aussi avons-nous décidé de faire les récoltes plus tôt, avant la saison des pluies, et de planter plus haut dans la montagne », explique Le Van Hua, président de la commune.

L'université a aussi organisé des cours de formation pour aider les participants à améliorer l'élevage porcin ainsi que la gestion de la riziculture et des méthodes de culture du manioc. Ces enseignements ont ensuite été offerts lors de visites de paysans à diverses exploitations agricoles, visites que les villageois eux-mêmes ont considéré fort utiles. Entre-temps, certains résidents ont fait part de leur expérience en matière de jardinage, d'élevage et de pisciculture, et ont commencé à faire l'essai de nouvelles cultures comme celle de l'ananas, du poivre noir et du bambou. Si bien que le nombre de ménages participants se chiffre maintenant à plus de 200. Les membres de la collectivité ont accru leur autosuffisance alimentaire et font un meilleur usage de leurs terres.

Les répercussions

« Auparavant, nous manquions toujours de nourriture,mais c'est maintenant chose du passé », souligne Quynh Dien, un agriculteur qui a participé aux essais.

« Désormais, la culture du riz et du manioc, l'élevage de poissons et de porcs donnent de bons rendements et notre niveau de vie s'est amélioré », ajoute Mme Quyng Vuong. « J'ai obtenu un prêt du projet, et j'ai acheté de l'engrais, des pesticides et des fretins. J'ai remboursé le prêt et utilisé les profits pour acheter de la nourriture et envoyer mes enfants à l'école. »

Des séances de formation

« Tous les ménages veulent participer au projet. Lorsque nous organisons une séance de formation avec une famille, plusieurs autres viennent y assister », affirme Nguyen Hoai Nam, chef du parti communiste de la commune. « Nous avons appris comment et quand nous servir des fertilisants. Nous élevons les porcs dans des porcheries au lieu de les laisser errer dans la forêt. »

Entre autres objectifs, le projet voulait permettre aux femmes de la localité de prendre part à la production agricole. Ainsi, le syndicat des femmes du village a tenu des ateliers sur les pratiques culturales. « Avant, les femmes étaient timides et n'osaient prendre la parole aux assemblées. Nous ne savions pas grand-chose de l'élevage et de la riziculture. Mais, dorénavant, nous faisons valoir notre point de vue et nos expériences », déclare Quynh Vuong.

Des partenaires à part entière

Selon Le Van An, les paysans ont accepté avec enthousiasme de participer au projet et ils ont joué un rôle déterminant dans le succès de l'entreprise, en faisant part de leur savoir en matière d'agriculture aux chercheurs et en prenant part à la planification, à la mise en oeuvre et à la gestion du projet — toute une différence avec les programmes gouvernementaux précédents. Par exemple, les villageois ont participé à des séances de planification pour la construction d'un système d'irrigation et d'une école maternelle. « Les paysans estiment que ces activités leur appartiennent à eux, pas seulement aux chercheurs [et aux représentants du gouvernement], et ils s'y intéressent beaucoup », explique-t-il. « Le projet a aussi permis de renforcer la capacité de recherche du personnel de l'université. L'approche participative est pour nous riche d'enseignements. »

Avant la fin du projet en 2001, il faudra régler la question des droits de propriété, car les résidents de la localité n'ont pas toute l'autorité voulue pour gérer les ressources naturelles de la commune. « Nous avons organisé des réunions et invité les gens des bureaux provinciaux et de district à discuter du problème. Il nous faudra à l'avenir fonder nos décisions sur le principe de la démarche ascendante », poursuit Le Van An.

« Nous aimerions faire profiter d'autres villages de la montagne du succès de notre projet », conclut-il.

Miriam Martinez et Nick Wilson sont des rédacteurs pigistes qui ont séjourné au Viet Nam à l'automne 2000.

2001-02-23